CHAPITRE VI
Seconde et troisième proposition! qui assurent notre salut dam l'Eglise romaine.— Qne, selon les principes du ministre, le fondement essentiel de lu foi, lequel étant posé, les erreurs surajoutées ne nous damnent pas, c'est la confiance en Jésus-Christ seul; et que c'est vouloir s'aveugler que de nier que nous ayons celte confiance.
Il n'est pas nécessaire d'employer ici une longue suite de raisonnements, puisque le ministre s'explique en termes formels ; il dit nettement en son Catéchisme que œ fondement qui asauré nos pères, nonobstant toutes leurs erreurs c'est « la confiance es seuls mérites de Jésus- Christ, laquelle, dit-il, on exigeait d'eux et dont on leur faisait faire confession. » De là vient qu'il l'appelle en ce lieu et dans tout son li\re « le vrai et unique moyen de salut, le plus grand
article de tous, le sommaire de la doctrine Chrétienne, et ce qui fait véritablement le chrétien. » De sorte ipie, suivant ces principes, quiconque
a dans son cœur cette confiance est appuyé sur
le fondement immobile ; et à cause de la fermeté de ce fondement, les erreurs surajoutées ne le damnent pas et ne le séparent pas d'avec Dieu. C'est pourquoi, encore qu'il soit évident que la doctrine de nos ancêtres était directement contraire à la sienne eu beaucoup de questions importantes, aimi que nous l'avons observé toutelois, avant reconnu cette confiance dans les livres dont on usait en l'Eglise axant le concile de Trente, il a été contraint de nous accorder qu'on pouvait se sauver jusqu'alors en la communion de l'Eglise romaine.
C'est aussi depuis ce temps-là, dit le catéchiste », que le chemin du ciel est fermé pour nous; parce que, voici ses paroles, « il n'est plus permis en l'Eglise romaine de mourir en se liant es seuls mérites de Jésus-Christ 2, parce que la justification par la loi et la conliance du salut, qui jusqu'alors avait été conservée pour le reluge et pour le salut des mourants, et qui en était le sommaire, fut condamnée, et le mérite des œuvres établi s. »
Nous le prions, nous le conjurons, par cette charité chrétienne, qui est douce, qui est patiente, qui n'est point jalouse ni ambitieuse, qui ne soupçonne point le mal 4, qu'il dépouille la passion de sa secte, et qu'il nous considère des mêmes yeux desquels il a regardé nos pieux ancêtres; il trouvera sans difficulté que nous sommes encore ici avec eux.
Je m'engage de lui prouver très-évidemment
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•fê RÉFUTATION DU SIEUR FERRY.
qu'il faut être ignorant de l'antiquité pour croire la pensée des siècles passés; si une imprudente que la créanceque nous professons, touchant la préoccupation les a emportés si loin hors des justification du pécheur et le mérite des bonnes bornes d'une modération raisonnable, ne doitœuvres, ait commencé au concile de Trente, il pas avoir une juste crainte que sa vue n'ait La section suivante lui fera connaître, par des été troublée par le même esprit qui les aveutémoignages certains, que la doctrine que nous glait; et qu'en déguisant la foi de la sainte prêchons nous a été enseignée par l'ancienne Eglise, il ne nous fasse la même injustice qu'il Eglise, et par ceux des Pères dont l'autorité lui croit que ses premiers ont faite à nos pères ? doit être la plus vénérable. Certes, quelque estime qu'il ait de notre
En attendant que je m'acquitte de cette même créance , nous protestons devant Dieu et devant promesse, je le prie d'écouter des auteurs qui ne les hommes , que nous espérons uniquement au doivent pas lui être suspects. Ce sont les histo- Sauveur ; que c'est notre seul pacificateur, le riens ecclésiastiques de la réformation préten- seul qui réconcilie le ciel et la terre, le seul qui due, qui parlent ainsi de la doctrine du XVIIIe purge nos consciences gratuitement par son siècle dans la préface de leur treizième centurie, sang : que quelque bien que nous puissions faire a En ce siècle, » disent-ils *, « cette doctrine en ce monde, eussions-nous toutes les vertus évangélique était éteinte, que les hommes sont qui sont répandues dans tous les ordres des préjustifiés devant Dieu par la seule foi sans les destinés, nous ne serons jamais agréés du Père, œuvres. La doctrine des faux prophètes régnait si nous ne lui sommes présentés au nom de son publiquement, que les bonnes œuvres sont mé- Fils, si lui-même ne nous présente, si nous ne ritoires du salut. » Que le ministre remarque paraissons revêtus de lui. C'est là notre foi , c'est en ce lieu que tout ce qu'il reprend en notre notre doctrine, nous voulons vivre et mourir en créance, ses frères l'ont attribué au XIIIe siècle, cette espérance.
Il ne serait pas malaisé de montrer que Luther C'est pourquoi, en consolant les malades ,
et Calvin et les autres ont parlé de la même après leur avoir administré les saints sacrements,
sorte des siècles qui les ont précédés ; et ainsi la pieuse tradition de l'Eglise ordonne qu'on
c'est en vain que le catéchiste s'efforce à mettre leur mette la croix à la main comme leur sauve-
de la différence entre nos ancêtres et nous, garde assurée. Cette cérémonie leur enseigne à
puisque ses plus grands docteurs reconnaissent se mettre à couvert sous la croix contre les terri-
qu'ils avaient les mêmes sentiments que nous blés jugements de Dieu justement irrité contre
professons. nous. Là, une conscience effrayée par la multi-
Mais le ministre est d'un autre avis; ses pères tude de ses péchés respire en la passion du Sau-
disent que depuis le siècle XIIIe, la doctrine de veur. Comme on voit un homme à demi noyé
la justification était pervertie et par conséquent qui se prend de toute sa force à une branche
selon leur principe, la confiance en Jésus- qu'on lui tend dessus le rivage : ainsi on avertit
Christ ruinée. Au contraire, « en tous ces le vrai chrétien qu'il tienne fortement ce bois
siècles, » dit le catéchiste2, « et jusqu'à la fin salutaire, de peur que ses iniquités ne l'abîment,
du XVe, non-seulement il était permis aux Donc en embrassant la croix du Sauveur, que
Chrétiens de mourir en la confiance d'être sau- voulons-nous dire autre chose sinon que, battus
vés par les seuls mérites de Jésus-Christ, mais des flots et de la tempête, menacés d'un nau-
même ils y étaient expressément adressés; » et, frage certain par le débris inévitable de notre
parlant de la sixième session de Trente, il assure vaisseau, nous nous jetons avec Jésus-Christ sur
que « la justification par la foi jusqu'alors avait cette planche mystérieuse, sur laquelle nous
été conservée pour le salut des mourants 3. » croyons arriver au port de la bienheureuse im-
Ainsi nos adversaires sont partagés en deux mortalité ? C'est ce que signifie cette croix que
opinions différentes. nous présentons à nos frères agonisants : et afin
Donc, ou ces illustres réformateurs ont fait de leur relever le courage, nous animons la tort à l'innocence de nos ancêtres, ou le ministre cérémonie par cette pieuse exhortation : « Mon lui-même s'abuse, quand il attribue aux Pères ami , après que Dieu vous a fait la grâce de recède Trente l'établissement de notre doctrine voir tous vos sacrements, qui est tout ce que touchant la justification des pêcheurs et le mé- peut désirer le Chrétien prêt à partir de ce rite des bonnes œuvres. monde, il ne reste plus qu'à vous résigner du
Que s'il veut soutenir ce qu'il a prêché ; s'il tout entre les bras de sa bonté et miséricorde,
dit que ce sont ses prédécesseurs qui ont mal pris sans plus pensera autre chose qu'à la mort
. „ , ,n „., et passion de notre Sauveur et Rédempteur
'■ MmiiJeburg. IJist. eccles.. cent. 13, in Prcrfnt. — ' Par;. 02. — r . *
. :,,g. io8. Jesus-Chnst , de laquelle je vous présente la
figure et ressemblance, suivant la sainte et louable coutume de notre Mère l'Eglise, afin qu'en voyant ce vénérable signal, il vous souvienne de m qu'il a souffert en l'arbre île la croix pour
vous, et de la charité Immense qu'il vous a portée jusqu'à l'effusion de la dernière goutte de son très-précieux sang. Elevez donc les yeux de l'esprit , et inéditez ici votre Sauveur ayant le
Chef abaissé pour vous baiser , les bras tendus pour vous embrasser, le corps et les membres du tout ensanglantés pour vous racheter cl sauver ; piïr/.-le en toute humilité d'ardente affection que son sang ne soit en vain répandu pour vous, et qu'il lui plaise, par le mérite de sa douloureuse mort et passion, vous octroyer pardon de toutes vos fautes et finalement recevoir votre aine entre ses mains, quand il lui plaira la retirer de ce monde. Ainsi soil-il l. »
C'est ainsi qu'en la dernière agonie , l'Eglise par sa charité maternelle excite les enfants de Dieu et les siens. Elle veut qu'ils appliquent toute leur pensée à Jésus-Cbrist, à sa mort et à ses souffrances. Pour rassurer leur àiue étonnée, elle leur représente ce Jésus-Cln ist se donnant à eux, se sacrifiant, ^épuisant pour eux : c'est de là qu'elle leur ordonne de tout espérer et en celte vie et en l'autre. Et on ose lui reprocher qu'elle ne laisse pas mourir Bas entants en cette confiance chrétienne en Jésus-Cbrist seul ; quelle injustice ! quelle calomnie !
Elle ne se contente pas de les exhorter, elle leur fait professer cette loi ; et l'Amende dont nous usons ordonne aux curés d'exiger des agonisants cette même confession qui , selon le Catéchisme, a sauvé nos pères en l'an 1543 : « Ne croyez-vous pas fermement que Notre Seigneur Jésus-Christ a voulu mourir pour vous, et qu'autrement que par sa mort et passion vous ne pouvez être sauvé 2 ? » On leur fait la même interrogation en leur donnant le saint sacrement de l'Eucharistie : « Voici, leur dit-on 3 , le vrai Agneau de Dieu, qui efface les péchés du inonde. Voici votre Sauveur, vrai Dieu et vrai homme, au nom duquel il faut que nous soyons tous sauvés , et dans lequel il ne faut espérer aucun salut, ni en ce monde ni en l'autre. Le croyezvous ainsi ?» En quoi donc différons-nous de nos pères ? et quelle est l'obstination de nos adversaires, quelle aigreur , quelle animosité les aveugle et les irrite injustement contre nous ! Nous leur prêchons , nous leur crions de toutes nos forces, que nous n'espérons rien que par Jésus-Christ , que nous espérons tout par Jésus- Christ : et ils s'opiniàtrent à publier que nous
1 Agende de Metz, par feu Mgr l'cvè^uc de Madiurc, en l'an IGJ1, p. 01. — ' lbid., p. 70. — Pa^. 50.
Minimes capitalement opposés à cette créance. C'est iei (pie le catéchiste répond « qu'il semble (pie cette demande ne soit ajoutée que par manière d'acquit, ou comme par mégarde '. » 0 faiblesse extrême de noire adversaire! Car la charité chrétienne m'empêche d'user d'une censure plus rigoureuse. Recourir à des réponses si vaines, a'est-ce pas se sentir vaincu et ne l'oser dire ? .Mais demandons-lui pourquoi il lui semble que ceci est ajouté par mégarde. «C'est, d dit-il, «parce que cette demande est omise en celles que l'on fait aux Allemands. » Et pourquoi ne dites-vous pas bien plutôt que c'est par mégarde qu'elle y tôt omise? Quelle personne de
sens rassis ne jugera pas que l'on omet par inadvertance, et que l'on ajoute par jugement? Toutefois il vous plaît de dire que ce qu'on ajoute c'est par mégarde, et <pie ce qu'on oublie c'est par choix. Mais Tenons à une réponse plus décisive. Il est (aux que l'Eglise catholique n'exige pas des Allemands la même créance qu'elle fait professer aux Français. Elle sait que l'Evangile ue reconnaît point la différence des nations, si ce n'est pour les assembler en Notre- Seigneur, et pour en taire un même peuple béni, par la grâce de la nom, 'Ile alliance. Ecoutez ciinne le pasteur catholique parle aux Allemands en î'Agende dont nous usons, et en laquelle vous nous reprochez que cette pieuse interrogation a été omise. Voici ce que leur dit le curé en leur administrant le saint \ iatique :
il faut croire fermement que vous devez être sauvé par la croix et par le sang précieux de Notre Seigneur Jésus-Christ ; et non point par vos propres mérites, qui sont trop petits pour cela 2. » Et après : « Regardez votre Rédempteur vrai Dieu et vrai homme, au nom duquel seulement nous serons sauvés , et sans lequel il n'y a point île salut à espérer , ni en ce monde ni en l'autre. » Que reste-t-il à dire pour vous satisfaire ! Est-ce encore par mégarde que nos évèques mettent celte belle exhortation en la bouche des curés d'Allemagne ? C'est bien se défier de sa cause que de vouloir la fortifier par des observations si peu digérées , et par des faussetés si visibles.