‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 3)Chapitre 276 sur 609 · CHAPITRE XXIIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIIL

La suite des erreurs des Juifs, et la manière dont ils expliquent les prophéties.

Il ne faut pas s'étonner qu'ils soient tombés dans de tels égarements , ni que la tempête les ait dissipés après qu'ils ont eu quitté leur route. Cette route leur était marquée dans leurs prophéties, principalement dans celles qui désignaient le temps du Christ. Ils ont laissé passer ces précieux moments sans en profiter : c'est pourquoi on les voit ensuite livrés au mensonge, et ils ne savent plus à quoi se prendre.

Donnez-moi encore un moment pour vous raconter la suite de leurs erreurs , et tous les pas qu'ils ont faits pour s'enfoncer dans l'abîme. Les routes par où on s'égare tiennent toujours au grand chemin; et en considérant oii l'égarement a com-

i. Joan..\, 43.-2. Xum., xsiv, 17. — 3. Euseb.. Hist. eccL, lib. IV, cap. 6, 8. — 4. Talm. Hieros.. tract, de Jejun. et in vet. Comm. I. siifi. Lam. Jerem. Xaimonid., lib. de Jure lieg., c. 12. — 5. //. Thess., II. 10.

DISCOURS SUR L'HISTOIRE UNIVERSELLE

mencé , on marche plus sûrement dans la droite voie.

Nous avons vu, Monseigneur, que deux prophéties marquaient aux Juifs le temps du Christ, celle de Jacob et celle de Daniel. Elles marquaient toutes deux la ruine du royaume du Juda au temps que le Christ viendrait. Mais Daniel expliquait que la totale destruction de ce royaume devait être une suite de la mort du Christ : et Jacob disait clairement, que dans la décadence du royaume de Juda, le Christ qui viendrait alors serait l' attente des pejiples; c'est-à-dire qu'il en serait le libérateur, et qu'il se ferait un nouveau royaume composé non plus d'un seul peuple, mais de tous les peuples du monde. Les paroles de la prophétie ne peuvent avoir d'autre sens, et c'était la tradition constante des Juifs, qu'elles devaient s'entendre de cette sorte.

De là cette opinion répandue parmi les anciens rabbins , et qu'on voit encore dans leur Talmud ', que dans le temps que le Christ viendrait , il n'y aurait plus de magistrature : de sorte qu'il n'y avait rien de plus important, pour connaître le temps de leur Messie , que d'observer quand ils tomberaient dans cet état malheureux.

En effet ds avaient bien commencé; et s'ils n'avaient eu l'esprit occupé des grandeurs mondaines qu'ils voulaient trouver dans le Messie, afin d'y avoir part sous son empire, ils n'auraient pu méconnaître Jésus-Christ. Le fondement qu'ils avaient posé était certain : car aussitôt que la tyrannie du premier Hérode, et le changement de la république judaïque qui arriva de son temps, leur eût fait voir le moment de la décadence marqué dans la prophétie, ils ne doutèrent point que le Christ ne dût venir, et qu'on ne vît bientôt ce nouveau royaume où devaient se réunir tous les peuples.

Une des choses qu'ils remarquèrent, c'est que la puissance de vie et de mort leur fut ôtée'. C'était un grand changement , puisqu'elle leur avait toujours été conservée jusqu'alors, à quelque domination qu'ils fussent soumis, et même dans Babylone pendant leur captivité. L'histoire de Suzanne^ le fait assez voir, et c'est une tradition constante parmi eux. Les rois de Perse , qui les rétablirent, leur lai'ssèrent cette puissance par un décret exprès*, que nous avons remarqué en son lieu; et nous avons vu aussi que les premiers Séleucides avaient plutôt augmenté que restreint leurs privilèges. Je n'ai pas besoin de parler ici encore une fois du règne des Machabées , où ils furent nonseulement affranchis, mais puissants et redoutables à leurs ennemis. Pompée qui les affaiblit, à la manière que nous avons vue , content du tribut qu'il leur imposa, et de les mettre en état que le peuple romain en pût disposer dans le besoin, leur laissa leur prince avec toute la juridiction. On sait assez que les Romains en usaient ainsi , et ne touchaient point au gouvernement du dedans dans les pays à qui ils laissaient leurs rois naturels.

Enfin les Juifs sont d'accord qu'ils perdirent cette puissance de vie et de mort , seulement quarante ans avant la désolation du second temple ; et

1. Gct»., TV. Sanhed..(.U.—'i. Talm. lUerosol., Tr. Sanhed. — 3. Dan., xiii. — 4. 1. Esdr., vu, 25, 26.

on ne peut douter que ce ne soit le premier Hérode qui ait commencé à faire cette plaie à leur liberté. Car depuis que pour se venger du sanhédrin , où il avait été obligé de comparaître lui-même avant qu'il fût roi', et ensuite, pour s'attirer toute l'autorité à lui seul', il eût attaqué cette assemblée qui était comme le sénat fondé par Moïse , et le conseil perpétuel de la nation où la suprême juridiction était exercée, peu à peu ce grand corps perdit son pouvoir; et il lui en restait bien peu quand Jésus-Christ vint au monde. Les affaires empirèrent sous les enfants d'Hérode, lorsque le royaume d'Archélaus, dont Jérusalem était la capitale, réduit en province romaine, fut gouverné par des présidents que les empereurs envoyaient. Dans ce malheureux état, les Juifs gardèrent si peu la puissance de vie et de mort, que pour faire mourir Jésus-Christ, qu'à quelque prix que ce fût ils voulaient perdre, il leur fallut avoir recours à Pilate; et ce faible gouverneur leur ayant dit qu'ils le fissent mourir eux-mêmes , ils répondirent tout d'une voix : « Nous n'avons pas le pouvoir de » faire mourir personne'. » Aussi fut-ce par les mains d'Hérode qu'ils firent mourir saint Jacques frère de saint Jean , et qu'ils mirent saint Pierre en prison \ Quand ils eurent résolu la mort de saint Paul , ils le livrèrent entre les mains des Romains', comme ils avaient fait Jésus-Christ; et le vœu sacrilège de leurs faux zélés , qui jurèrent de ne boire ni ne manger jusques à ce qu'ils eussent tué ce saint apôtre, montre assez qu'ils se croyaient déchus du pouvoir de le faire mourir juridiquement. Que s'ils lapidèrent saint Etienne", ce fut tumultuairement, et par un elîet de ces emportements séditieux que les Romains ne pouvaient pas toujours réprimer dans ceux qui se disaient alors les Zélateurs. On doit donc tenir pour certain, tant par ces histoires que par le consentement des Juifs, et par l'état de leurs affaires , que vers les temps de Notre Seigneur, et surtout dans ceux où il commença d'exercer son ministère, ils perdirent entièrement l'autorité temporelle. Ils ne purent voir cette perte , sans se souvenir de l'ancien oracle de Jacob , qui leur prédisait que dans le temps du Messie il n'y aurait plus parmi eux ni puissance , ni autorité , ni magistrature. Un de leurs plus anciens auteurs le remarque'^; et il a raison d'avouer que le sceptre n'était plus alors dans Juda, ni l'autorité dans les chefs du peuple, puisque la puissance publique leur était ôtée, et que le sanhédrin étant dégradé , les membres de ce grand corps n'étaient plus considérés comme juges, mais comme simples docteurs. Ainsi, selon euxmêmes, il était temps que le Christ parût. Comme ils voyaient ce signe certain de la prochaine arrivée de ce nouveau roi , dont l'empire devait s'étendre sur tous les peuples, ils crurent, qu'en effet, il allait paraître. Le bruit s'en répandit aux environs, et on fut persuadé dans tout l'Orient qu'on ne serait pas longtemps sans voir sortir de Judée ceux qui régneraient sur toute la terre.

Tacite et Suétone rapportent ce bruit comme établi par une opinion constante , et par un ancien

1. Joseph., Anl., 1. XIV, c. xvii, al. 9. — 2. Joan., xviii, 31. — 3. .\cl.. XII, 1, 2, 3. — 4. Idem, xxiii , xxiv. — 5. Ibid., vu, 56, 57. — 0. Tract., voc. magna Gen. seu Comm., in Gen.

SECONDE PARTIE. — LA SUITE DE LA RELIGION

oracle qu'on trouvait dans les Livres sacrés du peuple juif. Josèphe récite cette prophétie dans les mêmes termes, et dit comme eux qu'elle se trouvait dans les saints Liwes'. L'autorité de ces Livres , dont on avait vu les prédictions si visiblement accomplies en tant de rencontres, était grande dans tout l'Orient : et les Juifs , plus attentifs que les autres à observer des conjonctiu-es qui étaient principalement écrites ponr leur instruction , reconnurent les temps du Messie que Jacob avait marqués dans leur décadence. Ainsi les réflexions qu'ils firent sur leur-état furent justes ; et, sans se tromper sur les temps du Christ , ils connurent qu'il devait venir dans le temps qu'il vint en effet. Mais , ô faiblesse de l'esprit humain , et vanité source inévitable d'aveuglement! l'humilité du Sauveur cacha à ces orgueilleux les véritables grandeurs qu'ils devaient chercher dans leur Messie. Ils voulaient que ce fût un roi semblable aux rois de la terre. C'est pourquoi les flatteurs du premier Hérode, éblouis de la grandeur et de la magnificence de ce prince , qui , tout tyran qu'il était, ne laissa pas d'enrichir la Judée, dirent qu'il était lui-même ce roi tant promis^. C'est aussi ce qui donna lieu à la secte des hérodiens , dont il est tant parlé dans l'Evangile', .et que les païens ont connue, puisque Perse et son scholiaste nous apprennent", qu'encore du temps de Néron , la naissance du roi Hérode était célébrée par ses sectateurs avec la même solennité que le sabbat. Josèphe tomba dans une semblable erreur. Cet homme , « instruit comme il le dit lui-même '^ , » dans les prophéties judaïques , comme étant " prêtre et sorti de leur race sacerdotale , » reconnut à la vérité que la venue de ce Roi promis par Jacob convenait aux temps d'Hérode , où il nous montre lui-même avec tant de soin un commencement manifeste de la ruine des Juifs : mais comme il ne vit rien dans sa nation qui remplît ces ambitieuses idées qu'elle avait conçues de son Christ , il poussa un peu plus avant le temps de la prophétie ; et l'appliquant à Yespa§ien , il assura que « cet >■ oracle de l'Ecriture signifiait ce prince déclaré " empereur dans la Judée'. »

C'est ainsi qu'il détournait l'Ecriture sainte pour autoriser sa flatterie : aveugle , qui transportait aux étrangers l'espérance de Jacob et de Juda ; qui cherchait en Vespasien le fils d'Abraham et de David , et attribuait à un prince idolâtre le litre de Celui dont les lumières devaient retirer les Gentils de l'idolâtrie.

La conjoncture des temps le favorisait. Mais pendant qu'il attribuait à Vespasien ce que Jacob avait dit du Christ , les zélés qui défendaient Jérusalem se l'attribuaient à eux-mêmes. C'est sur ce seul fondement qu'ils se promettaient l'empire du monde , comme Josèphe le raconte* ; plus raisonnaljles que lui , en ce que du moins ils ne sortaient pas de la nation pour chercher l'accomplissement des promesses faites à leurs pères.

Comment n'ouvraient-ils pas les yeux au grand

I. Suet. Yespas-, n. i; Tacit., Hist.. lib. V, cap. 13. — 2. Joseph de Bello Jui., 1. Vtt. c. 13, al. lib. \l. c. 5; Hegesip.. de Excid. Jer.', lib. V. c. W. — 3. Epiph., lib. I. Hcer. xx; Herodinn. 1. 1. l, p. iô.— 4. Mallh., XXII, lii; .«lire, m. 6; 13, 13. — 5. Pers. et vet. Schol., Sat. v V. IKO. — 6. Joseph., de Bello Jud. ,Ub. HI. cap. It, al. 8. — 7. Idem' el lib. \TI, cap. 12, al. lib. W, c. 5. — 8. Ibid., lib. Ml.

' fruit que faisait dès lors parmi les Gentils la prédication de l'Evangile, et à ce nouvel empire que Jésus-Christ établissait par toute la terre? Qu'y I avait-il de plus beau qu'un empire où la piété régnait, où le vrai Dieu triomphait de l'idolâtrie, où la vie éternelle était annoncée aux nations infidèles; el l'empire même des Césars n'était-il pas une vaine pompe à comparaison de celui-ci? Mais cet empire n'était pas assez éclatant aux yeux du monde.

Qu'il faut être désabusé des grandeurs humaines pour connaître Jésus-Christ! Les Juifs connurent les temps; les Juifs voyaient les peuples appelés au Dieu d'Abraham, selon l'oracle de Jacob , par Jésus-Christ el par ses disciples : toutefois ils le méconnurent ce Jésus qui leur était déclaré par tant de marques. Et encore que durant sa ^^e et après sa mort il confirmât sa mission par tant de miracles , ces aveugles le rejetèrent, parce qu'il n'y avait en lui que la solide grandeur desti- 'tuée de tout l'appareil qui frappe les sens, et qu'il venait plutôt pour condamner que pour couronner leur ambition aveugle.

Et toutefois forcés par les conjonctures et les circonstances du temps, malgré leur aveuglement, ils semblaient quelquefois sortir de leurs préventions. j Tout se disposait tellement, du temps de Notre Seigneur, à la manifestation du Messie, qu'ils soupçonnèrent que saint Jean-Baptiste le pouvait bien ; être'. Sa manière de vie austère, extraordinaire, ( étonnante, les frappa; et au défaut des grandeurs ! du monde , ils parurent vouloir d'abord se coni tenter de l'éclat d'une vie si prodigieuse. La vie i simple et commune de Jésus-Christ rebuta ces • esprits grossiers autant que superbes , qui ne pouvaient être pris que par les sens, el qui d'ailleurs , éloignés d'une conversion sincère , ne voulaient rien admirer que ce qu'ils regardaient comme inimitable. De cette sorte, saint Jean-Baptiste, qu'on jugea digne d'être le Christ, n'en fut pas cru quand il montra le Christ véritable ; el Jésus-Christ, qu'il fallait imiter quand on ' y croyait, parut trop humble aux Juifs pour être i suivi.

Cependant l'impression qu'ils avaient conçue que le Christ devait paraître en ce temps ', était si forte, qu'elle demeura près d'un siècle parmi eux. Ils crurent que l'accomplissement des prophéties pouvait avoir une certaine étendue , et n'était pas toujours toute renfermée dans un point précis ; de sorte que près de cent ans il ne se parlait parmi eux que des faux christs qui se faisaient suivre, et des faux prophètes qui les annonçaient. Les siècles précédents n'avaient rien vu de semblable : et les Juifs ne prodiguèrent le nom de Christ, ni quand Judas le Machabée remporta sur le tyran tant de victoires , ni quand son frère Simon les afl'ranchil du joug des Gentils , ni quand le premier Hircan fît tant de conquêtes. Les temps et les autres marques ne convenaient pas, et ce n'est que dans le siècle de Jésus-Christ qu'on a commencé à parler de tous ces messies. Les Samaritains, qui lisaient dans le Pentateuque la prophétie de Jacob , se firent des christs aussi bien que les Juifs, el un peu après Jésus-Christ ils reconnurent

i. Luc.,111,15; Joan., i, 19,20.

DISCOURS SUR L'HISTOIRE UNIVERSELLE

leur Dosithée '. Simon le magicien de même pays se vantail aussi d'être le Fils de Dieu, etMénandre son disciple se disait le Sauveur du monde-. Dès le vivant de Jésus-Christ, la Samaritaine avait cru que le Messie allait venir^ : tant il était constant dans la nation , et parmi tous ceux qui lisaient l'ancien oracle de Jacob , que le Christ devait paraître dans ces conjonctures.

Quand le terme fut tellement passé qu'il n'y eut plus rien à attendre, et que les Juifs eurent vu par expérience que tous les messies qu'ils avaient suivis, loin de les tirer de leurs maux, n'avaient fait que les y enfoncer davantage; alors ils furent longtemps sans qu'il parût parmi eux de nouveaux messies; et Barchochébas est le dernier qu'ils aient reconnu pour tel dans ces premiers temps du christianisme. Mais l'ancienne impression ne put être entièrement effacée. Au lieu de croire que le Christ avait paru, comme ils avaient fait encore au temps d'Adrien, sous les Antonins , ses successeurs, ils s'avisèrent de dire que leur Messie était au monde , bien qu'il ne parût pas encore , parce qu'il attendait le prophète Elie qui devait venir le sacrer^. Ce discours était commun parmi eux dans le temps de saint Justin; et nous trouvons aussi dans leurTalmud la doctrine d'un de leurs maîtres des plus anciens , qui disait que « le Christ était " venu , selon qu'il était marqué dans les pro- >' phètes ; mais qu'il se tenait caché quelque part à » Rome parmi les pauvres mendiants". »

Une telle rêverie ne put pas entrer dans les esprits; et les Juifs, contraints enfin d'avouer que le Messie n'était pas venu dans le temps qu'ils avaient raison de l'attendre selon leurs anciennes prophéties, tombèrent dans un autre abîme. Peu s'en fallut qu'ils ne renonçassent à l'espérance de leur Messie qui leur manquait dans le temps, et plusieurs suivirent un fameux rabbin , dont les paroles se trouvent encore conservées dans le Talmud'^. Celui-ci voyant le terme passé de si loin, conclut que « les Israélites n'avaient plus de Mes- )) sie à attendre parce qu'il leur avait été donné " en la personne du roi Ezéchias. »

A la vérité, cette opinion, loin de prévaloir parmi les Juifs, y a été détestée. Mais comme ils ne connaissent plus rien dans les temps qui leur sont marqués par leurs prophéties, et qu'ils ne savent par où sortir de ce labyrinthe , ils ont fait un article de foi de cette parabole que nous lisons dans le Talmud''. « Tous les termes qui étaient marqués » pour la venue du Messie sont passés; » et ont prononcé d'un commun accord : « Maudits soient » ceux qui supputeront les temps du Messie : » comme on voit, dans une tempête qui a écarté le vaisseau trop loin de sa route, le pilote désespéré abandonner son calcul , et aller où le mène le hasard.

Depuis ce temps, toute leur élude a été d'éluder les prophéties où le temps du Christ était marqué : ils ne se sont pas souciés de renverser toutes les

1. Origen.. Tracl. XXVII, in Malth.,n. 33,1. III, p. SM; l. Xlll, in Joan.. n. 27, t. IV, p. 237-, 1. Conl. Cels.. n. 57, t. I,p. 372.— 2. Ireii., aiv. llœres.. I. I, c. 20, 21, nunc 22, p. 99. —3. 'Epy.ETai, Joan... IV, 2.'). — l. Justin.. Dial. cum Tryp.. a. 8, i9, p. HO' UR. — 5. H. Juda lilws Levi. Gem.. Tr. San., c. xi. — G. li. Hillel., ibid., Is. Abrau. de cap. fidei. — 7. Gem., Tr. Sanh.. c. xi ; Moscs Maimon. in Episl. Tal.; .\brau de cap. fidei.

j traditions de leurs pères, pourvu qu'ils pussent ôtcr aux chrétiens ces admirables prophéties ; et ils en sont venus jusques à dire que celle de Jacob ne

j regardait pas le Christ.

Mais leurs anciens livres les démentent. Cette prophétie est entendue du Messie dans le Talmud', et la manière dont nous l'expliquons se trouve dans leurs paraphrases ^ c'est-à-dire dans les commentaires les plus authentiques et les plus respectés qui soient parmi eux.

j Nous y trouvons en propres termes, que la mai-

• son et le royaume de Juda , auquel se devait réduire un jour toute la postérité de Jacob et tout le peuple d'Israël, produirait toujours desjuge.ii et des magistrats, ]u&(\Vik\&yeïme,A\i Messie, sous lequel il se formerait un royaume composé de tous les peuples.

C'est le témoignage que rendaient encore aux Juifs, dans les premiers temps du christianisme, leurs plus célèbres docteurs et les plus reçus. L'ancienne tradition, si ferme et si établie, ne pouvait être abolie d'abord ; et quoique les Juifs n'appliquassent pas à Jésus-Christ la prophétie de Jacob, ils n'avaient encore osé nier qu'elle ne convînt au Messie. Ils n'en sont venus à cet excès que longtemps après, et lorsque pressés parles chrétiens ils ont enfin aperçu que leurpropre tradition était contre eux. Pourla prophétie de Daniel, où la venue du Christ était enfermée dans le terme de quatre cent quatre-vingt-dix ans, à compter depuis la vingtième année d'Artaxerxe à la Longue-Main; comme ce terme menait à la fin du quatrième millénaire du monde , c'était aussi une tradition très-ancienne parmi les Juifs, que le Messie paraîtrait vers la fin de ce quatrième millénaire , et environ deux mille ans après Abraham. Un Elie dont le nom est grand parmi les Juifs, quoique ce ne soit pas le prophète, l'avait ainsi enseigné avant la naissance de Jésus- Christ; et la tradition s'en est conservée dans le livre du TalmukP. Vous avez vu ce terme accompli à la venue de Notre Seigneur, puisqu'il a paru en effet environ deux mille ans après Abraham et vers l'an iOOO du monde. Cependant les Juifs ne l'ont pas connu ; et frustrés de leur attente , ils ont dit que leurs péchés avaient relardé le Messie qui devait venir. Mais cependant nos dates sont assurées de leur aveu propre ; et c'est un trop grand aveuglement de faire dépendre des hommes un ternie que Dieu a marqué si précisément dans Daniel.

C'est encore pour eux un grand embarras de voir que ce prophète fasse aller le temps du Christ avant celui de la ruine de Jérusalem ; de sorte que ce dernier temps étant accompli, celui qui le précède le doit être aussi.

Josèphe s'est ici trompé trop grossièrement''. 11 a bien compté les semaines qui devaient être suivies de la désolation du peuple juif; et les voyant accomplies dans le temps que Tile mit le siège devant Jérusalem, il ne douta point que le moment de la perte de cette ville ne fût arrivé. Mais il ne considéra pas que cette désolation devait être précédée de la venue du Christ et de sa mort; de sorte qu'il n'entendit que la moitié de la prophétie.

1. Gem., Tr. Sanhed.. c. xi. — 2. Parap. Onkclos . Jonathan, el Jerosol. Vide Polyq. Ang. — 3. Gem. Tr.San.. c. xi. — 4. .\ntiq.. lili. X, c. uU.; De DelloJud., h\i. VII, cap. 4, al. lib. VI, cap. 2.

SECONDE PARTIE. — DE LA SUITE DE LA RELIGION

Les Juifs qui sont venus après lui ont voulu suppléer à ce défaut. Ils nous ont forgé un Agrippa descendu d'Hérode , que les Romains, disent-ils, ont fait mourir un peu devant la ruine de Jérusalem ; et ils veulent que cet Agrippa, christ par son titre de roi, soit le Christ dont il est parlé dans Daniel; nouvelle preuve de leur aveuglement. Car outre que cet Agrippa ne peut être ni le Juste ni le Saint des saints, ni la fin des prophéties, tel que devait être le Christ que Daniel marquait en ce lieu, outre que le meurtre de cet Agrippa, dont les Juifs étaient innocents, ne pouvait pas être la cause de leur désolation , comme devait être la mort du Christ de Daniel ; ce que disent ici les Juifs est une fable. Cet Agrippa descendu d'Hérode fut toujours du parti des Romains; il fut toujours bien traité par les empereurs , et régna dans un canton de la Judée longtemps après la prise de Jérusalem, comme l'attestent Josèphe et les autres contemporains'.

Ainsi tout ce qu'inventent les Juifs pour éluder les prophéties, les confond. Eux-mêmes ils ne se fient pas à des inventions si grossières ; et leur meilleure défense est dans cette loi qu'ils ont établie de ne supputer plus les jours du Messie. Par là ils ferment les yeux volontairement à la vérité , et renoncent aux prophéties où le Saint-Esprit a lui-même compté les années; mais pendant qu'ils y renoncent , ils les accomplissent , et font voir la vérité de ce qu'elles disent de leur aveuglement et de leur chute.

Qu'ils répondent ce qu'ils voudront aux prophéties : la désolation qu'elles prédisaient leur est arrivée dans le temps marqué ; l'événement est plus fort que toutes leurs subtilités : et si le Christ n'est venu dans cette fatale conjoncture, les prophètes en qui ils espèrent les ont trompés.

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