LA FEMME ET LE PHILOSOPHE
Air : V avez-vous vu mon bien— aimé?
LE PHILOSOPHE
Pour la raison , C'est un poison Que d'avoir l'ame tendre.
LA FEMME
De ce poison N'a pas raison Qui cherche à se défendre.
LE PHILOSOPHE
Douce raison !
Triste poison !
LA FEMME
Charmant poison !
Triste raison !
LE PHILOSOPHE
Point de poison , A la raison Il faut bien qu'on se rende.
LA. FEMME
Point de raison , C'est du poison, Monsieur, qu'on vous demande.
CHANSONS. iS;
COUPLETS
Mademoiselle de B***, pour qui ils ont été faits , conseiTait la fraîcheur de son teint avec des blancs d'œufs.
Air : O ma tendre musette!
Gens de Paris , vous êtes Sans esprit , sans attraits ; Jamais sur vos toilettes Vous n'avez mis d'œufs frais :
Voyez mademoiselle Qui ne manqua jamais .
D'ôter, pour être belle, La vie à six poulets.
Tous les jours ses gros charmes Sont armés d'un couteau; Le poulailler en larmes La prend pour son bourreau :
La fille , d'un air ferme , Met les œufs en éclats ; *Elle y trouve le germe De cent nouveaux appas.
D'une action si dure,
La poule en vain se plaint;
i58 CHANSONS.
Le coq en vain murmure Du besoin de son teint; Plus fraîche que l'aurore, La vierge s'embellit; La poule gronde encore, Mais le coq applaudit.
LE FILS ISATUREL '.
Air : Dans cette aimable solitude.
O TOI qui n'eus jamais dû naître, Gage trop cher d'un fol amour, Puisses-tu ne jamais connaître L'erreur qui te donna le jour!
Que ton enfance
Goûte en silence Le bonheur qui pour elle est fait ;
Et que l'envie,
Toute la vie , Ignore ou taise son secret.
La nature , au nom de ta mère , Va t'offrir ses premiers bienfaits ; Un air pur, un lait salutaire, De doux fruits , un ombrage frais.
Que ton enfance , etc.
]. « Les femmes de la cour sont infiniment au-dessus des scrupules des bourgeoises , et craignent moins d'annoncer leurs faililesses : c'est sans doute ce qui a autorisé M. le chevalier de Boufflers à divulguer la chanson suivante. Elle est adressée au fils naturel qu'il a eu de madame la comtesse lii; Cr..., né à Saint-Domingue. » {^Mémoires secrets de la République des lettres, 3f décembre 1781.)
[6o CHANSONS.
Renonce au rang, à l'opulence, L'honneur t'en fait la dure loi ; Ne crains pourtant pas l'indigence, L'amour l'écartera de toi.
Que ton enfance, etc.
Souvent une main inconnue T'offrira quelque don nouveau :
En secret une mère émue Viendra pleurer sur ton berceau.
Connais ta mère;
L'honneur sévère Lui défend de se découvrir :
Mais par tendresse ,
Mais par faiblesse, Une mère aime à se trahir.
D'un air plus touchant et plus tendre, Peut-être un jour tu la verras Tour à tour dans ses bras te prendre Et te remettre entre mes bras.
Connais ta mère, etc.
CHANSONS. i6i