‹ Œuvres complètes de BossuetChapitre 499 sur 851 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Mépris du critique pour saint Augustin, et affectation de lu préférer Maldonat dans l'application aux Ecritures. Amour de saint Augustin pour les saints livres.

Il restait saint Augustin, qui a donné plus de principes pour entendre la sainte Ecriture, et pour y trouver la saine doctrine , dont elle est le trésor. Mais notre critique l'estime si peu, que ce lui est même un sujet de blâmer les autres que de l'avoir suivi, et pour donner quelque couverture au bas rang où il le met, il a fait semblant d'abord, comme on a vu, que c'est en lui préférant saint Chrysostome; et dans la suite, que c'est en suivant le jugement de Maldonat, qu'il loue d'avoir préféré son sentiment propre à celui de saint Augustin; en sorte qu'il est au-dessous, non-seulement des anciens , mais encore des modernes. Voici les paroles de notre critique.

« Au reste , Maldonat n'est pas si opposé à saint » Augustin , qu'il n'approuve quelquefois ses inter- » prétations^. » Voilà déjà un premier coup : on donne pour caractère à un interprète qu'on loue, d'être opposé à saint Augustin , et il semble que ce soit faire honneur à ce Père de rai)prouver quelquefois. Mais voici un trait plus violent : « Il le suit » en plusieurs autres endroits; mais ayant plus mé- » dite que lui sur l'Ecriture, il n'est pas surprenant >) qu'il l'abandonne souvent*. » Ce qui revient dans un autre endroit, où en parlant de ce passage de saint Paul : « Ce n'est pas de celui qui veut, ni de » celui qui court, mais de Dieu qui fait miséri- » corde, » après avoir rapporté l'explicalion de saint Grégoire de Nazianze, il dit^ : 0 Que saint Augustin » n'approuve pas ce sens-là, mais, » poursuit-il.

1 . p. 207. — 2. p. 239 — 3. p. 628. — 4. P. C29. — 5. /-•. lï-'.

DÉFENSE DE LA TExADITION ET DES SAINTS PÈRES.

€ il n'avait peul-ètre pas assez médité ces sortes » d'expressions. » En vérité, je ne croyais pas qu'on en put venir à ces insolents discours. Qu'est-ce donc que saint Augustin aura médité dans l'Ecriture, s'il n'a pas assez médité les passages sur lesquels il a fondé principalement toute la doctrine de la grAce et toute sa dispute avec les pélagiens"? Cependant on dit hardiment qu'il ne méditait pas assez l'Ecriture . et que Maldonat l'emporte sur lui dans celte élude. Pour parler ainsi, il faut avoir oublié le goùl que Dieu lui donna pour les saints livres, après qu'il lui eut ôlé celui des orateurs profanes, et même celui des platoniciens , pour lesquels il avait tant d'amour. Tout le monde se souviendra de celle prière fervente de ses Confessions' : « 0 Seigneur! » que vos Ecritures soient toujours mes chastes dé- » lices : que je ne me trompe pas, que je ne trompe « personne en les expliquant. Vous, Seigneur, à j) qui appartiennent le jour et la nuit, failes-moi » trouver dans les temps qui coulent par votre ordre, j» un espace pour méditer les secrets de votre loi. f Ce n'est pas en vain que vous cachez tant d'admi- » râbles secrets dans les pages sacrées. Seigneur, » découvrez-les-moi; car votre joie est ma joie et » surpasse toutes les délices : donnez-moi ce que » j'aime, car j'aime votre Ecriture, et vous-même i vous m'avez donné cet amour : ne laissez pas vos » dons imparfaits : ne méprisez pas cette herbe » naissante qui a soif de votre rosée : que je boive » de vos eaux salutaires depuis le commencement » de votre Ecriture, où l'on voit la création du ciel » et de la terre, jusqu'à la fin, où l'on voit la con- » sommation du règne perpétuel de votre cité sainte. » Je vous confesse mon ignorance; car à qui pour- » rai-je mieux la confesser qu'à celui à qui mon » ardeur enfiammée pour l'Ecriture ne déplaît pas? B Encore un coup, donnez-moi ce que j'aime, puis- » que c'est vous qui m'avez donné cet amour. Je » vous le demande par Jésus-Christ, au nom du » Saint des saints; et que personne ne me trouble » dans cette recherche. » Une telle ardeur pour lEcriture, un si fervent désir pour la pénétrer, une crainte si vive de s'y tromper, ou de tromper les autres en l'expliquant, permettait-elle qu'on ne la méditât pas assez , et surtout les épllres de saint Paul, dont saint Augustin parle en ces termes^ : • Je m'attachai avec ardeur et avidité au style vé- » nérable de votre Esprit-Saint, surtout dans les » èpilres de saint Paul, et vos saintes vérités s'inft corporaient à mes entrailles, f|uand je lisais les » écrits du plus petit de vos apôtres, et je regardais i vos ouvrages avec frayeur. »

Page 1