LA BERGÈRE
Air : Du mot pour rire.
Da.ns de riches appartemens , On a vingt meubles difFérens ,
Un seul m'est nécessaire.
Mieux qu'avec un sdplia doré Mon petit réduit est paré
D'une simple bergère.
L'étoffe en est d'un blanc satin ; Elle a de la fleur du matin
La fraîcheur printanière.
Le lustre en est aussi parfait Que le même jour que j'ai fait
L'essai de ma bergère.
Dans des contours bien arrondis , Entre deux coussins rebondis,
Mon bonheur se resserre ; J'aime à m'y sentir à l'étroit, Et chaudement, quand il fait froid ,
Je suis dans ma bergère.
Le jour, la nuit sans embarras, Joyeux , je goûte dans ses bras,
Un repos salutaire.
Avec délice je m'étends :
Ah ! quel plaisir quand je me sens
Au fond de ma bergère !
Je n'en sors qu'avec des regrets; Souvent j'y rentre , et j'y voudrais
Rester ma vie entière.
Je lui sais plus d'un amateur , JVIais c'est moi seul qui, par bonheur,
Me sers de ma bergère.
i4o CHANSONS.
Air : Que ne suis-je la fougère?
Quand le bon Dieu fît la terre , Fit le ciel, enfin fit tout, Il montra dans cette affaire Beaucoup d'esprit et de goût.
Par sa science profonde, A peine eut-il fait le jour Que, pour mieux peupler le monde.
Il imagina l'Amour.
Bientôt il fit la Sagesse , Qu'il tira de son cerveau ; Elle était d'une tristesse !
C'était l'Ennui peint en beau ; Lorsqu'un jour cette déesse ( Ce fut par oubli , dit-on ) Voit l'Amour et le caresse ; Ah! quelle distraction!
Dieu , qui sentit la méprise , Craint que sa divinité Ne fasse quelque sottise ,