‹ Œuvres completes de Bossuet (volume 5)Chapitre 114 sur 313 · EXPLICATION DE NFFÉRBNT8 POINTS DE CON- TROVKKSK · texte numérisé non relu

EXPLICATION DE NFFÉRBNT8 POINTS DE CON- TROVKKSK

Du mérite des œuvres.

Sur le mérite des œuvres, l'Eglise catholique croit que la vie éternelle doit être proposée aux enfants de Dieu, et comme une grâce qui leur est miséiicordicuscment promise par Noire- Seigneur Jésus-Christ , et comme une récompense qui leur est fidèlement rendue en vertu de cette promesse '.

Elle croit que le mérite des œuvres chrétiennes provient de la grâce sanctifiante, qui nous est donnée gratuitement par Jésus-Christ, et que c'est un effet de l'influence continuelle de ce divin chef sur ses membres.

Comme c'est le Saint-Esprit qui fait en nous, par sa grâce, tout ce que nous faisons de bien, l'Eglise catholique ne peut croire que les bonnes œuvres des fidèles ne soient très-agréables à Dieu, et de grande considération devant lui : et elle se sert du mot de mérite pour signifier la valeur, le prix et la dignité de ces œuvres, que nous faisons par la grâce du Saint-Esprit. Mais comme toute leur sainteté vient de Dieu, qui fait les bonnes œuvres en nous, elle enseigne qu'en couronnant les mérites de ses serviteurs, il couronne ses dons 2.

Enfin elle enseigne que nous , qui ne pouvons

1 Ce sont les propres paroles du concile de Trente, sess. 5. c. 16. — 5 Absitut Christianus homo in se ipso vel confidat vcl glorictur, et non in Domino; cujus tanta est erga omnes homines bonitaâ, ut eorum velitesse mérita quee suntipsius donalbid.

rien de nous-mêmes, pouvons tout avec celui qui nous fortifie ; en telle sorte que l'homme n'a rien de quoi se glorifier ni de quoi se confier en lui-même ; mais que toute sa confiance et toute sa gloire est en Jésus-Christ, en qui nous vivons, en qui nous méritons, en qui nous satisfaisons, faisant des fruits dignes de pénitence, qui ont de lui toute leur force, par lui sont offerts au Père, et en lui sont acceptés par le Père l. C'est pourquoi nous demandons tout , nous espérons tout, nous rendons grâces de tout par Notre- Seigneur Jésus-Christ, etc. Nous ne comprenons pas qu'on puisse nous attribuer une autre pensée.

De l'Eucharistie et du sacrifice.

Sur la sainte Eucharistie, l'Eglise distingue deux choses : savoir la consécration, et la manducation ou participation actuelle de cette viande céleste.

Par la consécration, nous croyons que le pain et le vin sont changés réellement au corps et au sang de Jésus-Christ.

Par la manducation, nous croyons recevoir ce corps et ce sang aussi réellement et aussi substantiellement qu'ils ont été donnés pour nou s à la croix.

Nous croyons que ces deux actions distinctes, c'est-à-dire tant la consécration que la manducation, sont très-agréables à Dieu.

C'est en la consécration que consiste principalement l'action du sacrifice que nous reconnaissons dans l'Eucharistie, en tant que la mort de Jésus-Christ y est représentée, et que son corps et son sang y sont mystiquement séparés par ces divines paroles : « Ceci est mon corps, ceci est a mon sang. »

Nous croyons donc que, par ces paroles, nonseulement Jésus-Christ se met lui-même actuellement sur la sainte table, mais encore qu'il s'y met revêtu des signes représentatifs de sa mort. Ce qui nous fait voir que son intention est de s'y mettre comme immolé ; et c'est pourquoi nous disons que cette table est aussi un autel.

Nous croyons que cette action par laquelle le Fils de Dieu est posé sur la sainte table sous les signes représentatifs de sa mort , c'est-à-dire la consécration, porte avec soi la reconnaissance de la haute souveraineté de Dieu, en tant que Jésus-Christ présent y renouvelle la mémoire de son obéissance jusqu'à la mort de la croix, et l'y perpétue en quelque sorte.

1 Nara qui ex nobis tanquam ex nobis nihil possumus, eo coopérante qui nos confortât, omnia possumus ; ita non habet homo unde glorietur ;sed omnis gloriatio nostia in Cbristoest, in quo vivimus, in quo meremur, in quo satisfaçimus, facjentes iïuctus dignes pœnitai.tUe, qui cxillo vim habei.t, ab illo ofleruntur Patri, per illum )ccej<:an.ui a Pâtre. SeSa- 14, c. 8,

Nous croyons aussi que cette même action nous rend Dieupropice, parce qu'elle lui remet devant les yeux la mort volontaire de son Fils pour les pécheurs, ou plutôt son Fils même revêtu, comme il a été dit, des signes représentatifs de cette mort par laquelle il a été apaisé.

C'est pour cela que nous disons que Jésus- Christ s'offre encore dans l'Eucharistie : car s'étant une fois dévoué pour être notre victime, il ne cesse de se présenter pour nous à son Père, selon ce que dit l'Apôtre l, qu'il paraît pour nous devant la face de Dieu.

Il ne faut point disputer du mot. Si l'on entend par offrir, l'oblalion qui se fait par la mort de la victime, il est vrai que Jésus-Christ ne s'offre plus. Mais il s'offre, en tant qu'il paraît pour nous, qu'il se présente pour nous à Dieu, qu'il lui remet devant les yeux sa mort et son obéissance, en la manière qui est expliquée ici.

Nous croyons donc que sa présence sur les saints autels, en cette figure de mort, est une oblation continuée qu'il fait de lui-même, et de sa mort et de ses mérites, pour le genre humain. Nous nous unissons à lui en cet état, et nous l'offrons ainsi qu'il s'offre lui-même, protestant que nous n'avons rien à présenter à Dieu que son Fils et ses mérites. Si bien que le voyant parla foi présent sur l'autel, nous le présentons à Dieu comme notre unique propitiateur par son sang ; et tout ensemble nous nous offrons avec lui , comme des hosties vivantes, à la majesté divine.

Ce n'est pas bien raisonner que de dire que l'oblation de la croix n'est pas suffisante, supposé que Jésus-Christ s'offre encore dans l'Eucharistie ; de même qu'il ne s'ensuit pas qu'à cause qu'il continue d'intercéder pour nous dans le ciel , son intercession sur la croix soit imparfaite et insuffisante pour notre salut.

Tout cela n'empêche donc pas qu'il ne soit très-véritable que Jésus-Christ n'est offert qu'une fois ; parce qu'encore qu'il se soit offert en entrant au monde pour être notre victime, ainsi que l'Apôtre le remarque 2 ; encore que nous croyions qu'il necesse de se présenter pour nous à Dieu, non-seulement dans le ciel , mais encore sur la sainte table ; néanmoins tout se rapporte à cette grande oblation par laquelle il s'est offert une fois à la croix, pour être mis en notre place, et souffrir la mort qui nous était due. Et nous savons que tout le mérite de notre rédemption est tellement attaché à ce grand sacrifice de la croix, qu'il ne nous reste plus rien à faire dans celui de l'Eucharistie, que d'en célébrer la mémoire etde nousen appliquer la vertu.

1 Bebr., ix, 21. — ' Ibid., x, 5.

A L'EGLISE CATHOLIQUE

Aussi ne pensons-nous pas que la victime que nous présentons dans l'Eucharistie y doive être de nouveau effectivement détruite : parce que le Ris de Dieu a satisfait une fois très-abondamment à cette obligation par le sacrifice de la croix, connue l'apôtre saint Paul le prouve divinement dans son Epitre aux Hébreux K Tellement (pic le sacrifice de l'Eucharistie étant établi en commémoration, il n'y faut chercher qu'une, mort et une destruction mystique; en laquelle la mort effective que le Fils de Dieu a soufferte une fois pour nous soit représentée.

Tel est le sacrifice de l'Eglise, sacrifice spirituel, où le sang n'est répandu qu'en mystère, où la mort n'intervient que par représentation ; sacrificenéanmoins livs-vérilablr, en ce que Jésus- Christ, qui en est l'hostie, y est réellement contenu sous cette figure de mort; mais sacrifice commémoratifj qui ne subsiste que par sa relation au sacrifice de la croix 2, et en tire toute sa vertu.

Du culte des Saints.

Sur le culte religieux, l'Eglise catholique enseigne qu'il se doit rapporter a Dieu comme à sa fin nécessaire; et c'est pourquoi l'honneur qu'elle rend à la sainte Vierge et aux saints fait partie de lareligion, à cause qu'elle leur rend cet honneur par la relation et pour l'amour de Dieu seul.

Elle défend expressément de croire aucune divinité, ou vertu et efficace dans les images, pour laquelle elles doiventètre révérées, ni d'y mettre et attacher sa confiance, et veut que tout l'honneur se rapporte aux prototypes qu'elles représentent3.

On peut connaître en quel esprit elle honore les images, par proportion de l'honneur qu'elle rend a la croix et au livre de l'Evangile. Tout le monde voit bien que dans la croix elle adore le Crucifié; et que si ses enfants inclinent la tète devant le livre de l'Evangile et le baisent, tout cet honneur se termine à la Vérité éternelle qui nous y est proposée.

L'Eglise catholique nous apprend a prier les saints de se rendre nos intercesseurs, dans le même esprit de charité et de société fraternelle que nous en prions les fidèles qui sont sur la terre,

iffibr., vu, 27. — 2 Ut relinqueret sacrificium, quo cruentum illud semel in emee peragendum reprœsentaretur, ejusque memoria infinem usque saeculi permanerct, atque illius salutaris virtus in remUsioncm corum, quae a nobis quotidic committuntur, peccatorum applicaretur. Conc. Trid., sess. 22, c. 1. — 3 Non quod credatur inesse aliqua in iis divinitas vel virtus, propter quam sint colendœ... vel quod fiducia in imaginibus sit figtnda, etc. Sed quoniam honos qui eis exhibetur refertur ad prototypa...; 'ta ut Per imag'nes quas osculamur... Christum adoremus, et sar.ctos quorum similitudinem gerunt veneremur. Ibid., ^ess. 15, cap. Deinvocalione, etc.

avec cette différence qu'elle croit les prières de ceux-là sans comparaison plus efficaces, à cause de l'état de gloire où ils sont. Néanmoins elle n'impose aucune obligation aux particuliers de s'adresser ù eux, et leur conseille seulement cette pratique comme très-sainte et très-profitable.

Elle croit, avec toute l'antiquité chrétienne, que plusieurs desfidèles sont en état d'être soulagés par les prières et les sacrifices des vivants; mais elle ne détermine pas en quel lieu ils sont détenus, ni quelle est la nature et la manière de leurs peines.

Elle honore l'Eglise romaine comme la mère et la mailrcssc de toutes les Eglises, matremacma- (jistram, et croit que l'apôtre saint Pierre et ses successeurs ont reçu de Jésus-Christ l'autorité principale pour régir le peuple de Dieu, entretenir l'unité du corps, et conserver le sacré dépôt de la foi; mais elle n'oblige pas à reconnaître l'infaillibilité dans la doctrine ailleurs que dans tout le corps de l'Eglise catholique.

Si messieurs de la religion prétendue réformée n'ont pas encore les yeux ouverts pour connaître la vérité des articles ci-dessus, tous ceux qui sont éclairés ne peuvent refuser d'avouer, du moins selon leurs principes, qu'ils ne contiennent rien qui renverse les fondements du salut. J.-B. Bossuet, grand doyen de Metz.

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