‹ Œuvres complètes de BossuetChapitre 490 sur 851 · LIVRE IV. — M. SIMON, TÉMÉRAIRE CENSEUR DES SAINTS PÈRES · texte numérisé non relu

LIVRE IV. — M. SIMON, TÉMÉRAIRE CENSEUR DES SAINTS PÈRES

tiques, que Théodore, que Nestorius ne tenaient point le langage que vous voulez qui leur soit commun avec ce saint évèque de Constantinople? c'est pourtant ce qui est vrai. Le langage des chrétiens sur l'unité personnelle en Jésus-Christ, et sur la signification de ce mot personne, prosopon, après quelques variations, était alors tellement fixé en Orient par l'usage de saint Basile et des deux Grégoire, celui de Nazianze et celui de Nysse, et personne signifiait tellement personne , que les hérétiques mêmes, qui innovaient tout, n'osaient changer ce langage. Je dis même les hérétiques, qui divisaient en efTet la personne de Jésus-Christ, comme Théodore de Mopsuesle et Nestorius. Ils ne laissaient pas de dire qu'il n'y avait en Jésus-Christ qu'une personne. A l'égard de Théodore, on en trouvera les passages dans Facundus' et dans les extraits du concile V"^. On verra la même chose de Nestorius dans les actes du concile d'Ephèse. On sait hien qu'ils l'entendaient mal, et qu'ils ne mettaient d'union entre le Verbe et l'humanité en Jésus-Christ que par afi"ection , par relation, par représentation; mais enfin, ils étaient forcés par le langage à ne mettre contre le fond de leur doctrine qu'une personne. Pourquoi veut-on que saint Chrysostome parle plus mal que ces faux docteurs, et qu'il change le langage de l'Eglise , que les hérétiques n'osaient changer, encore qu'il leur fût contraire dans le fond?

Je ne veux pas dire que quelquefois les hérétiques , ennemis de la véritable unité de personne en Jésus-Christ, n'aient parlé naturellement selon leur idée, et n'aient mis comme deux personnes le Fils de Dieu et le Fils de Marie. Mais je dirai bien que ce n'était pas leur langage; c'est-à-dire, leur expression ordinaire. Au contraire , elle était si rare dans leurs écrits, qu'à peine en reste-t-il quelque vestige dans les extraits qu'on en a. Quoi qu'il en soit, on ne trouvera pas que Théodore, ni même Nestorius, aient énoncé deux personnes en Jésus- Christ aussi clairement et aussi absolument qu'on veut le faire dire à saint Chrysostome. Il faut donc conclure de là que le langage de l'Eglise était formé de son temps , et qu'il y a trop d'alTectation à le vouloir faire varier seul sur une chose qui était alors si établie.

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