‹ Œuvres complètes de BossuetChapitre 380 sur 851 · LIVRE I. — TRADITION ET INFAILLIBILITÉ DE L'ÉGLISE · texte numérisé non relu

LIVRE I. — TRADITION ET INFAILLIBILITÉ DE L'ÉGLISE

un autre endroit à lui faire son procès , même sur la matière de la grâce dont il a été le docteur. Car en rapportant un passage de Jansénius, évèque d'Ypres , où il dit avec un excès insoutenable', que « saint Augustin est le premier qui a fait en- » tendre aux fidèles le mystère de la grâce , » c'està-dire le fondement de la religion, et avec la doctrine de la grâce chrétienne , le vrai esprit du Nouveau Testament, « cela, » poursuit-iP, « ne nous doit pas » empêcher d'examiner la doctrine de saint Augustin » (sur la grâce, car c'est celle-là dont il s'agissait) « selon les règles de Vincent de Lérins, qui ') veut avec toute l'antiquité , qu'en matière de doc- » trine elle soit premièrement appuyée sur l'au- » torité de l'Ecriture , et en second lieu sur la tra- » dition de l'Eglise catholique : » d'où il conclut que « l'évêque d'Ypres, en publiant que ce docte Père » a eu des sentiments opposés à tous ceux qui l'ont » précédé , et même à tous les théologiens depuis » plus de cinq cents ans, il le rendait suspect. »

Mais laissons Jansénius avec ses excès, dont il ne s'agit pas en cet endroit; laissons ces théologiens, dont , au dire de AI. Simon, la doctrine depuis cinq cents ans était opposée à celle de saint Augustin , ce que je crois faux et erroné, et disons à ce cri tique : Si Jansénius rend saint Augustin « suspect, » en publiant que ce docte Père a eu des sentiments » opposés à tous ceux qui l'ont précédé; » s'il lui fait combattre les règles de Vincent de Lérins contre les novateurs, vous qui dites la même chose que Jansénius, vous qui accusez partout saint Augustin d'avoir introduit des explications dont on n'avait jamais entendu parler, et d'avoir suivi des sentiments opposés , non-seulement aux Pères grecs , mais encore à tous les auteurs ecclésiastiques qui avaient écrit devant lui, vous travaillez à le mettre, et avec lui tous les Latins qui l'ont suivi selon vous durant tant de siècles , au rang des auteurs suspects et des novateurs rejetés par les règles inviolables de Vincent de Lérins; en un mot, au rang des hérétiques ou des fauteurs des hérétiques, puisque vous lui faites favoriser l'hérésie des gnostiques, et détruire avec eux le libre arbitre.

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