CHAPITRE Xn
Si, et comment on peut dire qu'on a de fausses idées.
Il paraît , par ce qui vient d'être expliqué, qu'à proprement parler, on ne peut pas dire qu'on ait de fausses idées; parce que l'idée, étant, par sa nature , ce qui nous montre le vrai , elle ne peut contenir en soi rien de faux.
i. Voy. son Trailii De anima, lili. II, ca|i. 7.
Ainsi quand on dit de quelqu'un , qu'il a de fausses idées de certaines choses, on veut dire que, faute d'être attentif à l'idée de ces choses-là, il leur attribue de» qualités qui ne leur conviennent point. Par exemple , si quelqu'un assurait qu'un roi doit se faire craindre plutôt que de se faire aimer, on dirait qu'il a une fausse idée du nom de roi ; parce que, pour n'avoir pas considéré que le nom de roi est un nom de protecteur et de père, il lui attribue la qualité odieuse de se faire craindre plutôt qu'aimer.
De même si quelqu'un disait que le propre d'un philosophe est d'être un grand disputeur, on dirait qu'il a une fausse idée du terme de philosophie; parce que, faute d'avoir considéré que le philosophe est un homme qui cherche sérieusement la vérité , et qui combat l'erreur quand l'occasion s'en présente, on lui donne l'impertinente démangeaison de disputer sans fin et sans mesure.