LE BOUDOIR
Air : du vaudeville de la Rosière.
Thémire un jour dans son boudoir Avec un disciple d'Apelle S'explique ainsi sur son vouloir :
Mon cher artiste, lui dit-elle, Rendez-moi ce séjour charmant ; Mais ne m'y faites point d'enfant.
Votre désir devient ma loi , Lui répond poliment l'artiste ; Mais que va-t-on dire de moi ?
Ah ! rien que d'y songer m'attriste :
L'on doutera de mon talent , Si je ne vous fais pas d'enfant.
A quoi servent donc les boudoirs , Si d'amour il n'est point de traces?
C'est changer en sombres manoirs Des temples parés pour les grâces :
Un boudoir fut dans tous les temps Bien propre à faire des enfans.
N'insistez pas pour vos pinceaux.
Artiste qui voulez séduire;
Vous aurez toujours pour rivaux La taille et les yeux de Thëmire ; Il lui suffira de vouloir, I/amour naîtra dans son boudoir.
TO
i46 CHANSONS.
COUPLETS
M. de BouFFLERs , ayant été envoyé à Remiremont pour complimenter la princesse Christine sur sa nomination à cette abbaye , et ayant été re<ju avec beaucoup de hauteur , lit à son retour les couplets suivans '.
Air : Et fj- pris bien du plaisir.
Enivré du brillant poste Que j'occupe en ce moment, Dans une chaise de poste Je me campe fièrement , Et je vais en ambassade, Au nom de mon souverain,
I. On lit dans .la Correspondance politique , secrète et littéraire (de Mettra), à la date du 9 juin 1785 : « Depuis samedi dernier le Journal de Paris est supprimé pour une cause si légère et en même temps si extraordinaire que le public en a cherché une autre, mais vainement. Une chauson du chevalier de Boufflers, faite, il y a douze ou quinze ans , sur son ambassade auprès de la princesse Christine, abbesse de Remiremont , chanson imprimée dans vingt recueils avec approbation et privilège du roi , a été la véritable cause de cette suppression , parce que le Journal de Paris l'a citée d'après un ouvrage intitulé les Saisons littéraires , imprimé au mois de mai's dernier. On a représenté au roi que, la princesse Christine étant sa tante, cette chanson était licencieuse quoique la princesse ne fût point nommée ; et , par ce tapage , on a donné à la chanson une célébrité qu'elle n'avait point encore eue. Le public, privé du journal , a jeté les hauts crLs. M. le garde des sceaux , en conséquence d'un ordre exprès du roi , a révoqué le privilège ; mais ce magistiat a représenté ensuite à S. M. que ce qu'on lui avait montré comme un manque de respect punis-
Dire que je suis malade ', Et que lui se porte bien.
Avec une joue enflée Je débarque tout honteux :
La princesse boursoufflée, Au lieu d'une en avait deux ; Et son altesse sauvage Sans doute a trouvé mauvais Que j'eusse sur mon visage La moitié de ses attraits.
Air : Que ne suis-je la fougère?
Princesse ^ le roi mon maître Pour ambassadeur m'a pris :
Je viens vous faire connaître L'amour dont il est épris :
Quand vous seriez sous le chaume , Il donnerait, m'a-t-il dit, La moitié de son royaume Pour celle de votre lit.
sable , n'était qu'une inconsidération innocente , et le roi a reçu cette représentation avec bonté , de sorte qu'on espère que le journal reprendra son cours arant la fin de cette semaine. • ( T. XYIII, p. 160.) Et à la date du 3o juin le même correspondant écrit : « Le Journal de Paris a revu la lumière. « (P. !H6.)
Les Mémoires secrets de la République des lettres disent , au 4 juin 1785, que cette suspension avait été sollicitée par le comte de Lusace, frère de la princesse.