LETTRE VI
BOSSUET A FERRY
A Paris, ce 21 août 1666.
Monsieur,
Je crois avoir déjà fait quelques avances trèsconsidérables pour l'affaire que vous m'avez recommandée. J'espère qu'elle sera trouvée juste et raisonnable en votre personne : et comme je n'ai pu encore aller à la cour tant qu'elle a été à Fontainebleau, à cause des occupations qui m'ont arrêté ici ; à présent qu'elle est à Vincennes, je prétends que dans peu de temps je pourrai vous donner des nouvelles assurées, et telles que vous les souhaitez.
Cependant je vous supplie de voir le récit, que j'ai dressé le plus simplement que j'ai pu des choses que nous avons traitées, et d'avoir la bonté de dire à mon père ce que vous en jugerez, et s'il y a eu quelque chose de plus ou de moins. Je vous garderai sur ce sujet et sur toutes choses tel secret que vous prescrirez; et de mon côté je n'empêche pas que vous ne communiquiez tout ce que je vous ai donné par écrit, à ceux à qui vous le jugerez à propos.
Permettez que je vous conjure de nouveau de vous appliquer à la grande et importante affaire dont nous avons parlé, et croyez que c'est de très-bonne foi, et sans avoir dessein de tromper ni de violenter personne, que l'on y veut travailler. Au reste, je ne puis assez vous dire combien je vous suis acquis, ni l'extrême désir que j'ai de vous faire connaître que je suis de cœur, Monsieur, votre, etc.
Bossuet, grand doyen de Metz.
extraits de différentes lettres de l'abbé bossuet a son père, sur m. ferry.
Du 20 août 1666. — Je pense à M. Ferry, et verrai, avant mon départ, tout ce qui se pourra faire pour lui. La cour est un peu difficile poulies moindres grâces qui ont quelque apparence de suite. J'y agis comme pour moi-même.
Du 21 août. — Je vous prie de rendre en main propre à M. Ferry cette lettre ou mémoire, et de dire que j'espère faire, à son contentement, l'affaire qu'il m'arecommandée, et de le prier de vous dire ce qu'il pense de ce mémoire.
Du 1er septembre. — Je vous prie de dire à M. Ferry que j'ai parlé au roi avec tous les témoignages d'estime dus à son mérite. Il me reste à instruire M. Le Tellier, que je n'ai pu encore voir. Je puis bien lui dire néanmoins que l'affaire semble prendre un bon train. Les Pères Jésuites, nommément le P. Annat, prennent
A L'ÉGLISE CATHOLIQUE
fort bien la chose, et entrent dans nos sentiments.
Du \ septembre. — Sur le sujet de M. Ferry, j'ai parlé de son affaire au roi et à M. LeTellier, avec tout le bon témoignage que j'ai pu rendre de sa personne et de son mérite. On paraît disposé à l'obliger : on désire savoir les termes du règlement en vertu duquel «>n prétend l'exclure du droit de faire fonction, après qu'il aura un successeur, et les raisons particulières qu'il a contre. Je suis instruit de ce dernier : il faut avoir les termes du règlement Vous pouvez l'assurerqueje n'omettrai rien de ce qui dépendra de moi pour son service.
Il est vrai que plusieurs théologiens d'importance confèrent ici des moyens de terminer les controverses avec messieurs de la religion prétendue réformée, et de nous réunir tous ensemble. Il y a quelques minisires convertis, fort capables, qui donnent des ouvertures qui sont bien écoulées: ils procèdent sans passion et avec beaucoup de charité pour le parti qu'ils ont quitté; c'est coque vous pouvez dire à M. Ferry, et que très-assurément on veut procéder chrétiennement et de bonne foi.
Du 20 septembre. — Je fais un voyage de huit ou dix jours; à mon retour, je ferai plus ample réponse à M. Ferry. Je vous supplie de lui dire en attendant, que pour son affaire particulière on n'omettra rien; pour la générale, dont nous avons parlé ensemble, qu'on est persuadé qu'il y peut beaucoup et qu'il a bonne intention. Il a bien pris mes pensées, et plût à Dieu que tous eussent ses lumières et sa droiture.