Jofm .,x.2l. — 3. Tdum ,25. — 4 . Moll/i
ainsi, et il avait dit : J'ai un témoig^iage plus grand que celui de Jean '. Quand donc il se servait de ce témoignage, c'est qu'il approchait aux yeux malades une lumière plus proportionnée à leur faiblesse : et c'est ce qu'il fait encore en celte occasion. Profond aveuglement des hommes; plus disposés à croire saint Jean que Jésus-Ghrist môme ! 0 Dieu , qui ne tremblerait? Mais qui ne vous demanderait en tremblant, d'où vient dans le cœur des Juifs une si étrange disposition? Ne se trouvera-t-il pas quelque chose de semblable en nous? Nous le pourrons chercher une autre fois : nous frapperons à la porle pour entendre ce secret, et peut-être nous sera-t-elle ouverte. Gontinuons cependant notre lecture.
XXVIc JOUR.
J^es Juifs incrédules confondus par le témoignage de saint Jean. (Ibid. et Joan., v, 33, 36.)
Si nous disons que le baptême de Jean est du ciel, il nous dira : Pourquoi ne l'avez-vous pas cru ^? Il le leur avait déjà dit, et ils n'avaient su que répondre : Vous avez envoyé à Jean, et il a re^idu témoignage à la vérité^. S'ils avaient donc avoué la mission céleste de saint Jean-Baplisle, il leur aurait fermé la bouche par son témoignage. Que dire donc? « Que le baptême de Jean ne venait pas de Dieu? Ils n'osaient le dire devant le peuple qui le tenait pour un prophète. Nous n'en savons rien, » disent-ils. « Et moi, » dit-il, » je ne vous dis pas non plus en quelle puissance j'agis "*. » Gens de mauvaise foi, qui n'osez ni avouer ni nier la mission de saint Jean-Baptiste , vous ne méritez pas que je vous réponde. Avouez, niez, pensez ce que vous voudrez : vous êtes confondus ; et il n'y a de parti pour vous que de vous taire. Il y en aurait un autre; ce serait de croire en Jésus : mais vous ne pouvez , pour les raisons et à la manière que nous verrons en son lieu.
Lisez ici le passage entier de saint Jean, v. 33 : « Vous avez envoyé à Jean , et il a rendu témoignage à la vérité. Pour moi , je ne reçois pas mon témoignage de l'homme, mais je parle ainsi, « je vous allègue Jean à qui vous croyez, « afin que vous soyez sauvés. Jean étail un flambeau ardent et luisant, et vous avez voulu vous réjouir pour un peu de temps à sa lumière. Pour moi, j'ai un témoignage plus grand que celui de Jean : les œuvres que mon Père m'a donné le pouvoir de faire , rendent assez témoignage que c'est lui qui m'a envoyé^. »
G'est ainsi qu'il se servait du témoignage de saint Jean-Baplisle, afin, dit-il, que vous soyez sauvés, cl pour vous convaincre par vous-mêmes. Voilà donc l'orgueil et l'hypocrisie de ces interrogateurs de mauvaise foi , confondue. Ils ne mérilaienl pas que le Sauveur leur dit davantage ce qu'il leur avait dit cent fois, et que cent fois ils n'avaient pas voulu croire.
Que sera-ce au dernier jour, lorsque la vérité manifestée dans loule sa force, nous confondra éternellement devant tout l'univers? Oîi irons-nous? hélas! où nous cacherons-nous? Mais voyons comme Jésus confond les docteurs cl les pontifes.
1. Joan., V. 63. — 2. Mallh., \\i. 25. — 3. Joan., v. 33. — i. Mallh., XXI. aj, 27. — .5. Joan., v. 33, 34, .35. 36.
MKDITATIONS SUR L'ÉVANGILE.
XX\"11>" JOTR.
HaraboU dfs deux /ils désobéissants. Applicalion aux chrétiens Idchtt et tiédes et aux faux dévots. (Matlh., xxi. 28, 31.)
Ql'E cous semble de ceci : Un homme avait deux (ils*, etc. Celte parabole va convaincre les ponlil'cs et les sénateurs d'une hypocrisie manifeste. Le Fils de Dieu nous y nuirtiue deux caractères dans ces deuxlils : l'un est celui d'une désobéissance manifeste; l'autre est celui d'une obéissance imparfaite, et plus apparente que solide; et il se trouve que ce dernier est le plus mauvais.
Il y a des gens (lui promettent tout, ou par faiblesse, parce qu'ils n'ont pas la hardiesse de résister en face, ou par légèreté, ou par tromperie. Ils n'osenl vous dire qu'ils ne veulent pas se corriger, et quoique peu résolus à vous obéir, ils vous disent : Seigneur, je m'en tais : Eo, Domine. Ils vous appellent, Seigneur : ils ont un certain respect: ils sont en apparence prompts à obéir : ils ne disent pas : J'irai, mais, je vais; vous diriez qu'il va marcher, et que tout est fait. Cependant il n'obéit pas ; il ne bouge pas de sa place , ou parce qu'il vous veut tromper, ou, ce qui est pis, parce qu'il se trompe lui-même , et se croit plus de volonté et plus de courage qu'il n'en a.
Il parait que ce caractère est manifestement le plus mauvais : ces faibles résolutions , et cet extérieur de piété font qu'on s'imagine avoir de la religion; et on n'a point cette horreur de soi-même et de son état qui fait qu'on le change. ^lais pour celui qui tranche le mot : Je ne veux pas : Nolo : comme il résiste à Dieu par une manifeste désobéissance, et ne peut se flatter d'aucun bien; à la lin il a honte de soi-même, et réveillé par son propre excès, il s'en repent : Poe.nitentia motus abut : Touché de repentir, il obéit.
Noire Seigneur fait voir aux pontifes que ce dernier caractère est le leur. Nourris dans la piété, ils ne parlent que de Dieu, que de religion, que de l'obéissance qu'on doit à la loi; cl parce qu'ils en parlent souvent, ils se croient assez gens de bien, et ne se corrigent jamais. C'est pourquoi Jésus- Christ leur parle de celle manière terrible : « Les publicains elles femmes de mauvaise vie arriveront plutôt que vous dans le royaume de Diou^ : » parce que, confus de leurs excès, ils en ont fait pénitence à la voix de Jean : el vous, qui par vos lumières et la dignité de vos charges deviez donner l'exemple aux autres, non-seulement vous n'êtes pas venus les premiers, comme on avait raison do rallendre ; mais vou.s n'avez pas même su prolitcr de l'exemple des autres. Plus endurcis dans le crime que les publicains et les femmes de mauvaise vie, vous les avez vus se convertir sans en être louches. Double enfoncement dans le crime; premier : ne faire jtas mieux que de telles gens , el ne leur point donner l'exemple ; sec/jnd : ne [«rofiler pas même du leur.
Jean est tenu fJUms la mie de la justice, sans autre manpje de sa mission que sa vie sainte el austère; H néanmoins les puiAicains et les femmes de mauvaise tie, en ont été touchés'. El vous (pji avez ?u Jésus-Chriftt, qui, non-seulement marchait comme Jean dann la voie de la justice, puisqu'il a
I. >/i/<A,jix» ïi.aa, *», -31. — z. Ai«m,3i, vz —:>. 11,1,1 .:».
dit, non dans le désert, mais dans le milieu du monde : Qui me reprendra de péché*? mais qui a fait de si grands miracles, qu'il y avait de quoi émouvoir les plus insensibles : vous, dis-je, qui l'avez vu et qui avez ouï sa voix, vous n'avez pas cru. Quelle est votre honte et quel sera votre supplice !
Vous, ù prêtres, religieux et religieuses, dont la vie ne répond pas à votre état; et vous tous, ô gens de bien en apparence, dévots de profession, appliquez-vous celte parabole. Ne vous lasserez-vous jamais de n'avoir qu'un vain litre de piété, à l'exemple des pharisiens , des ponlifes et des sénateurs des Juifs? Rougissez , rougissez une bonne fois : humiliez-vous, confessez vos faiblesses, et les corrigez. C'est à vous que Jésus parle dans ce discours.
XXVIIIe JOUR.
Parabole des vignerons , prise de David et d'Isaïe. Juste punition des Juifs ; leur héritage transféré aux gentils. (Matth., XXI. 33, 46; Marc, xn. 1, 9; Luc, xx. 9, 19.)
Ecoutez encore celte parabole-. Dans la précédente parabole, Jésus avait fait sentir aux sénateurs, aux docteurs et aux ponlifes, leur iniquité : il leur va faire avouer ici le supplice qu'ils méritent. Car il les convaincra si puissamment, qu'ils seront euxmêmes contraints de prononcer leur sentence.
Ecoutez encore cette parabole. C'est à nous qu'il parle aussi bien qu'aux Juifs : écoulons donc, et voyons, sous la plus claire el sous la plus simple figure qui fut jamais, toute l'histoire de l'Eglise.
Un père de famille a planté une vigne. C'est ce que David avait chanté : « Vous avez transplanté la vigne que vous aviez en Egypte; vous avez chassé les gentils » de la terre de Ghanaan , « et vous l'y avez plantée. Elle a pris racine, et a rempli la terre : son ombre a couvert les montagnes, et ses branches se sont étendues sur les plus hauts cèdres : elle a provigné jusqu'à la mer et jusqu'à l'Euphrate^. » Mais voici quelque chose de plus clair en Isaïe : Une vigne a été plantée pour mon bien-aimé, pour le Fils qui a été oint, pour le Christ : il l'a faite du meilleur plant : il a élevé une tour au milieu , pour y loger ceux qui la gardaient : il a bâti un pressoir''. Voilà les propres paroles de Notre Sauveur.
Il a loué cette vigne à des vignerons'^ : il en a commis la culture aux pontifes , enfants d'Aaron, et aux docteurs de la loi.
Il a encoyé ses serviteurs, pour en recueillir les fruits*^. « J'ai envoyé, » dit le Seigneur '', « mes serviteurs les prophètes, le soir et le malin , jjour avertir » el les princes, et les ponlifes, cl le peuple, qu'ils eussent à donner à Dieu le fruit qu'il attendait de la culture qu'il avait donnée à sa vigne par la loi el par les saintes Ecritures. Au lieu d'écouler les prophètes, « ils les ont persécutés, ils les ont massacrés^. Lequel des prophètes vos pères n'onlils point persécuté, » leur dit suint Etienne"? « Ils orjl massacré ceux qui nous annonçaient l'arrivée du juste dont vous avez été les traîtres et les meurtriers. » C'est justement ce que Jésus-Christ leur reproche dans la parabole. Après tous les prophètes,
1. ./oan.,viii. 46. — 2. M'tlih.,x\. 33.- '3. Ps., i.xxix. 9, iO. 11, \2. — 4. In., V. 1,2. -- 5. Matth., xxi. 33. — 0. Idem, 3i, -- 7. .frrnm., XXXV. 15 >U xxv. 3, 4. — 8. Matth., xxiii. .34, .37 ; f,)(c., XKi. 34. -- U Act., VII. 52.
■il a envoyé son Fils, Jésus-Christ lui-même : Ils respecteront mon Fils. Il avait de quoi se faire respecter par sa doctrine admirable, et par ses miracles. Mais cependant ils l'ont traîné hors de la vigne, hors de Jérusalem, sur le Calvaire; et ils l'ont inhumainement tué par les mains de Ponce Pilate et des Gentils. Admirez combien vivement Jésus les presse , comme il leur découvre ce qu'ils machinaient, ce qu'ils allaient accomplir dans deux jours. Ne devaient-ils pas être attendris? D'autant plus que le Sauveur leur mit leur crime si évidemment devant les yeux, que leur ayant demandé ce que le père de famille ferait en cette occasion , ils avaient été contraints de répondre : « Il punira ces méchants selon leur méchanceté , et il louera sa vigne à d'autres vignerons^, » ou, comme il l'explique après : « Le royaume de Dieu vous sera ôté, et donné à un peuple qui en rapportera les fruits^. » C'est ce qui devait arriver bientôt, lorsque les apôtres leur dirent : « Il vous fallait premièrement annoncer la parole de Dieu : mais puisque vous la rejetez , et que vous vous jugez indignes de la vie éternelle, nous passons aux Gentils : car c'est ainsi que le Seigneur nous l'a ordonné : Je t'ai établi pour éclairer les Gentils^. »
Voilà donc l'accomplissement de la parabole du Sauveur : le royaume de Dieu est ôté aux Juifs, et il est donné à un peuple qui en devait porter les fruits. Car « les gentils entendant » la déclaration que les apôtres firent aux Juifs si hautement , « se réjouirent , et glorifiaient la parole de Dieu; et tous ceux qui étaient préordonnés à la vie éternelle, crurent". « Ainsi les gentils portèrent les fruits que Dieu avait attendus des Juifs, comme dit l'apôtre saint Paul : « Le prépuce est imputé à circoncision aux gentils qui gardent la loi; et il jugera les circoncis qui en sont prévaricateurs^. »
Ne trompons point l'attente du Sauveur : et puisque nous sommes cette nation qu'il a choisie pour porter les fruits de s^ parole, fructifions en bonnes œuvres. « Les fruits de l'esprit sont la charité, la joie, la paix, la patience, la bénignité, la bonté, la douceur, la foi, la modestie, la chasteté, la tempérance®. » Voilà les fruits qu'il nous faut porter, et non pas les œuvres de la chair qui fructifient à la mort : « qui sont les impuretés, les impudicités, les querelles, les jalousies, les ivrogneries, les débauches, » et les autres que saint Paul raconte dans le même lieu^. Autrement le royaume de Dieu nous sera ôté comme aux Juifs , « et un autre recevra noire couronne*. Car si Dieu n'a pas pardonné aux Juifs , qui étaient les branches naturelles de son olivier, il vous pardonnera encore moins". » Ce sera là la grande douleur des Juifs , de voir entre les mains des gentils, la couronne qui leur était destinée, « lorsque, » comme dit le Sauveur, « ils verront venir les élus d'Orient et d'Occident, pour s'asseoir avec Abraham , Isaac et Jacob , dans le royaume des cieux, et que les enfants du royaume seront chassés dans les ténèbres extérieures. Là sera pleur et grincement de dents'*'. » Car on verra la place qu'on devait avoir, la couronne qu'on devait porter sur sa tète; si réelle, qu'on verra ac-
1. Matth., XXI. 41. — 2. Idem , 43. — 3. Art., xiii. 4G, 47. — 4. Idem. 48. — 5. Rom., u. 25, 2G , 27. — 6. Gai., v. 22. — 7. /dew, 19, 20, 21. — 8. Apoc, III. 11. - 9. /iom., xr. 21. — 10. Mallh., VIII. 11, 12.
tuellemenl cette place remplie par d'autres, et cette couronne sur une autre tête. Alors on pleurera sans fruit, et la rage sera poussée jusqu'au grincement de dents. Ecoule, écoute, chrétien! Lis ta destinée dans celle des Juifs : mais lis et écoute dans le cœur; et ne laisse pas tomber à terre une parabole si claire et si clairement expliquée.
0 mon Dieu ! vous me destinez cette couronne. Que je l'arrache promptement de vos mains : elle ne périra pas; car vous savez à qui la donner : vous connaissez vos élus , et le nombre en sera complet. Mettez-moi au nombre de ceux qui ne perdent point leur couronne.
XXIXe JOUR.
Ce que c'est que rendre des fruits en son temps, et cette parole : « L'héritage sera à nous. « (Matth., xxi. 41 ; Marc, xii. 7.)
Pesons en particulier cette parole : Qui rendront le fruit dans le temps*. Autre est le fruit de l'enfance, autre est celui de la jeunesse et de l'âge plus avancé : autre est le fruit d'un qui commence, autre le fruit de celui qui est consommé dans la piété : autre le fruit d'une novice, autre celui d'une religieuse : autre le fruit de la cléricature, autre celui du sacerdoce, autre celui de l'épiscopat. Songez, non-seulement au fruit, mais encore à la maturité qu'il doit avoir; autrement le père de famille ne le recevra pas.
Pesons encore ceci : L'héritage sera à nous-. C'est l'indépendance qu'on cherche. Le prodigue veut qu'on lui donne son partage en pleine possession : il se lasse d'être en tutelle sous la conduite d'un bon père. En faisant mourir Jésus-Christ, les pontifes s'imaginèrent qu'ils secoueraient un joug importun, et se déferaient d'une censure incommode. Qui désormais oserait troubler la domination qu'ils exerçaient sur les consciences, et les pillages qu'ils faisaient sur ces prétextes? Mais la prudence de la chair est confondue même sur la terre; et ils perdirent, non-seulement les fruits, mais jusqu'au fonds de l'héritage qu'ils voulaient avoir. Leur puissance leur fut ôlée; leur ville, leur temple furent renversés; et les voilà l'opprobre éternel des nations.