‹ Œuvres completes de Bossuet (volume 5)Chapitre 128 sur 313 · RECIT · texte numérisé non relu

RECIT

fait par le ministre Ferry, de ce qui s'est passe ai,

sujet (lu PROJET DE RÉUNION.

Le dimanche i) janvier 1667, sur le soir, MM. de Dampierre et de Batilly vinrent me trouver chez moi pour me dire, comme ils tirent, que M. te lieutenant-général avait étécbereber M. de Dampierre chez lui ; et qu'ayant appris de madame sa femme qu'il était an catéchisme , il l'avait prie,- d'envoyer un laquais le prier de sa pari, lorsqu'il en sortirait, de prendre avec lui M. île Batilly, et de le venir trouver pour quelque chose Importante qu'il axait à leur communiquer. Eui étant arrivés, il leur dit avoir charge de ne leur parler qu'en présence de M. de la Voiigarde; qu'étant ailes ensemble chez lui, ci 1*3 avant trouvé, il leur axait alors déclaré qu'il avait ordre et faisait sourdement entendre que

tait du roi, de leur l'aire entendre que Sa Majesté désirait passionnément de voir tous ses sujets réunis en une même créance ; (pic ce serait une couronne ajoutée à la sienne, qu'ils en communiquassent donc avec lesquatre pasteurs, et eux avec peu d'autres. Et au cas qu'ils y trouvèrent les esprits disposés, on choisirait de part et d'autre, en pareil nombre, gens paisibles qui conféreraient ensemble sans dispute des moyens de s'accorder: sur lequel récit que ces messieurs me firent, je leur fis connaître que je trouvais cette proposition étrange ; qu'assurément il n'y avait point d'ordre du roi, et je leur en dis mes raisons : et même que le sentiment de ceux q i m'avaient parlé était que cela ne se fit qu'en une assemblée générale du royaume; mais qu'auparavant il y aurait bien des préparations à faire , et je leur dis que j'en parlerais le mercredi suivant, après le prêche, à mes collègues, lesquels ayant tous été priés de monter en notre chambre, M. de Batilly présent, nous trouvâmes bon , d'un commun accord , d'en parler à quelques autres que nous appellerions avec nous. Mais parce que M. de Comble qui était de semaine , ne pût être induit à s'y trouver qu'après sa semaine, nous remîmes à nous assembler le lundi suivant ; et parce que ce jour-là les diacres rendaient leur compte en la chambre ordinaire du conseil, je proposai que ce fût chez 31. Bac, fort contraire à cette proposition comme sa femme , le plus âgé, et qui avait sa maison au milieu de la ville et à deux issues, et fut pris l'heure à trois après midi, et proposai d'y appeler M. Bachellé, le minisire, à cause de la matière, à qui fut aussi ajouté M. Jcnnet , s'il était en ville, avec incsdits sieurs Dampierre et Batilly; 31. du Chat, con

seiller, qui fut contre; M. Persod, conseiller; MM. Duclos, frères; M. Ancillon; tous lesquels étant assemblés ledit jours, à la dite heure, excepté MM. Jennet et du Chat , la proposition étant ouverte par lesdits deux messieurs, et moi voulant prendre les voix comme étant de semaine, je fus prié par messieurs mes collègues, les du Bac etautresdeIacompagnie,decommencer à opiner, à cause de l'importance de la matière : à quoi je crus ne devoir pas résister: et après avoir témoigné ma surprise de cette proposition, dit les raisons que je croyais avoir de ne croire pas que le roi eût donné charge de la faire, fait un succinct récit de ce que M. de Bossuet et les Jésuites avouaient, les avances qu'ils avaient faites, le sujet qu'il y avait de louer Dieu, de les voir nous avouer des articles pour lesquels on nous avait autrefois persécutés, que cela pouvait servir à faire voirauxraisonnables qu'il n'yavaitpas tantde sujet de nous haïr qu'ils avaient cru; je dis que je ne voyais pas grande espérance qu'ils fussent avoués; entout cas, quecen'étaitpasànousàenlrerences discussions, que nous n'étions qu'une Eglise particulière et hors du royaume qui avons pourtant une même confession de foi et même discipline signées avec les Eglises de France, sans lesquelles nous ne devons rien faire de cette nature; mais qu'il fallait faire une réponse honnête et modeste, parce que le roi en pourrait être averti. Toute la compagnie ayant été de mon avis, je proposai, et M. du Bac aussi, de le mettre par écrit, ce qui fut trouvé hon, et du papier et de l'encre apportés à l'instant. Sur quoi je lus à la compagnie la minute que j'en avais toute dressée, laquelle sembla un peu trop longue ; et après que la manière d'en faire une autre eut été fort contestée, que M. du Bac, et MM. Duclos et Ancillon, avocats, se furent joints ensemble pour en faire une autre, etl'eurent lue, elle fut encore plus débattue: enfin il fallut se rapprocher de la mienne; et après que j'eus fort insisté à ce qu'on y mît quelques offres d'y apporter en temps et heu tout ce que nous pourrions, selon que la vérité et la conscience pourraient permettre, enfin toute la compagnie s'y réunit, l'ayant trouvée raisonnable, sans péril et sans conséquence, et qui pourrait satisfaire Sa Majesté, aussi bien que tous les autres qui la pourraient voir, et qu'il en fallait instruire. Et étant enfin dressée, comme elle est ici, je proposai de la signer; mais je fus suivi de peu. Les ayant remis au retour des deux messieurs, qui furent priés de la porter à M. le lieutenant-général (ce qu'ils firent dès le lendemain, car il était six heures et demie quand nous sortîmes) et les ayant ledit M. le lieutenant-général menés chez M. de la

Voitgarde, là ils lui firent la réponse verbale, et enfin la lui laissèrent copiée; et parce qu'ils lui refusèrent de la signer avec lui , il refusa de leur donner copie de la proposition qu'il en avait faite, comme il avait offert. Ce que M. deBalilly ayant rapporté à la même compagnie, le mardi, 25, chez M. du Bac, excepté M. de Bampierre, et M. Fibiel appelé, qui n'y avait pu être la première fois, il fut dit qu'on en demeurerait là; et M. du Clos fut prier M. de Dampierre de dire à M. le lieutenant-général, s'il le trouvait à la rencontre, et s'il lui en tenait encore quelques propos, que la compagnie n'avait point trouvé devoir rien faire davantage, et de mettre entre les mains de M. Ancillon ledit avis.

Page 1