LIVRE V. — M. SIMON, PARTISAN DKS ENNEMIS DE LA GRACE
est la première preuve. La seconde se tire des actes des assemblées d'Orient dans la cause de la grâce chrétienne. Saint Augustin qui n'y était pas, ne laissa pas d'y poursuivre Pelage et Célestius par ses écrits et par Paul Orose, son disciple. Lorsque Jean, évêque de Jérusalem, qui favorisait secrètement ces hérétiques, assembla son presbytère pour les justifier s'il eût pu, ou du moins pour éluder la poursuite que l'un commençait, Paul Orose produisit contre eux la lettre de saint Augustin à Hilaire, et les livres De la Nature et De la Grâce, qui venaient d'être publiés'. Comme Pelage eut répondu , qu'il n'avait que faire de saint Augustin, « tout le monde » s'écria contre ce blasphème qu'il avait proféré » contre un évêque par la bouche de qui Dieu avait » guéri toute l'Afrique du schisme des donatistes , » et on dit qu'il fallait chasser Pelage, non-seule- » ment de cette assemblée, mais même de toute » l'Eglise. >■> Sur quoi Jean de Jérusalem ayant dit : Je suis Augustin , pour insinuer que c'était à lui à venger l'injure et à soutenir la cause d'un évêque, Orose lui répondit : Si vous voulez représenter la personne d Augustin , suivez-en aussi les sentiments. Dès lors donc, c'est-à-dire, dès le commencement de la querelle, et dans une assemblée qui servit de préliminaire au concile de Diospolis , on commençait à presser Pelage par l'autorité de saint Augustin : « Voilà, » disait-on, « ce que le » concile d'Afrique a délesté dans la personne de » Célestius : voilà ce que l'évèque Augustin a eu » en horreur dans les écrits qu'on a produits, etc.» En même temps on déclarait qu'on, s'attachait à la foi des Pères qui étaient en vénération par toute l'Eglise , et par là on déclarait que saint Augustin en était le défenseur^. C'est donc ainsi qu'an parlait de ce grand homme en Orient, à l'ouverture, pour ainsi parler, de la dispute. Mais à la fin et quinze ans après, l'Orient rendit encore un témoignage plus authentique à la doctrine de ce Père , lorsque l'empereur Théodose, sans aucune recommandation que celle de sa doctrine, l'invita au concile œcuménique d'Ephèse, par une lettre particulière : honneur qu'aucun évêque, ni en Orient ni en Occident n'a jamais reçu. On sait que les empereurs, lorsqu'ils écrivaient de telles lettres, le faisaient avec le conseil , et très-souvent par la plume des plus grands évêques qu'ils eussent aux environs. Dans la lettre que nous avons, Théodose reconnaissait saint Augustin pour la lumière du monde, pour le vainqueur des hérésies, et comme celui en particulier dont les écrits avaient triomphé de celle de Pelage. Mais comme plusieurs la rejettent comme supposée , sans nous arrêter à cette critique, le fait allégué dans cette lettre est assez constant d'ailleurs , et personne n'ignore ni ne nie ce qu'a écrit saint Prosper, « que durant vingt ans » de guerre avec les pélagiens , l'armée catholique » n'avait combattu ni triomphé que par les mains » de saint Augustin, qui ne leur avait pas laissé le » loisir de respirer*. »
En effet, en quelque endroit de l'univers qu'ils se remuassent, saint Augustin les prévenait. Pour découvrir les artifices par lesquels ils tâchaient d'abu-
1. Apol. Oros., c. III et iv. — 2. Garn., Diss. ii , p. 235. — .3. Libéral. Breviur., c. v, rie Conc. Eph. CapreoL, Epist. ad Conc. Eph., Act. i. Conlr. Collnl., c. i , n. 2, t. x, (ipp. Aug.
poj. 171.
I ser l'Orient, il adressa à Albinus, à Pinien, etàMélanie qui étaient à Jérusalem, ses livres De la Grâce de Jésus-Christ et Du Péché originel*. Ainsi, malgré leurs finesses et la protection de Jean de Jéru-
; salem, leurs efforts furent inutiles : saint Augustin
j fut le vengeur de l'Eglise grecque comme de la latine, et il défendit le concile de Palestine avec le même zèle et la même force que les conciles de Cartilage et de Milève.
Il ne faut donc pas permettre à M. Simon de diviser l'Orient d'avec l'Occident sur le sujet de ce Père; et au contraire, on doit reconnaître avec saint Prosper^, « que non-seulement l'Eglise romaine » avec l'africaine, mais encore par tout l'univers, » les enfants de la promesse ont été d'accord avec » lui dans la doctrine de la grâce, comme dans tous I) les autres articles de la foi. »
Ainsi ses travaux et ses services étant célèbres autant qu'utiles par toute la terre, il ne faut pas s'étonner qu'il ait été appelé en Orient au concile universel, avec la distinction qu'on vient de voir.
La force et la profondeur de ses écrits, les beau.\ principes qu'il avait donnés contre toutes les hérésies et pour l'intelligence de l'Ecriture , ses lettres qui volaient par tout l'univers et y étaient reçues comme des oracles, ses disputes, où tant de fois il avait fermé la bouche aux hérétiques, la conférence de Carthage , dont il avait été l'âme, et où il avait donné le dernier coup au schisme de Donat, lui acquirent cette autorité dans toutes les Eglises, et jusque dans le synode des prêtres de Jérusalem, jusque dans la Cour de Constantinople; et l'on peut juger maintenant si les Orientaux auraient fait cet honneur à un évêque, qu'ils auraient cru opposé aux sentiments de leurs Pères , dont ils étaient si
jaloux.