‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 3)Chapitre 120 sur 609 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

De l'enthymémc.

Nous venons de voir la structure et les figures diverses des syllogismes parfaits et réguliers; venons aux irréguliers , dont le premier est l'enthymème.

L'enthymème est un argument où l'on n'exprime que deux propositions ; on sous-entend la troisième comme claire : par exemple, l'on dit :

« Vous êtes juge,

» Donc il faut que vous écoutiez. »

La majeure est sous-entendue : Tout juge doit écouter.

Souvent même l'argument est réduit à une seule proposition , comme quand Médée prouve à Créon qu'il est injuste , en lui disant seulement : Qui juge sans écouter les deux parties , est injuste ; elle sous-entend comme claire cette mineure : Vous jugez sans écouter; et la conséquence : Donc vous êtes injuste.

Bien plus, il arrive souvent qu'en deux ou trois mots se renferme tout un long raisonnement. Médée prouve à Jason qu'il est coupable de tous les crimes qu'elle a faits pour lui, en lui disant seulement : Celui qui sert le crime en est coupable^; comme si elle lui eût dit : » Qui sait le crime , qui » le laisse faire , qui s'en sert , qui veut bien lui » devoir son salut, en est coupable; or Jason a » fait tout cela ; donc il est coupable de tous les » crimes que j'ai faits. »

C'est ainsi qu'il eût fallu parler, pour mettre l'argument en forme; mais cette forme fait trop languir le discours ; et il est plus fort de dire en un mot , que celui à qui le crime est utile en est coupable.

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