LE (CHŒUR
Parlez, fidèle nourrice, qu'est-il arrivé de nouveau? Où est la reine? y a-t-il quelque adoucissement à ses maux?
LA NOURRICE
Nul espoir de soulagement ; le mal qu'elle souffre n'en admet point. Elle cache et trahit le feu qui la consume; ses yeux étincellent et son visage abattu fuifla lumière; incertaine, irrésolue, rien ne lui plaît, et son maintien change au gré de sa vague inquiétude ; tantôt elle essaie d'avancer d'un pas défaillant, et son corps épuisé succombe sous son propre poids ; tantôt elle cherche le repos , mais le sommeil la fuit. La nuit se passe en gémissemens; tour à tour elle se lève, se recouche ; elle fait rassembler ou lâcher sa chevelure, et, toujours mécontente, elle change tou-
jours. Déjà tout soin de sa nourriture et de sa vie est oublié; sa force la quitte, ses membres chancellent, son éclat s'efface, son corps souffrant ne se soutient plus; elle perd ses charmes avec ses forces , et ses yeux ne rappellent plus comme autrefois le dieu du jour dont elle descend : les larmes coulent sans cesse sur ses joues pâlies , comme au printemps les neiges s'écoulent sur les
sommets blanchis des collines Mais les portes
du palais s'ouvrent , c'est elle-même que nous voyons et qui dans son transport déchire ses vétemens.
PHFDRE.
Esclaves, éloignez de moi cette pourpre et cet or; éloignez ces vétemens précieux que les Serres ont tissus ; qu'une courte ceinture relève ma robe légère; point de collier qui m'enchaîne : délivrezmoi du poids de ces perles et de l'odeur importune de ces parfums ; que mes cheveux épars sur mes épaules voltigent dans ma course au gré des vents ; que mon carquois , rejeté de côté , laisse à ma main droite l'usage du javelot thessalien : telle fut la mère de l'austère Hippolyte, lorsque, abandonnant les côtés de la mer Glaciale , elle vient couvrir l'Attique de ses escadrons; ses cheveux, renoués d'un simple nœud , flottaient librement ; une cuirasse légère défendait son corps sans offenser son sein ; une pelisse sauvage était toute sa parure. C'est ainsi que je veux parcourir les forêts.
LA NOURRICE
Ah ! reine , oubliez ces vagues idées et ces vains transports ; songeons plutôt à gagner la faveur de Diane. — O toi! reine des forêts, déesse qui parcours nos montagnes et que nos bergers adorent, change en augures favorables ces tristes présages ; triple Hécate , divinité si chère aux habitans des bois ; astre serein du ciel , flambeau de la nuit, dont la clarté console l'univers de la perte du jour, favorise nos desseins, et fléchis la rigueur du sombre Hippolyte; que son cœur amolli connaisse l'amour , qu'il écoute , qu'il parle à son tour le langage des amans, et que ton pouvoir généreux ramène sous le joug de Vénus cette ame rebelle et féroce ; qu'ainsi ton disque soit toujoursbrillant, que jamais la nue sombre ne dérobe le jour de ton croissant; que jamais l'impure magie n'arrête la course de ton char dans les airs, et que la voix du berger ne suspende plus tes nobles emplois... Mais déjà la déesse semble nous écouter; je le vois lui-même, sans gardes et sans suite, offrant un secret sacrifice : ne balançons pas, le temps etlelieu sont favorables, usons de tous nosmoyens. Mais quoi ! je tremble... Le crime est encore difficile à commettre même quand il est résolu : mais si nous songeons à la faveur , oublions la vertu ; le scrupule ne convient point à qui veut plaire à ses maîtres.
TRADUCTIONS. u85