‹ Œuvres complètes de Boufflers (volume 2)Chapitre 72 sur 134 · LA FEMME ET LE PHILOSOPHE · texte numérisé non relu

LA FEMME ET LE PHILOSOPHE

Air : V avez-vous vu mon bien— aimé?

LE PHILOSOPHE

Pour la raison , C'est un poison Que d'avoir l'ame tendre.

LA FEMME

De ce poison N'a pas raison Qui cherche à se défendre.

LE PHILOSOPHE

Douce raison !

Triste poison !

LA FEMME

Charmant poison !

Triste raison !

LE PHILOSOPHE

Point de poison , A la raison Il faut bien qu'on se rende.

LA. FEMME

Point de raison , C'est du poison, Monsieur, qu'on vous demande.

CHANSONS. iS;

COUPLETS

Mademoiselle de B***, pour qui ils ont été faits , conseiTait la fraîcheur de son teint avec des blancs d'œufs.

Air : O ma tendre musette!

Gens de Paris , vous êtes Sans esprit , sans attraits ; Jamais sur vos toilettes Vous n'avez mis d'œufs frais :

Voyez mademoiselle Qui ne manqua jamais .

D'ôter, pour être belle, La vie à six poulets.

Tous les jours ses gros charmes Sont armés d'un couteau; Le poulailler en larmes La prend pour son bourreau :

La fille , d'un air ferme , Met les œufs en éclats ; *Elle y trouve le germe De cent nouveaux appas.

D'une action si dure,

La poule en vain se plaint;

i58 CHANSONS.

Le coq en vain murmure Du besoin de son teint; Plus fraîche que l'aurore, La vierge s'embellit; La poule gronde encore, Mais le coq applaudit.

LE FILS ISATUREL '.

Air : Dans cette aimable solitude.

O TOI qui n'eus jamais dû naître, Gage trop cher d'un fol amour, Puisses-tu ne jamais connaître L'erreur qui te donna le jour!

Que ton enfance

Goûte en silence Le bonheur qui pour elle est fait ;

Et que l'envie,

Toute la vie , Ignore ou taise son secret.

La nature , au nom de ta mère , Va t'offrir ses premiers bienfaits ; Un air pur, un lait salutaire, De doux fruits , un ombrage frais.

Que ton enfance , etc.

]. « Les femmes de la cour sont infiniment au-dessus des scrupules des bourgeoises , et craignent moins d'annoncer leurs faililesses : c'est sans doute ce qui a autorisé M. le chevalier de Boufflers à divulguer la chanson suivante. Elle est adressée au fils naturel qu'il a eu de madame la comtesse lii; Cr..., né à Saint-Domingue. » {^Mémoires secrets de la République des lettres, 3f décembre 1781.)

[6o CHANSONS.

Renonce au rang, à l'opulence, L'honneur t'en fait la dure loi ; Ne crains pourtant pas l'indigence, L'amour l'écartera de toi.

Que ton enfance, etc.

Souvent une main inconnue T'offrira quelque don nouveau :

En secret une mère émue Viendra pleurer sur ton berceau.

Connais ta mère;

L'honneur sévère Lui défend de se découvrir :

Mais par tendresse ,

Mais par faiblesse, Une mère aime à se trahir.

D'un air plus touchant et plus tendre, Peut-être un jour tu la verras Tour à tour dans ses bras te prendre Et te remettre entre mes bras.

Connais ta mère, etc.

CHANSONS. i6i

Page 1