LIVRE II
II. Le changement de substance attaqué par Luther, et sa manière grossière cl expliquer la réalité. — Il y voulut iiourlanl niùler quelque chose du sien. Tous ceux qui jusqu'à lui avaient bien ou mal expliqué les paroles de Jésus-Christ avaient reconnu qu'elles opéraient quelque sorte de changement dans les dons sacrés. Ceux qui voulaient que le corps n'y fût qu'en figure, disaient que les paroles de Notre Seigneur opéraient un changement purement mystique, et que le pain consacré devenait le signe du corps. Par une raison opposée, ceux qui défendirent le sens littéral, avec une présence réelle , mirent aussi un changement ellectif. C'est jinurquoi la réalité s'était naturellement insinuée dans tous les esprits avec le changement de substance, et toutes les Eglises chrétiennes étaient entrées dans un sens si droit et si simple, malgré les oppositions qu'y formaient les sens. Mais Luther ne demeura pas dans cette régie. Je crois, dit-il', arec Wiclef, que le pain demeure; et je crois, acec les sophistes (c'est ainsi qu'il appelait nos théologiens) que le corps y est. Il expliquait sa doctrine en plusieurs façons, et la plupart fort grossières. Tanlot il disait que le corps est avec le pain comme le feu est avec le fer brûlant. Quelquefois il ajoutait à ces expressions, que le corps était dans le pain et sous le pain, comme le vin est dans et sous le tonneau. De là ces propositions si célèbres dans le parti, in, sub, cum , qui veulent dire que le corps est dans le pain, sous le pain, et avec le pain. Mais Luther sentait bien que ces paroles, Ceci est mon corps, demandaient quelque chose de plus que de mettre le corps là-dedans , ou avec cela , ou sous cela; et pour expliquer ceci est, il se crut obligé à dire que ces paroles, Ceci est mon corps, voulaient dire, ce pain est mon corps suljstantiellement et proprement : chose inouïe et embarrassée de difficultés invincibles.
III. L'impanation établie par quelques luthériens, et rejelée par Luther. — Néanmoins pour les surmonter, quelques disciples de Luther soutinrent que le pain était fait le corps de Notre Seigneur, et le vin son sang précieux, comme le Verbe divin a été fait homme : de sorte qu'il se faisait dans l'Eucharistie une impanation véritable, comme il s'était fait une véritable incarnation dans les entrailles de la sainte Vierge. Cette opinion, qui avait paru dès le temps de Bérenger, fut renouvelée par Osiandre, l'un des principaux luthériens. Elle ne put jamais entrer dans l'esprit des hommes. Chacun vit qu'alin que le pain fût le corps de Notre Seigneur, et que le vin lut son sang , comme le \'erbe divin est homme par ce genre d'union que les théologiens appellent personnelle ou hypostaliquo, il faudrait que , comme l'homme est la personne , le corps fût aussi la personne, et le sang de même : ce qui détruit les principes du raisonnement et du langage. Le corps humain est une partie de la personne, mais n'est pas la personne même, ni le tout, ou, comme on parle, le suppôt. Le sang l'est encore moins; et ce n'est nullement le cas où l'union personnelle imisse avoir lieu. Ces choses s'entendent mieux qu'elles ne s'expliquent méthodiquement. Tout le monde ne sait pas employer le terme d'uidon hyposlatique ; mais quand elle est