‹ Œuvres complètes de BoufflersChapitre 19 sur 44 · THÉSÉE, LA NOURRICE · texte numérisé non relu

THÉSÉE, LA NOURRICE

THÉSÉE

Me voici donc enfin hors de la région ténébreuse. J'ai quitté la vaste et sombre demeure des mânes, et mes yeux affaiblis s'ouvrent à la lumière désirée. Déjà quatre fois Éleusine a partagé les dons de Triptolème , quatre fois la balance a égalé le jour à la nuit depuis qu'une destinée bizarre m'a enchaîné parmi tous les maux de la mort et de la vie. Malheureux, il ne me reste qu'une partie de cette vie, et je languirais encore au Tartare sans le secours d'Hercule, qui triompha de Cerbère et me fit voir le jour. Mais mon corps abattu n'a plus la même force : quelle fatigue pour traverser les espaces immenses qui séparent le Phlégéton du séjour des vivans! quelle peine de fuir la mort et de suivre Hercule !.... Mais qu'entends-je? dites, quelle voix lamentable a

frappé mes oreilles? les plaintes, les gémisseraens, les sanglots retentissent dans ce palais. N'ai-je donc point quitté les enfers?

LA. NOURRICE

Phèdre est résolue à périr I elle méprise nos larmes et court à la mort.

THÉSÉE

D'où vient ce dessein, au retour de son époux ?

LA NOURRICE

Ce qui devrait la retenir est ce qui la presse.

THÉSÉE

Je ne sais ce que cachent ces paroles mystérieuses ; parlez clairement. D'où naît sa douleur ?

LA NOURRICE

Elle ne la confie à personne : triste, sombre, elle veut mourir avec son secret.

THÉSÉE

Accourez , accourez , le moment presse , ouvrez les portes du palais.

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