LIVRE X. — SEMI-PÉLAGIANISME DE M. SIMON
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Mais que lui a-l-il fallu faire pour le combattre, et que nous en dira M. Simon? « C'est, » dit-il', « qu'il lient comme le milieu entre l'opinion sévère » de saint Augustin et celle de Pelage. » C'est le personnage qu'il fait faire à ce cardinal; c'est-àdire , qu'il lui fait faire manifestement le personnage de semi-pélagien; l'Eglise n'ayant connu aucun milieu entre saint Augustin et Pelage, que le semipélagianisme.
Et ce qu'il ajoute de ce cardinal est manifestement de ce caractère : « il rejette, » dit-il-, « en » même temps ceux qui font Dieu le premier et le » seul auteur de tous les efforts que nous faisons » pour le bien, en sorte que ce ne soit pas nous, » mais Dieu qui excite et qui émeuve les premières » inspirations de nos pensées. » On voit où tendent ces paroles, et il n'y a pas moyen de les excuser.
Quand saint Augustin a combattu les semi-pélagiens, qui niaient que le commencement de la piété vint de Dieu, il n'aTien eu de plus fort à leur opposer, que le passage où saint Paul enseigne que « nous ne sommes pas capables de bien penser de » nous-mêmes , comme de nous-mêmes. » Car, disait-il , n'y ayant point de bonne œuvre qui ne commence par un bon désir, ni de bon désir qui ne soit précédé de quelque bonne pensée; quand saint Paul nous ôte la vertu de bien .penser pour l'attribuer à Dieu , il remonte jusqu'à la source , et attribue à sa grâce jusqu'au premier commencement; ce qui est entièrement détruit, s'il nous est permis de croire que les bonnes pensées viennent de nous, et non de Dieu, et que Dieu, non-seulement n'est pas le seul auteur de tout notre bien, mais qu'il n'est pas même le premier.
C'est pourtant ce que semble dire ce cardinal. M. Simon le prend en ce sens et nous veut donner cette idée , que selon le cardinal Sadolet , le commencement vient de nous. Mais afin qu'on ne pense pas qu'il est simple récitateur et non pas approbateur de son sentiment, il dit en termes formels^, que ce cardinal « suit exactement, pour ce qui est » de la prédestination, de la grâce, et du libre ar- » bitre , l'ancien sentiment des docteurs qui ont vécu » avant saint Augustin, quoi(iu"il fût persuadé que » saint Thomas et ses disciples l'eussent combattu. »
On voit par là que ce n'était pas sans raison (jue le cardinal Baronius nous avertissait du péril où se jetaient ceux qui voulaient défendre l'Eglise, en attaquant saint Augustin. Ils devenaient scmipélagiens sans y penser. On sait combien de catholiques se laissaient emporter à ces excès, en haine des excès contraires de Calvin. Le cardinal lieliarmin a été contraint de les réfuter; et c'est aussi pour cette raison que le concile de Trente ayant à condamner les erreurs de Luther et de Calvin , jcla d'abord le fondement d'une si juste condanmalion en condamnant les erreurs scmi-pélagicnnes, et encore par les propres termes de saint Augustin , de peur qu'en repoussant une erreur on ne tombât dans une autre.
Le cardinal Sadolet, avec quelques autres, qui écrivaient avant le concile, ne surent pas prendre leurs précautions contre tous les pièges de la doctrine scmi-pélagienne. Si quelques-uns les ont suivis , on ne doit ni l'imputera l'Eglise, qui a ré-