‹ Œuvres complètes de BossuetChapitre 372 sur 851 · Machab., vu · texte numérisé non relu

Machab., vu

qu'il prononce trop hardiment , mais encore qu'il prononce mal , pour ne rien dire de plus , sur des matières qui le passent.

Avant que d'entrer dans cette discussion, il faudrait donner en général une idée de son ouvrage ; mais personne ne le saurait faire bien précisément. S'il s'en fallait rapporter au titre, on croirait, qu'en promettant de donner l'histoire des principaux commentateurs du Nouveau Testament, il voudrait nous faire connaître leur génie et leur savoir, leur genre d'écrire , leur manière d'interpréter, le temps et l'occasion de leur composition , et les autres choses semblables , sans entrer dans les questions , ou décider sur le fond , qui serait un ouvrage immense, et auquel plusieurs grands volumes ne sufiiraient pas ; mais ce n'est pas le dessein de notre auteur. Sous prétexte d'une analyse telle quelle , qu'il fait semblant de vouloir donner de certains endroits , il veut dire son sentiment sur le fond des explications, louer, corriger, reprendre qui il lui plaira, et les Pères comme les autres , décider des questions , non pas à la vérité de toutes, car ce serait une entreprise infinie, mais de celles qu'il a voulu choisir, et en particulier de celles où il a occasion d'insinuer les sentiments des sociniens, tant contre la divinité de Jésus-Christ que sur la matière de la grâce , ou en commettant les Grecs avec les Latins, et les Pères les plus anciens avec ceux qui les ont suivis , il interpose son jugement avec une autorité, qui assurément ne lui convient pas.

On ne voit donc pas pourquoi il lui plaît d'entrer dans ces questions, puisqu'assurément il n'est pas possible qu'il les éclaircisse autant qu'il faut dans un volume comme le sien : ce qui est cause qu'en remuant une infinité de diificultés, qu'il ne peut ni ne veut résoudre, il n'est propre qu'à faire naître des doutes sur la religion; et c'est un nouveau charme pour les libertins, qui aiment toujours à douter de ce qui les condamne. On ne peut rendre non plus aucune raison du choix qu'il a fait des auteurs dont il a voulu composer sa compilation telle quelle. S'il se voulait réduire selon son titre , à traiter des commentateurs du Nouveau Testament, on ne voit pas ce qui l'obligeait à parler de saint Athanase, de saint Grégoire de Nazianze , et des autres qui n'ont |)oint fait de commentaires, ni des écrits polémiques de ces Pères, ou de ceux de saint Augustin. Si, sous le nom de commentateurs , il veut comprendre tous les auteurs qui ont traité du Nouveau Testament, c'est-àdire, tous les auteurs ecclésiastiques, on ne voit pas pourquoi il oublie un saint Anselme , un Hugues de Saint-Victor, un saint Bernard, et surtout un saint Grégoire le Grand; d'autant plus que les deux derniers, outre qu'ils ont traité comme les autres la doctrine de l'Evangile, et en particulier les matières sur lesquelles M. Simon a entrepris de nous régler, ils ont encore expressément composé des homélies sur les Evangiles, et que d'ailleurs ils méritaient sans doute autant d'être, nommés que Servrt et que Brrnardin 0<hi)i , dont M. Simon nous a donni' une si soigneuse analyse, cncori' qu'il n'en ra|)porte aucun commentaire ; c'ésl-à-dirc ,

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UÉl'KNSE DE l.A TRADITION ET DES SAINTS PÈRES.

que sou> le nom des commentateurs , il a parlé de qui il lui a plu : que sous le titre de leur histoire il traite les questions qu'il a en tète : en un mot, qu'il dit ce qu'il \eut . sans que son livre se puisse réduire à aucun dessein régulier ; et si je voulais exprimer naturellement ce qui en résulte, je dirais qu'on y apprend parfaitement les expositions des sociniens, les livres où l'on peut s'instruire de leur doctrine , le bon sens et l'habileté de ces curieux commentateurs, ainsi que de Pelage, chef de la secte des pélagiens , et de tous les autres auteurs, ou hérétiques ou suspects, et qu'on y apprend plus que tout cela, comment il faut affaiblir la foi des

S lus hauts mystères, avec les fautes des Pères (c'est-àire, celles que M. Simon leur impute), et en particulier celles de saint Augustin . principalement sur les matières de la grâce, dont notre auteur nous découvre le véritable système , et fait bien voir à saint Augustin ce qu'il devait dire pour confondre les pélagiens ; en sorte, si Dieu le permet , que ce ne sera plus ce docte Père, mais M. Simon qui en sera le vainqueur. En un mot, ce qu'il apprend parfaitement bien, c'est à estimer les hérétiques et à blâmer les saints Pères, sans en excepter aucun, pas même ceux q«'il fait semblant de vouloir louer. Et voilà, après avoir lu et relu son livre, ce qui en reste dans l'esprit, et le fruit qu'on peut recueillir de son tra\ail.

Si cela parait incroyable à cause qu'il est insensé, je i)roteste néanmoins devant Dieu que je n'exagère rien. fout paraîtra dans la suite; et pour procéder plus nettement dans cet examen, je me propose de faire deux choses : la première , de découvrir les erreurs expresses de notre auteur sur les matières de la Tradition et de lEgUse, et ce qui tend à la même fin , le mépris qu'il a l)0ur les Pères, avec les moyens indirects par lesquels, en affaiblissant la foi de la Trinité et de l'Incarnation, il mei en honneur les ennemis de ces mystères : la seconde , d'expliquer en particulier les erreurs qui regardent le péché originel et la grâce, parce que c'est à ces mystères qu'il s'est particulièrement attaché.

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