Prou., VII. 26. — 2. Gen., m
plutôt que pour instruire celle qu'il voulait surprendre. Il ne pouvait commencer par un endroit plus insinuant ni plus délicat.
La première faute d'Eve, c'est de l'avoir écouté, et d'être entrée avec lui en raisonnement. Dès qu'on a voulu la faire douter de la vérité et de la justice de Dieu, elle devait fermer l'oreille et se retirer. Mais la subtilité de la demande l'ayant rendue curieuse , elle entra en conversation et elle y périt. La première faute de ceux qui ement, ou par l'erreur de l'esprit, ou par la séduction et l'égarement de leurs sens, c'est de douter. Satan dit tous les jours, et aux hérétiques , et à tous ceux qui sont entraînés dans leurs voluptés et leurs passions, ce malheureux pourquoi : et s'il lui a réussi contre Eve avant la concupiscence et les passions , faut-il s'étonner qu'il y ait des succès si prodigieux avec ce secours? Fuyons , fuyons : et dès le premier pourquoi, dès le premier doute qui commence à se former dans notre esprit , bouchons l'oreille ; car pour peu que nous chancellions, nous périrons.
IVe ÉLÉVATION.
Réponse d'Eve, et réplique de Satan qid se découvre.
« Nous mangeons de tous les fruits du paradis; mais pour l'arbre qui est au milieu , Dieu nous a défendu d'en manger le fruit, et d'y toucher, sous peine de mort'. « Telle fut la réponse d'Eve, où il n'y a rien que de véritable , puisqu'il ne fait que répéter le commandement et les paroles du Seigneur. Il ne s'agit donc pas de bien répondre, ni de dire de bonnes choses, mais de les dire à propos. Eve, eût dû ne point parler du tout au tentateur, qui lui venait demander des raisons d'un commandement suprême, où il n'y avait qu'à obéir, et non point à raisonner. Combien de fois y est-on trompé? Tout en disant de bonnes choses, on s'entretient avec la tentation ; mais il faut rompre commerce à l'instant. C'était le cas, non de réciter, mais de pratiquer le commandement de Dieu, et se bien garder, sous prétexte de rendre raison au séducteur, de faire durer le temps de la séduction. Le Fils de Dieu nous a bien donné un autre exemple dans le temps de sa tentation. Les paroles de l'Ecriture qu'il allègue, ne sont pas un entretien pour raisonner avec le tentateur, mais un refus précis avec cette exécration : Va-t-en, Satan"^. Au lieu qu'Eve curieuse veut raisonner, et entendre les raisonnements du serpent.
Aussi voit-il insensiblement augmenter ses forces. Comme il vit qu'Eve était éblouie de la nouveauté, et que déjà elle entrait dans le doute qu'il lui vou-lait suggérer, il ne garde plus de mesures, et lui dit sans ménagement : « Vous ne mourrez pas; car Dieu sait qu'au jour que vous mangerez de ce fruit, vos yeux seront ouverts , et vous serez comme des dieux, sachant le bien et le maP. » Il insinuait par ces paroles, que Dieu avait attaché au fruit de cet arbre une divine vertu , par où l'homme serait éclairé sur toutes les choses qui pouvaient le rendre bon ou mauvais, heureux ou malheureux. Et alors, dit-il, par une si belle connaissance, vous deviendrez si parfaits, que vous serez comme des dieux. De cette sorte, il Hatte l'orgueil, il pique et excite la curiosité. Eve commence à regarder ce fruit défendu, et c'est