CHAPITRE XIV
On expose trois contestations formées dans l'Eglise sur la matière de ta fjrâce, et partout la décision de l'Eglise en faveur de la doctrine de saint Augustin. J'remiùre contestation devant le pape saint Célestin , ou il est jugé que saint Augustin est le défenseur de l'ancienne doctrine.
La doctrine de la grâce, qui altère tout orgueil humain, et réduit l'homme à son néant, aura toujours des contradicteurs; et ce qui fait que quelquefois elle en a trouvé môme dans de saints personnages, c'est la diiïiculté de la concilier avec le libre arbitre, dont la créance est si nécessaire. De là donc il est arrivé que la doctrine de saint Augustin a souvent été l'occasion de grands démêlés dans l'Eglise : les uns l'ayant affaiblie, les autres l'ayant outrée, et tout cela étant rcfTel naturel de sa sublimité.
Mais ce qui en fait voir la vérité, c'est que parmi toutes ces disputes, on s'est toujours attaché de ' plus en plus à ce Père, comme on le verra par la suite de ces conleslalions.
Premièrement donc, la doctrine de ce Père fut
V. ^^«'■/{''- «"^'t«r/«*'. inl>:r Epist. Au'j., Epist. ccxxvii, o ■ rf, ^''*'"' "• "^- - ■* ^"c- KpiU. Kug., Kpisl. ccxxv, n. 9. — \. Idem, n. 2. - 5. Diat. cum Serap. ap. Iren.
attaquée, même de son temps, par des catholiques; mais il faut ici observer trois circonstances : la première, qu'elle ne le fut qu'en un endroit particulier et dans une petite partie de nos Gaules, à Marseille et dans la Provence; la seconde, qu'encore que saint Augustin, dans le livre De la Prédestination des saints, l'ail soutenue avec une force inimitable, et tout ensemble avec une humilité, qui fait dire au cardinal Baronius qu'il ne mérita jamais mieux l'assistance du Saint-Esprit que dans ces ouvrages, la querelle ne s'assoupil ni par sa doctrine ni par sa douceur; la troisième, que Dieu le permit ainsi, pour un plus grand éclaircissement de la vérité; puisque saint Augustin étant mort sur ces entrefaites. Dieu lui suscita des défenseurs dans saint Prosper et saint Hilaire ses dignes disciples, qui portèrent la question devant le Sainl-Siége que le pape saint Célestin remplissait alors, et il y fut décidé :
Premièrement, que la doctrine de saint Augustin était sans reproche; et pour me servir des propres termes de ce pape<, « qu'il ne s'était élevé contre » ce saint pas même le moindre bruit d'un mauvais » soupçon : nec eum sinistrée suspicionis saltem » rumor aspersit. »
Secondement, que c'était aussi pour cette raison « qu'il avait toujours été mis au rang des plus ex- » cellents maîtres de l'Eglise par ses prédécesseurs, » qui, loin de le tenir pour suspect, l'avaient tou- » jours aimé et honoré; » ce qu'en effet on a vu par les lettres du pape saint Innocent et du pape saint Boniface , qui le consultaient sur la matière de la grâce. Le pape saint Célestin confirme leur témoignage par le sien, et nous y pouvons ajouter celui de saint Sixte^, prêtre alors de l'Eglise romaine, et depuis successeur de saint Célestin dans la chaire de saint Pierre.
Et parce qu'on objectait à saint Augustin que sa doctrine était opposée à presque tous les anciens'^, il fut décidé en troisième lieu , loin que saint Augustin fût novateur, que c'était au contraire ses adversaires qui attaquaient l'Eglise universelle par leurs nouveautés; qu'il leur fallait résister''; que les évèques des Gaules, à qui saint Célestin adressait sa lettre , devaient lui montrer que ces entreprises (contre la doctrine de saint Augustin) leur déplaisaient; et tout cela était appuyé sur cette sentence qu'il avait posée d'abord pour fondement :
DESINAT INCESSERE NOVITAS VETUSTATEM , que la nOU-
veaulé cesse d'attaquer l'antiquité'^ : c'est-à-dire que les ennemis de saint Augustin cessent d'attaquer ce Père, qui par conséquent est proposé comme le défenseur de la Tradition dont M. Simon le fait l'adversaire.
Vincent de Lérins cite ce passage du décret de saint Célestin*', et il assure qu'il y reprenait les évêques des Gaules , de ce qu'abandonnant par leur silence l'ancienne doctrine , ils laissaient élever des nouveautés profanes. C'était donc saint Augustin qui était, principalement dans ses derniers livres (lonl il s'agissait alors, le défenseur de l'ancienne doctrine, et c'étaient ses adversaires que ce saint pape réprimait comme des novateurs.
1. Epist. Cœlust. pap. pro Prosp . et Mil. in append., t. x, Au(i., p. 132. c. II. — 2. Vid. in hpisl. Aug. cxci. — 3. Ep. Prosp, ad Auyusl. sup. cit. — 4. Epist. Coilest., cap. ii. — 5. Cap. I. — 6. Commonit. 2.