CHAPITRE X
Que yestorius avait d'abord reconnu le péché originel selon les idées communes de l'Occident et de l'Orient , et qu'il ne varia que par inlérct. Que cette Tradition venait de saint Chrysostome. Que l'Eglise grecque y a persisté et y persiste encore aujourd'hui.
Dans la suite, il est vrai que Neslorius, patriarche de Constantinople, sembla vouloir innover et favoriser les pélagiens; mais ce ne fut que lorsqu'il eut besoin de ramasser, pour se soutenir, les évèques condamnés de toutes les sectes. Car auparavant on a ses sermons contre ces hérétiques, dans l'un desquels il disait, que quiconque n'avait pas reçu le baptême demeurait obligé à la ce'dule d'Adam , et qu'en sortant de ce monde, le diable se mettait en possession de son âme*. Voilà les idées du concile de Carthage, des Papes, de saint Augustin. C'était aussi celle de saint Chrysoslome , et nous verrons que cette cédule d'Adam, dont parle Nestorius, venait de ce saint, comme une phrase héréditaire dans la chaire de ce Père, où Neslorius la prêchait; et on voit toujours dans l'Eglise de Constantinople la tradition du péché originel venue de Sisinnius, d'Allicus, et enfin, très-expressément de saint Chrysoslome : c'est pourquoi saint Célestin reproche à Nestorius, non pas de ne pas tenir le péché originel, mais de proléger ceux qui le niaient contre le sentiment de ses prédécesseurs, et entre autres d'Atticus, qui en cela, dit saint Célestin-, est vraiment successeur du bienheureux Jean, qui est saint Jean Chrysoslome; par conséquent ce Père était proposé comme une des sources de la tradition du péché originel , loin qu'on le soupçonnât d'y ôlre contraire ou de l'avoir obscurcie. Je trouve encore dans la lellre du pape saint Zozime à tous les évoques, contre les pélagiens, une expresse et honorable mention du même Père'. On ne l'eût pas été chercher pour le nommer dans celle occasion , si son témoignage contre l'erreur n'eût été célèbre. Son autorité était si grande en Orient, qu'elle y eût partagé les esprits. On voil cependant que rien ne résiste; et c'est ainsi que tout l'Orienl, à roxenq)le de l'Eglise de Constantinople, poursuivait les pélagiens, sans leur laisser le loisir de poser le pied nulle part, ut nec st.\ndi qi:ide.m illic copi.v i'u.es- T.vuETUR, comme dit très-bien saint Célestin'.
On peut rapporter à ce même temps les Avertissements ou les Remontrances el les Mémoires de Mercator, présentés à Constantinople à l'empereur Tliéodose le jeune, et les autres instructions du môme auteur, contre Céleslius et Julien , toutes formées selon les idées des Papes et des conciles d'Afrique, cl encore irès-exprcssémcnt selon celles de saint Augustin qu'il cite à toutes les pages; en sorte qu'il faut avoir perdu l'esprit pour dire que l'Orient, ou qui que ce soit, soupçonnât ce Père d'être novateur, ou d'avoir cxplifiué le péché origl-
1. Serm. it. <iitv. Pelnij. apud Mer. inter . Sest., Trnct. >«. 7, 10. p. 81. — 2. C'i'lesl., Ëpiat. ail yesl. — 3. Apuil O'irn., in lib. Jul-, II. i, ii.l, t. I, Diss. I , p. 383. — 4. Civliist., h'pist. aU Nest.
DEFENSE DE LA TRADITION ET DES SAINTS PERES
nel auiromoiu que tout l'univers et la Grèce en parliculier no laisail alors.
Je n"ai pas besoin de rapporter le décret du concile œcuménique d'Ephèse , où deux cents cvèques de tous les cùiês de lOrienl condamnèrenl les pélapiens, et il ne reste qu'à remarquer que ce lut bien constamment selon les idées de tout l'Occident; puisque ce l'ut après avoir lu les actes envoyés ])ar saint Céleslin, sur la déposition des impies pclagiens et ce'lesliens, de Pelage , de Célestius, de Julien et des autres*.
Je pourrais ici alléguer saint Jean de Damas , qui le premier a donné à l'Eglise grecque tout un corps de théologie dans un seul volume, et qui peut-être a ouvert ce pas aux Latins.
Il présuppose partout que le démon envieux de notre bonheur dans la jouissance des choses d'enhaul, a rendu l'homme, par où il entend le genre humain, superbe convne lui, et l'a précipité dans l'abîme où il était^ : c'est-à-dire, dans la damnation ; que la rémission des péchés nous est donnée de Dieu par le baptême, que nous en avions besoin pour avoir, quand il nous a faits, transgressé son commatidement^; et que c'est pour nous délivrer de celle transgression que Jésus-Christ a ouvert , dans son sacré côté , une source de rémission dans l'eau qui en est sortie'^; que Vhomme ayant transgressé le commandement , le Fils de Dieu , en prenant notre nature , nous a rendu l'image de Dieu que nous 7i'avions pas gardée, afin de nous purifier; que de même que par notre première naissance nous avons été faits semblables à Adam , de qui nous avons hérité la malédiction et la mort; ainsi par la seconde nous somjnes faits semblables à Jésus- Christ ; ce qui présuppose d'un côlé le péché, comme la justice de l'autre : qu' en recevant la suggestion du démon, et trangressant le commandement, nous nous sommes nous-mêmes livrés au péché^j d'où aussi nous est venue la concupiscence et la loi contraire à l'esprit : que le baptême est une nouvelle circoncision qui retranche en nous le péché'^. On trouvera tout cela, et d'autres choses semblables dans ce docte Père, qui présupposent dans le genre humain, non-seulement les effets de la transgression, mais encore la transgression même d'Adam, et font en lui de tout le genre humain, un seul pécheur.
Enlln , il faut dire encore que tout l'Orient persiste dans cette foi? puisque ni dans lé concile de Lyon, ni dans celui de Florence, il no paraît aucune ombre de contestation entre les Grecs cl les Latins, sur le fond et sur la notion du péché origninel; au contraire, on y définit, du commun accord des deux Eglises, que les enfants qui mouraient avec le seul péché originel , aussi- bien que les adultes qui mouraient en péché-mortel, allaient en enfer. Ceux des Grecs qui ont depuis rompu l'union, n'ont pas seulement songé à contester cet article. La même idée se trouve toujours dans les actes de celle Eglise, et en dernier lieu dans les déclarations du patriarche Jérémic, adressées aux luthériens, et dans sa première réponse, confirmée par toutes les autres; ce qui sert encore à faire voir le sentiment de saint Chrysostome, puisque M. Si-
1. Epi$l. ad Crr.Uil. - 2. Lih. Il, c. xxx. - .3. lAb. iir, c. IT. — 4. l'Um, c. XIV. — 5. Z,i6. iv, c. xxiii. —6. Idem, c, xxvi.
mon demeure d'accord que loul l'Orient en suit les les idées, et qu'il est le saint Augustin de l'Eglise grecque.