‹ Œuvres complètes de BossuetChapitre 541 sur 851 · LIVRE VI. — SAINT AUGUSTIN ET LA GRACE · texte numérisé non relu

LIVRE VI. — SAINT AUGUSTIN ET LA GRACE

Deus de Deo, un Dieu qui reçoit du Père sa divinité cl toute son action, un Dieu qui par conséquent, sans dégénérer de sa nature, est nécessairement le second en origine et en ordre, le langage se brouille quelquefois; on parle de la primauté d'origine comme si elle avait en soi quelque chose de plus excellent, quant à la manière de parler, et cet embarras ne se débrouille parfaitement que lorsque quelque dispute réduit les esprits à un langage précis. La même chose a dû arriver dans la matière de la grâce : en un mot, dans tous les dogmes, on marche toujours entre deux écueils, et on semble tomber dans l'un lorsqu'on s'efforce d'éviter l'autre, jusqu'à ce que les disputes et les jugements de l'Eglise , intervenus sur les questions, fixent le langage, déterminent l'attention, et assurent la marche des docteurs.

Par la suite du même principe, il doit arriver que la partie de l'Eglise catholique qui demeurera la plus éclairée sur une matière, sera celle où celle maliére sera le plus cultivée; c'est-à-dire, celle où les hérésies rendront les esprits plus altenlifs. Il a donc dû arriver que l'Eglise grecque, que rien n'obligeait à veiller contre les pélagiens, est demeurée peu éclairée sur les matières qu'ils agitaient, en comparaison de la latine, qui a été aux mains avec eux durant tant de siècles. Aussi est-il bien certain, que sur ce sujet, on a toujours préféré les Latins aux Grecs, à cause, dit savamment le P. Pelau', « que l'hérésie de Pelage a plus exercé l'Eglise » latine que l'Eglise grecque; en sorte qu'on ne » trouve chez les Grecs qu'une intelligence et une » réfutation imparfaites des sentiments de Pelage. » Ce fait est si constant, que M. Simon n'a pu s'empêcher d'en convenir, lorsqu'en remarquant le silence de Théodoret et -de quelques Grecs sur le péché originel , encore qu'ils aient vécu après Pelage, il en rend lui-même cette raison^ : « Que le » pélagianisme a fait plus de bruit dans les Eglises » où l'on parlait la langue latine qu'en Orient; » d'où il conclut , qu'il n'est pas surprenant que Théodoret s'explique moins que les Latins sur le péché originel. Pour peu qu'il ait de bonne foi, il en doit dire autant de toutes les matières de la grâce, puisque les erreurs sur celte matière faisaient une des parties de celte hérésie, qui, comme on sait, s'était répandue en Afrique, dans les Gaules, en Angleterre, en Italie, de l'aveu de M. Simon. Il élait donc naturel qu'on y pensât plus en Occident qu'en Orient, où l'on n'en parlait presque point. Ainsi, quand M. Simon en appelle sans cesse des Lalins aux Grecs, il n'est pas seulement contraire à tous les autres auteurs, mais encore à lui-même.

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