Chapitre VI. — Réflexions sur le projet de noire
auteur.
H parait, par ce qu'on vient dédire, que les onverlures en sont excellentes en général, et qu'il n'y a presque qu'à changer l'ordre. Car, à dire le vrai, il paraîtrait fort étrange à Rome et dans toute L'Eglise catholique, qu'on ne commençât pas d'abord par ce qui regarde la foi. En effet, ou les conciliations que l'auteur propose sur la transsubstantiation, par exemple, sur le sacrifice, sur l'invocation des saints, sur les images, etc., sont faisables ou non : si elles n'étaient pas faisables, tout ce projet serait inutile; et si elles le sont, ou voit bien que c'est par là qu'il fout commencer.
Pour rendre ceci sensible, il ne faut que considérer l'ordre du projet de notre auteur. C'est de faire d'abord l'union, qu'il appelle préliminaire, dans laquelle , sous la condition des six demandes qu'il prétend qu'on peut accorder sans blesser les principes des uns et des autres,
1 Jolies., v, 4.
Je soutiens donc que M. de Leibnitz, et ceux qui entrent comme lui dans les tempéraments de M. l'abbé Molanus, ne sont pas excusés par là de l'opiniâtreté qui fait l'hérétique, pour trois raisons, qui ne peuvent pas être plus décisives ni plus toiles. La première, que les exceptions qu'ils apportent contre les conciles auxquels ils ne veulent point qu'on ait égard, détruisent , comme on a \u, tous les jugements ecclésiastiques, tous les fondements de réunion, et même en particulier les fondements de la réunion qu'on propose. La seconde, qu'ils n'ont trouvé aucun exemple de la condescendance qu'ils nous demandent; puisque celle du concile de Ui le, qu'ils croient avec raison la plus forte, ne leur sert de rien. La troisième, que les décisions du concile de Trente, tant décriées par les protestants et par eux-mêmes, sont recevables et irréprochables lorsqu'elles sont bien entendues: d'où il s'ensuit que le docte abbé dont nous avons examiné l'écrit, si l'on ebange seulement l'ordre de son projet, a ouvert aux siens, comme il se l'était proposé, le chemin a la paix, et comme le port du salut.
Un seul corps et un seul esprit1.
Ecrit à Meaux dans les mois d'avril, mai, juin et juillet 1G92.
on reconnaîtra le Pape pour le spirituel; ensuite on s'assemblera pour convenir de la doctrine à l'amiable, et enfin on remettra à un concile la décision des points dont on aura pu convenir.
Or, tout cela est visiblement impraticable dans cel ordre. Car d'abord, que sera-ce que de reconnaître le Pape pour le spirituel, comme l'auteur le propose, tant qu'on sera en dispute avec lui sur la foi même? Cela assurément ne s'entendrait pas,
Secondement , ce ne serait pas un moindre embarras que de proposer à l'Eglise romaine qu'elle reçoive les protestants à sa communion, pendant qu'il sera constant qu'on aura de part et d'autre des Confessions de foi différentes, sans être convenu de rien. Que si l'on dit que ce sera là une simple tolérance en attendant le concile , c'est cela même qui est impossible , puisqu'il faudrait tolérer, par exemple, cette doctrine autrefois décidée dans le parti lutiié-
1 Ephes., v, 4.
rien, et qui y est encore en vigueur, comme comme par celui de Nicée h , reçu en Orient et
l'auteur en convient , que les bonnes œuvres ne en Occident depuis environ mille ans, par ceux
sont pas nécessaires au salut : ce qu'on n'ob- de Latran, de Lyon et autres, où l'Allemagne a
tiendra jamais, et ce qu'on ne doit jamais obte- donné son suffrage, comme les autres nations ,
nir de l'Eglise romaine. Il faut donc auparavant longtemps avant les contestations de Luther , et
convenir, par exemple, d'un point si important, à cela notre auteur ne trouve point de remède ,
et des autres qu'on trouvera -de même nature- sinon que le Pape tienne en suspens tous ces
Commencer par se réunir pour ensuite les exa- conciles si universellement reçus, et veuille bien
miner, comme le propose l'auteur, c'est renver- recevoir à sa communion et à celle de l'Eglise
ser l'ordre. les protestants qui font profession d'en rejeter
Et puisque nous sommes sur cet article, l'au- les décisions, et de tenir les dogmes contraires à
teur demande qu'on passe , pour ainsi dire , ceux qui y ont été déterminés. On fait plus : on
d'un seul saut par-dessus toute la doctrine lu- propose au Pape d'autoriser dans leur ministère
thérienne sur la justification, et il prétend que les surintendants et les autres pasteurs luthé-
cela se peut, sans blesser les principes des uns riens, qid n'ont été ordonnés tout au plus que
et des autres. Mais le contraire est certain, puis- par des prêtres tels qu'étaient les prétendus ré-
que l'Eglise romaine n'a jamais cru et ne croira formateurs, qui par conséquent, selon les maxi-
jamais qu'elle puisse tolérer, par exemple, la mes de l'Eglise romaine (maximes qui jusqu'ici
certitude absolue de sa propre justification , à n'avaient jamais été révoquées en doute), ne sont
cause des tentations auxquelles elle expose les que de purs laïques; on veut, dis-je, que l'Eglise
fidèles , principalement encore à cause que Lu- romaine ratifie leur ordination , faite dans le
ther et les luthériens établissent cette certitude schisme et en haine de la doctrine catholique,
de la justification dans les hommes justifiés , en sans avoir déclaré qu'ils la reçoivent; et si l'on
les laissant, à la fois, dans l'incertitude si leur dit que l'on consentira que le Papeetles évêques
pénitence est sincère ou non, comme il a été catholiques les ordonnent de nouveau, ce ne
remarqué ci-dessus; d'où il s'ensuit que la jus- sera pas une chose moins étrange en elle-même,
tification est indépendante de la repentance, ni moins contraire aux maximes de l'Eglise ro-
chose qui ne se peut pas tolérer. maine, que d'ordonner des ministres avant qu'on
Il est encore certain que la justification, ainsi soit convenu des conditions de les ordonner, dont
qu'elle est soutenue par les luthériens, est dis- la première est d'avoir une confession de foi qui
tincte et indépendante de la sanctification; leur soit commune avec leurs ordonnances,
d'où il s'ensuit qu'on est justifié indépendam- On voit donc manifestement qu'il n'y a rien
ment de la pénitence, et de plus, que la justifi- de moins praticable que d'imaginer une réunion,
cation précède le bon propos, c'est-à-dire la ré- avant que d'être convenu de rien sur les ma-
solution de bien vivre, et la conversion du cœur : tières de la foi, et avant même que de les avoir
puisque tout cela constamment appartient à la traitées ; et que , bien loin que les demandes
sanctification. Or, établir cette doctrine, c'est préliminaires que fait notre auteur laissent,
renverser le fondement de la piété , aussi bien comme il le propose, les principes de part et
que d'enseigner qu'on n'aime Dieu qu'après d'autre en leur entier, ils présupposent au con-
qu'on est justifié ; ce qui est une suite du même traire la subversion des principes les plus invio-
principe, expressément avoué par Luther, par labiés de l'Eglise catholique.
Y Apologie et par la Confession d'Augsbourg. Et afin de montrer plus clairement l'impossi-
Et quoique ces dogmes des luthériens, et beau- Milité de ce projet dans l'ordre qu'y met notre coup d'autres de même importance , sur la jus- auteur, j'oppose aux six demandes qu'il nous fait tification, soient adoucis de manière, par notre une seule et unique demande, savoir : qu'il ne auteur et par quelques autres docteurs du parti, faut rien demander pour faire la paix entre nous, qu'on voit bien qu'ils en viendraient aisément à Qui Par avance détruise tout le fondement et la un bon sens , il faut en être convenu avant la sûreté de la paix qu'on pourrait faire. Cela est réunion , et non pas se réserver à le chercher clair de soi-même, et il en résulte qu'il ne faut après qu'on sera réuni, comme le propose notre rien demander qui renverse la fermeté des déauteur, crets de l'Eglise et des conciles , puisque c'est
Et pour ne nous pas arrêter à cette seule ma- sur de semblables décrets qu'on veut fonder en
tière de la justification, le savant auteur sait dernier lieu la paix que l'on propose; car il est
très-bien que les autres dogmes contestés, sans clair que, si l'on infirme les conciles précédents,
parler des décisions du concile de Trente , ont celui sur lequel on veut s'appuyer n'aura pas
déjà été réglés par d'autres conciles généraux, plus de fermeté ni de vigueur. Il n'y aura dans
PREMIÈRE PARTIR : DISSERTATIONS
noi
celui-ci ni plus d'autorité ni un plus grand consentement que dans les autres; et si l'on lient ces conciles en suspens à cause que les hussites. les wicleliles, les \audois, les albigeois, les béreagariens, les iconoclastes et les autres, qui ont été condamnés, s*j sont opposes, il en faudra donc venir à dire qu'on ne doit rien tenir pour jugé, jusqu'à ce que lesconlendants y donnent les mains; ce qui seul anéantirait toute l'autorité des jugements ecclésiastiques.
Notre concile , élabli sur ces principes et sur les ruines, pour ainsi parler, de tant d'autres eoncikt, ne subsistera pas, ou plutôt il ne se tiendra point du tout ; car, après qu'on aura tenus les protestante pour trais enfants de l'Eglise avec tous leurs dogmes, que demanderont-ils davantage? L'Eglise romaine aura affaibli d'ellemême son autorité : elle aura reconnu pour orthodoxes ceux qu'auparavant elle regardait d'un autre œil ; ceux qui se sont séparés jouiront de la communion du premier Siège, et de ton les les Eglises qui sont toujours demeurées dans son unité, sans rien changer dans les choses qui ont donné lieu à la séparation; ce qui seul suffira pour faire voir que les causes en étaient justes. Après cela, qu'auront-ils besoin d'arbitres, ou de conférences, ou de conciles? On trouvera toujours de nouveaux prétextes pour éviter une assemblée, qui d'elle-même aura beaucoup de difficulté; et après tout qu'arrivai a-t-i) de ce concile, sinon qu'y étant ailes en foulant aux pieds tous les autres, nous montrerons à la postérité ce qu'elle pourra faire de celui ci, et nous ôterons à l'Eglise tous les moyens de terminer les disputes qui pourront naître, en détruisant. sous le nom d'un concile œcuménique, l'autorité de tous les conciles, et la majesté de l'Eglise?
Nous ajouterons a cette demande cette proposition, qui n'en est qu'une annexe ; à savoir que, pour concilier, dans ce qui regarde l'exposition de la foi, les Eglises, quelque nombreuses qu'elles soient, il ne faut rien faire qui ne soit conforme aux exemples et aux règlements de nos prédécesseurs ; autrement l'état de la foi. et la force des décisions ecclésiastiques seraient en péril : or nous trouvons sept exemples de conciliations de cette sorte.
Le premier, au commencement du Ve siècle, et dans le concile d'Ephèse, que les évèques soumis au siège d'Antioche ne voulaient pas reconnaître. L'accommodement se fit en reconnaissant que la déposition, faite dans le concile, de Nestorius pour ses erreurs, et l'ordination de son successeur, étaient légitimes, et en professant la même foi qui avait été reçue à Ephèse.
Le second exemple, au commencement du VIe
siècle. Acacc, patriarche de Constantinople, ne voulant pas reconnaître la décision du concile de Chalcédoine et la lettre du Pape saint Léon, qui y avait été approuvée, et tout l'Orient étant entré dans ses sentiments, il fut excommunié par le Pape. Le schisme, qui dura longtemps, fut terminé par une formule du Pape saint Hormisdas, qui fut souscrite par les patriarches et par tous les évèques, dans laquelle on recevait en termes formels le concile de Chalcédoine et la lettre du pape saint Léon, en reconnaissant l'autorité du Siège apostolique, connue établie de Jésus-Christ en la personne de saint Pierre par ces paroles l : Tu es Pierre, etc., et se conformant en tout et partout àlafoi de ce Siège, comme de celui où se trouvait toujours l'entière et parfaite solidité de la religion chrétienne.
La signature de ce Formulaire a souvent été réitérée en Orient, et c'était un témoignage solennel de l'Eglise grecque sur la primante de saint Pierre et de son Siège.
Le troisième exemple est arrivé sous le Pape saint Grégoire-le-Grand. Quoique ce Pape reçût le cinquième concile, il consentit à n'en faire aucune mention dans la lettre qu'il écrivit à Théodelinde, reine des Lombards, et à ne la pas obliger à le recevoir, à cause que ce saint concile n'avait rien déterminé spécialement sur la foi , et que ce qu'il avait déterminé sur certaines personnes n'était pas absolument nécessaire. Ce fut le seul motif de sa tolérance : ce qui montre qu'il n'en aurait eu aucune, s'il se fût agi de la foi.
Le quatrième exemple est du second concile général de Lyon, sous Grégoire X, où les Grecs furent reçus à la communion, mais seulement après avoir confessé, dans une déclaration expresse de leur foi, tous les articles dont ils contestaient la vérité, et en particulier la primauté de la Chaire de saint Pierre et du Pape, comme établie par Jésus-Christ.
Le cinquième exemple est celui du concile tle Bàle et des Bohémiens. Nous en ferons un article à part, à cause que c'est sur celui-là qu'on insiste particulièrement.
Le sixième exemple est celui du concile de Florence, où les Grecs furent reçus à la communion comme au second concile de Lyon, en consentant à la foi de l'Eglise sur tous les articles, et en particulier sur la primauté du Pape. Le décret d'union est entre les mains de tout le monde. 11 est fait de l'autorité des évèques grecs aussi bien que des latins, mais après seulement qu'on fut convenu de tout avec eux dans des conférences particulières.
1 Mullà., xvr, 18.
On peut produire, pour septième et dernier exemple, la concession de la coupe faite par Pie IV aux Catholiques et aux protestants, à condition de se soumettre à toutes les décisions de l'Eglise, et en particulier à celle qui a déterminé que la communion sous une espèce n'était pas contraire aux préceptes de Jésus-Christ. J'en rapporterais les actes, qui étaient bien connus du docteur Callxte, si le savant M. Pellisson, qui a si bien mérité par ses écrits de toute l'Eglise catholique, ne les avait depuis peu rendus publics-
On voit, par tous ces exemples, qu'on n'a jamais fait aucune réconciliation entre les Eglises, qu'en présupposant le fondement de la foi, et en convenant premièrement de ce point, sans jamais s'en relâcher: de sorte que si l'on proposait une autre forme d'accommodement, je puis bien dire avec certitude qu'on ne serait pas écouté; et qu'en méprisant dans une affaire de cette conséquence tous les exemples des siècles passés, le Pape craindrait, avec raison, de multiplier les schismes plutôt que de les finir.
Comme l'exemple du concile de Bâle est celui où l'on insiste le plus, et qu'en effet c'est celui où l'Eglise semble avoir poussé le plus loin la condescendance, il faut le considérer avec un soin plus particulier.
On prétend donc que, dans l'accord fait avec les calixtins, on a suspendu à leur égard les décrets du concile de Constance contre ceux qui soutenaient que les deux espèces étaient de précepte,^ prœcepto ; ce qui paraît, dit M. de Leibnitz, être « in terminis, en termes exprès, le cas que nous traitons, et non une simple concession de l'usage des deux espèces, sur laquelle il ne peut y avoir de difficulté. »
C'est ainsi que ce savant homme propose la chose dans une lettre à M. Pellisson du 13 juillet 1692, et il se fonde sur les paroles de l'accord avec les Bohémiens,où, après leur avoir accordé la communion sous les deux espèces aux conditions qui y sont exprimées, on ajoute : « et cet article sera pleinement discuté dans le concile louchant la matière si cette communion est de précepte; et on verra ce qu'il faudra croire et faire sur cet article pour l'utilité et pour le salut du peuple chrétien. »
On voit, par la réflexion que le même M. de Leibnitz a laite en latin sur cet accord, que ces mots : on discutera, on verra, sontceux d'où l'on veut conclure que le décret de Constance a été tenu en suspens; mais ce n'est rien inoins que cela, puisqu'on va voir, non par conjectures, mais par actes, que celle discussion et cet examen se devait faire, non pas en délibérant de nouveau sur la malière,comme si elle était encore in-
décise et en suspens après le concile de Constance, mais par forme d'instruction, de déclaration, d'éclaircissement, pour confirmer les Catholiques dans la vérité décidée, et faire entrer les calixtins dans l'esprit et les inlentionsde l'Eglise, en les informant de ses raisons.
Pour faire voir cette vérité, le premier acte que je produis est la lettre invitatoire du concile aux Bohémiens, du 15 octobre 1431. Là, sur ce qu'ils s'étaient plaints qu'on ne les avait jamais voulu entendre, on les invite à venir dire leurs raisons, et on leur promet une pleine audience, à condition toutefois qu'ils écouteront le jugement du concile comme celui du Saint-Esprit. On pose donc pour fondement l'infaillibilité des conciles ; ce qui est bien éloigné d'en vouloir tenir les décrets en suspens.
Le second acte, qui prouve la même -vérité, est la déclaration que le cardinal Julien fit à la tête du concile aux Bohémiens, lorsqu'ils y comparurent : « Que l'Eglise ne pouvait errer dans les choses qui étaient nécessaires au salut: qu'elle était représentée dans les conciles, et qu'il y fallait croire comme aux Evangiles. » Jean de Raguse, qui fut nommé pour conférer avec eux, leur fit une pareille déclaration à l'ouverture des conférences; et tout cela était poser pour fondement qu'on ne rétracterait rien de ce qui avait été décidé.
Le troisième acte est une réponse synodale du même concile de Bàle ', publiée par toute la terre, sur le fait dont il s'agit. Car, comme on objectait aux Pères de Bâle, qu'en invitant les Bohémiens à leur concile, pour y dire leurs difficultés, ils semblaient vouloir procéder à une nouvelle délibération sur une matière qui avait déjà été décidée à Constance, ce qui était précisément noire difficulté, ils répondent avant toutes choses : que c'est un blasphème contre le Saint- Esprit que de révoquer en doute l'infaillibilité des conciles; ce qu'ils remarquent qu'ils ont déclaré aux Bohémiens dans les paroles de leurs leltresinvitatoires qu'on vient de voir. Loin donc de faire paraître qu'ils veulent laisser en suspens les décisions des conciles, ils déclarent au contraire qu'ils ne s'en départiront jamais.
Et pour montrer que cela s'entend même du concile de Constance, je produis, en quatrième lieu, tous les actes par lesquels il est constant que le concile de Bàle a toujours supposé que le concile de Constance était œcuménique. Il serait inutile de les rapporter, puisqu'il faudrait pour cela transcrire tout le concile de Bâle, étant certain, non-seulement que ce concile était con-
1 Bpisl. Conc. Basil., tom. xn, Conç. Labb., col. dlii 681.
PREMIER! PARUE : DISSERTATIONS. G03
voqué en vertu du concile de Constance et Bohémiens, non-seulement se plaignaient qu'on du chapitre Fréquent, qui était un dos prind- ne les avait jamais ouïs, mais avaient encore la p&UX canons, mais encore que tous ses décrets hardiesse de se vanter qu'un n'avait osé les ouïr, et toutes ses procédures sont fondés sur i'autoii- parée qu'on ne pouvait répliquer à leurs raisons. té du concile œcuménique de Constance : il n'a Par là ils s'endurcissaient dans leur opiniâtreté ; donc pas eu dessein de tenir en suspens le de- et les infirmes, dont le nombre est toujours si ciel de ce concile, puisque par là il se serait dé- grand dans l'Eglise, étaient frappés de ce distruit 1 i-nième. Cours. On n'y pouvait apporter de meilleur reliais parce qu'on pourrait penser qu'en lais- mède que celui de leur accorder une audience sant en leur entier les autres décrets de Cons- publique pour écouter leurs raisons, et pour les lance, les Pères de Baie auraient du moins tenu convaincre, ainsi que parlent les Pères du conon suspens le décret de la communion sous les cile.
deux espèces, ils déclarent : qu'en exhortant Et que leur intention lût de les convaincre
les Bohémiens, dans leur lettre invitatoire, hve- comme des errants, et de les mettre en ce nom-
nir entendre ce que le Saint-Esprit déciderait bre, ils s'en expliquent clairement,quoiqueavec
dans le concile de Bâle, leur intention a été de toute la douceur et le ménagement possibles,
leur déclarer qu'on jugerait ici c'est-à-dire à dans cette même lettre invitatoire; puisqu'ils les
Baie) comme on avait fait à Constance; puisque séparent du bon grain et les rangent avec T*-
ajoutent-ils, la sentence prononcée à Constance vraie : et «pic tout ce qu'ils en disent de plus fa-
contre leshussites étant dictée par le Saint-Es- vorableesl • qu'ils présument que la racine n'est
prit, qui ne sait point varier, et le même Esprit pas encore entièrement desséchée, ni la terre
présidant à tous les conciles, il est clair qu'on ne tout à l'ail infructueuse '. »
jugera point ici autrement qu'on a jugé là. » C'est donc un l'ait indubitable, que l'examen
De celle sorte, ils déclarent, non-seulement qu'on promettait à Mâle n'était pas un examen aux Bohémiens, mais encore à toute la terre, pour délibérer de nouveau de ladécision de Conpuisqu'on a vu q e ce décret fut publié partout, stance, comme si elle eût encore été douteuse, que, bien loin de regarder la décision faite à mais pour instruire les Bohémiens des raisons Constance comme suspendue, ils ne jugeraient qu'on avait eues de la faire, pour l'éclairciret la autre chose que ce qui avait été jugé dans ce confirmer; ce qui fat lait aussi en termes forconcile; et c'est pourquoi ils expliquent en ter- mels et par une décision expresse en la session mes formels qu'ils appellent les Bohémiens 2 1XX, où le décret quidéclarait que la communion leur concile, non « pour révoquer en doute ce sous les deux espèces n'était pas de précepte, fut qui a été décidé, mais pour les instruire, pour renouvelé : après quoi les Bohémiens qui vouleur éclaircir la matière, pour les retirer de leur (aient encore chicaner, ne reçurent plus anerreur, pour les convaincre ; en un mot, pour cunc réponse.
confo dre les hérétiques et confirmer les Catho- Et la chose avait élé déjà préjugée, non-seu-
liques dans leur foi : » or c'est là précisément lement par toutes les déclarations qu'on vient
ce que nous disons. de voir, mais encore par les propres termes de
Voilà le fondement sur lequel les Pères du l'accord, puisque, premièrement, on y accordait
concile de Bàle ont bàli; et les ambassadeurs le calice, non pas à tous, ce qu'il aurait fallu
qu'ils envoyèrent aux Bohémiens, pour négocier faire, si on l'avait tenu du précepte divin, mais
avec eux, étaient entrés dans ce même esprit, à ceux-là seulement qui le désireraient, etquiau-
lorsqu'ils écrivaient au concile même en ces ter- raient accoutumé de le recevoir; ce qui marquait
mes1 : « C'est le sentiment constant et unanime que la chose était libre et indifférente par elle-
de nous tous, qu'il ne faut point révoquer en même; secondement, que le calice était accordé,
doute ce qui a été décidé dans les conciles; qu'on non-seulemenl/wr l 'autorité de Jésus-Christ, mais
admette donc à l'audience ceux qui ont élé ap- encore par celle de l'Eglise, sa vraie épouse, de
pelés au concile, afin que, notre foi demeurant peur qu'on ne crût que l'institution de Jésus-
tou jours la même, on rappelle de leur égarement Christ lut tellement manifeste, qu'on n'eût après
ceux qui sont tombés dans l'erreur. » cela aucun besoin de la déclaration etautoritéde
Et il importe de bien comprendre ce qu'ils l'Eglise : en troisième lieu, surce point-là même,
veulent dire, lorsqu'ils déclarent que leur confié- comme sur tous les autres qui devaient être
rence avec les Bohémiens a pour but de confir- traités, on se soumettait à l'autorité du concile
mer les Catholiques dans la vérité qui avait été de Bàle, comme dirigé par le Saint-Esprit ; car
décidée à Constance. C'est, disent-ils, que les c'étaient les propres termes portés dans l'accord,
tjàid., 0 2. ! Rid., 670.
quoiqu'on sût que ce concile, auquel on se sou- Il est donc plus clair que le jour, selon les
mettait, n'avait rien tant en recommandation principes posés par l'accord même, qu'il n'y
que l'autorité et les décrets du concile de Cons- avait point à douter qu'on ne renouvelât à Bâle
tan e, sur lesquels il fondait toute sa conduite, le décret de Constance, comme en effet on le fit.
Il faut encore ajouter cette clause de l'accord : Ainsi ce qu'on accordait aux Bohémiens, et tonte
qu'on n'accordait le calice qn'àceux qui conve- la condescendance qu'on avait pour eux, n'était,
liaient avec le concile et avec UEgUse romaine de d'un côté, qu'un dessein de confirmer les Catho-
tous les autres points de la foi. Ils convenaient, liques dans la vérité décidée, et de l'autre côté,
par conséquent, de l'infaillibilité de l'Eglise ; et qu'une pieuse adresse pour attirer les errants au
c'est aussi pourquoi ils se soumettaient au con- concile, dans l'espérance qu'ils céderaient à
cile, comme dirigé par le Saint-Esprit. Or, dès l'autorité, à la charité et aux raisons d'une
que l'on convient de l'infaillibilité de l'Eglise, on assemblée à laquelle ils reconnaissaient, dans
ne peut plus soutenir qu'elle ait erré dans l'ad- l'accord même, que le Saint-Esprit présidait, ministration de l'Eucharistie, non plus que dans celle des autres sacrements.