CHAPITRE XXIII
La précision n'est point une erreur.
A CONSIDÉRER la nature de la précision selon qu'elle vient d'être expliquée, il se voit manifestement que la précision n'enferme aucune erreur.
C'est autre chose de considérer ou la chose sans son attribut, ou l'attribut sans la chose, ou un attribut sans un autre; autre chose de nier, ou l'attribut de la chose, ou la chose de l'attribut, ou un attribut d'un autre. Par exemple, c'est autre chose de dire que le corps n'est pas long , ou que ce qui est long n'est pas un corps , ou que ce qui est long n'est pas large , ou que ce qui est large n'est pas long ; autre chose de considérer le corps en lui-même sans considérer qu'il est long, et de dire que c'est une certaine substance; ou bien de considérer précisément sa longueur, sans jeter sur sa substance aucun regard direct; ou enfin, de considérer précisément qu'il est long, sans songer en même temps qu'il est large, et au contraire.
Dire que ce qui est long n'est pas large, est une erreur qui appartient , comme nous verrons , à la seconde opération de l'esprit. Considérer une chose comme longue, sans la considérer comme large, n'est pas une erreur, c'est une simple considéra-
tion d'une idée sans songer à l'autre, ce qui appartient manifestement à la première opération dont nous traitons.
En cette opération il ne peut y avoir aucune erreur, parce que ni on ne nie , ni on n'affirme , de sorte qu'il n'y a rien de plus clair que cet axiome de l'école : « Qui fait une précision ne fait pas » pour cela un mensonge : Abstrahentium non est » mendacium. »