CHAPITRE XIV
Le néant n'est pas entendu, et n'a point d'idée.
Les choses qui ont été dites montrent que le néant n'a point d'idée; car l'idée étant l'idée de quelque chose , si le rien avait une idée , le rien serait quelque chose.
De là s'ensuit encore que, à proprement parler, le néant n'est pas entendu. Il n'y a nulle vérité dans ce qui n'est pas : il n'y a donc aussi rien d'intelligible; mais où l'idée de l'être manque, là nous entendons le non-être.
De là vient que , pour exprimer qu'une chose est fausse, souvent on se contente de dire : « Cela ne s'entend pas; cela ne signifie rien, » c'est-à-dire qu'à ces paroles il ne répond, dans l'esprit, aucune idée.
Par là il faut dire encore qu'il n'y a point d'idée du faux , comme faux. Car, de même que le vrai est ce qui est , le faux est ce qui n'est point.
On connaît donc la fausseté d'une chose dans la vérité qui lui est contraire.
Ainsi , lorsque , en faisant le dénombrement des idées , nous y avons rapporté celle du vrai et du faux, il faut entendre que l'idée du faux n'est que ' l'éloignement de l'idée du vrai.
De même, l'idée du mal n'est que l'éloignement de l'idée du bien.
De cette sorte , à ces faux et 7nal répond , dans notre esprit, quelque chose ; mais ce qui y répond, c'est le vrai qui exclut le faux, et le bien qui exclut le mal.
Et tout cela est fondé sur ce que le faux et le mal, comme faux et comme mal, sont un notiêtre , qui n'a point d'idée, ou, pour parler plus correctement , ne sont pas un être qui ait une idée.
Ce qui pourrait nous tromper, c'est que nous donnons au vrai et au faux , et même au néant , un nom positif; mais de là il ne s'ensuit pas que l'idée qui y répond soit positive : autrement, le néant serait quelque chose; et ce qui est contradictoire.
Au reste , on entend assez que le positif c'est ce qui pose et qui met ; et que le négatif est ce qui ôte. Le terme positif afflrme , et le négatif nie , comme le porte son nom.