‹ Œuvres complètes de Boufflers (volume 2)Chapitre 65 sur 134 · LA BERGÈRE · texte numérisé non relu

LA BERGÈRE

Air : Du mot pour rire.

Da.ns de riches appartemens , On a vingt meubles difFérens ,

Un seul m'est nécessaire.

Mieux qu'avec un sdplia doré Mon petit réduit est paré

D'une simple bergère.

L'étoffe en est d'un blanc satin ; Elle a de la fleur du matin

La fraîcheur printanière.

Le lustre en est aussi parfait Que le même jour que j'ai fait

L'essai de ma bergère.

Dans des contours bien arrondis , Entre deux coussins rebondis,

Mon bonheur se resserre ; J'aime à m'y sentir à l'étroit, Et chaudement, quand il fait froid ,

Je suis dans ma bergère.

Le jour, la nuit sans embarras, Joyeux , je goûte dans ses bras,

Un repos salutaire.

Avec délice je m'étends :

Ah ! quel plaisir quand je me sens

Au fond de ma bergère !

Je n'en sors qu'avec des regrets; Souvent j'y rentre , et j'y voudrais

Rester ma vie entière.

Je lui sais plus d'un amateur , JVIais c'est moi seul qui, par bonheur,

Me sers de ma bergère.

i4o CHANSONS.

Air : Que ne suis-je la fougère?

Quand le bon Dieu fît la terre , Fit le ciel, enfin fit tout, Il montra dans cette affaire Beaucoup d'esprit et de goût.

Par sa science profonde, A peine eut-il fait le jour Que, pour mieux peupler le monde.

Il imagina l'Amour.

Bientôt il fit la Sagesse , Qu'il tira de son cerveau ; Elle était d'une tristesse !

C'était l'Ennui peint en beau ; Lorsqu'un jour cette déesse ( Ce fut par oubli , dit-on ) Voit l'Amour et le caresse ; Ah! quelle distraction!

Dieu , qui sentit la méprise , Craint que sa divinité Ne fasse quelque sottise ,

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