‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 3)Chapitre 160 sur 609 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

DU CORPS HUMAIN

dans les veines, et des veines encore dan* le cœur, d'où il est jeté de nouveau dans les artères; et toujours de même tant que l'animal est vivant.

Ainsi c'est le même sang qui est dans les artères et dans les veines ; avec cette différence , que le sang artériel sortant immédiatement du cœur doit être plus chaud , plus subtil et plus vif, au lieu que celui des veines est plus tempéré et plus épais. Il ne laisse pas d'avoir sa chaleur, mais plus modérée ; et se figerait tout à fait , s'il croupissait dans les veines , et ne venait bientôt se réchauffer dans le cœur.

Le sang artériel a encore cela de particulier, que quand l'artère est piquée , on le voit saillir comme par bouillons , et à diverses reprises , ce qui est causé par le battement de l'artère.

Toutes les humeurs, comme la bile jaune ou noire, appelée aiûremeni mélancolie, les sérosités, et la pituite ou le flegme , coulent avec le sang dans la même masse , et en sont aussi séparées en certaines parties du corps, ainsi qu'il a été dit. Ces humeurs ont différentes qualités, tant par leur propre nature , que selon qu'elles sont diversement préparées , et pour ainsi dire criblées. C'est de cette masse commune que sont épreintes et formées la salive , les urines , les sueurs , les eaux contenues dans les vaisseaux lymphatiques qu'on trouve auprès des veines ; celles qui remplissent les glandes de l'estomac, par exemple, qui servent tant à la digestion ; ces larmes enfin que la nature tient réservées en de certains tuyaux auprès des yeux, peut-être pour les rafraîchir et les humecter.

Les esprits sont la partie la plus vive" et la plus agitée du sang. C'est une espèce de vapeur extraordinairement subtile et mouvante, que la chaleur du cœur a fait élever, et qui est portée promptement par certains vaisseaux au cerveau , où les esprits s'affinent davantage par leur propre agitation , par celle du cerveau même , et par la nature des parties où ils passent, à peu près comme des liqueurs s'épurent et se clarifient dans les instruments par où on les coule.

De là ils entrent dans les nerfs qu'ils tiennent tendus ; par les nerfs ils s'insinuent dans les muscles qu'ils font jouer, et mettent en action toutes les parties. •

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