‹ Œuvres complètes de BossuetChapitre 477 sur 851 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

.V. .Simon tâche d'opposer les Pères aux sentiments de l'Eglise. Pansa'je trivial de saint Jérôme, qu'il relevé curieusement et de mauvaise foi contre iépiscopat. Autres passages aussi vulgaires du diacre llilaire et de Pelage.

Cette opposilion de notre critique aux traditions cl à la doctrine de l'Eglise, lui fait relever avec soin et sans aucune nécessité, tous les passages des anciens commentateurs qui semblent confondre l'épiscopal et la prêtrise, tels que sont ceux de saint Jérôme, d'IIilairc diacre, et de Pelage. Ces deux derniers sont schismatiques. llilaire, si c'est le diacre, comme le croit M. Simon, est luciférien : Pelage est connu comme l'ennemi de la grâce. Il n'y a point d'anciens commentateurs latins qui soient plus estimés de M. Simon que ces deux-là; nous en verrons les endroits. Mais ici, pour nous attacher à ce qui regarde l'épiscopal et la jjrélrise, voici sur celle matière, ce qu'il rapporte de saint .Jérôme dans l'extrail du Commenlaire sur lépitre à Tito'. « Il » prétend que les prèlres ne différaient point ordi- » nairement des évoques, et que celte distinction » D'à été introduite dans l'Eglise que depuis fju'il y » eût diiïérenls partis , qui donnèrent occasion à » établir d'enlrc les prèlres, un chef qui fut au-

1. Dial. ad Tryf.h.. p. :<». — 2. Epftes., il. 20. — 3. /'. ZM. 235.

» dessus d'eux, au lieu qu'ils gouvernaient aupara- )) vant tous ensemble les Eglises. ]\Iais il semble )) que son sentiment n'était pas alors approuvé de )) tout le monde, puisqu'on lui objectait qu'il n'était » appuyé sur aucun passage de l'Ecriture. C'est » pourquoi il le prouve au long, et il conclut que 1) c'est plutôt la coutume que l'inslilution de Jésus- » Chrisl qui a fait les évéques plus grands que les » prêtres. »

Je rapporte au long ce passage, afin qu'on voie le grand soin que prend notre critique de faire valoir ce qui lui semble contraire à une doctrine aussi établie dès l'origine du christianisme que celle de la distinction des évèques et des prèlres. C'est en vérité une faible ostentation de doctrine que de produire soigneusement un endroit de saint Jérôme que tous les écoliers savent par cœur, et qu'on évite de proposer sur les bancs, tant il est commun. D'ailleurs , il ne faisait non plus au dessein de notre critique que tous les autres de quelque nature et sur quelque sujet que ce fût, qu'il aurait pu extraire des commentaires de ce Père; et l'on voit bien qu'un passage si trivial n'a mérité de trouver sa place dans le curieux ouvrage de M. Simon, qu'à cause que les protestants s'en sont appuyés contre l'Eglise.

Mais s'il avait tant d'envie de rapporter ce passage de saint Jérôme, il devait du moins obesrver que par ce passage même il parait que l'épiscopal avec toutes ses distinctions est universellement établi dès le temps de saint Paul , puisqu'il l'était dès le temps des divisions que cel apôtre blâme dans ceux de Corinthe; et au lieu de dire faiblement qu'il semble que le sentiment de saint Jérôme n'était pas alors approuvé, pour insinuer en même temps qu'auparavant il l'était, il aurait pu dire que ce sentiment était si peu approuvé, qu'Aërius fut rangé au nombre des hérétiques pour l'avoir suivi. Les endroits de saint Epiphane et de saint Augustin , qui prouvent celte vérité , ne sont ignorés de personne. Enfin, ce qu'il y avait de plus nécessaire, c'est qu'au lieu de laisser pour constant que ce fut là le sentiment de saint Jérôme, il aurait fallu remarquer que les docteurs calholiques, et môme les protestants anglais, l'ont solidement expliqué par saint Jérôme même.

Mais cela eût été trop catholique, et les critiques n'en auraient pas été contents. Ainsi, M. Simon n'en a rien dit et s'est contenté de se préparer une misérable échappatoire, en faisant prétendre à saint Jérôme que les prêtres ne différaient point ordinai- REME.NT des écêques, ce qui ne signifie rien, et ne sert qu'à embarrasser la question.

Pour ce qui est du diacre llilaire, schismatiquc luciférien, et de Pelage l'hérésiarque, l'allégation de ces deux auteurs et de leurs passages rebattus, sans les contredire, ne sert qu'à confirmer l'afTectation visible de M. Simon à produire autant qu'il peut des témoins contre la foi de l'Eglise; mais l'autorité de ceux-ci est bien petite, parce qu'encore que l'erreur dont ils sont notés ne regarde pas l'épiscopal, ceux qui s'égarent de la droite voie en se séparant de l'Eglise, ont dans l'esprit un certain travers qui les suit partout, et (|ui rend leurs sentiments suspects, même hors le cas de leur erreur particulière.

Page 1