‹ Œuvres complètes de Bourdaloue de la Compagnie de Jésus. -- (volume 2)Chapitre 127 sur 164 · SERMON POUR LE JEUDI DE LA QUATRIÈME SEMAINE · texte numérisé non relu

SERMON POUR LE JEUDI DE LA QUATRIÈME SEMAINE

Cùm appropinquaret portai ciuitalis , ecce defunctus efferebatur, filius unicus matris suœ : et hcec vklua erat, et turba civitalis multa cum illà. Quant cùm vidisset Dominus , miseiïcordiâ motus super eam, dixlt illi : Noliflere.

Lorsque Jésus-Christ était près de la porte de la ville, on portait en terre un mort, fils unique d'une femme veuve; et celte femme était accompagnée d'une grande quantité de personnes de la ville. Jésus-Christ l'ayant vue, il en fut touché, et il lui dit : Ne pleurez point. Saint Luc , ch. 7.

Voilà , Chrétiens , dans un même sujet bien des sujets de compassion : une mère qui a perdu son fils , une femme privée par là de la plus douce espérance qui lui restait ; un jeune homme enlevé dès la fleur de son âge ; un fils unique , seul héritier de sa famille , déchu tout à coup de toutes ses prétentions ; enfin une foule de monde qui accompagne le corps qu'on porte en terre, et qui prend part à cette triste cérémonie. Il y avait là sans doute , dit saint Grégoire de Nysse , de quoi toucher le Sauveur des hommes ; et il était difficile que le Dieu de charité et de miséricorde ne fût pas ému d'un appareil si lugubre et d'un spectacle si digne de pitié. Mais après tout , selon la pensée de saint Chrysostome , un autre objet le touchait encore bien plus sensiblement. La perte d'un fils, le deuil d'une mère , la mort d'un héritier, la désolation d'une veuve , ce n'étaient que des considérations humaines, trop faibles pour faire une grande impression sur le cœur d'un Dieu : mais ce qu'il ne put voir sans douleur, ce fut l'attachement excessif et tout naturel de cette mère à la personne de son fils; ce fut l'infidélité de cette femme, qui envisageait la mort, non avec les yeux de la foi , mais par les yeux de la chair ; ce fut le malheur de ce jeune homme, surpris par un accident imprévu, et mort sans préparation. Or, pour m' attacher à ce dernier article , qui me paraît plus essentiel et plus important , n'est-ce pas ainsi que meurent tous les jours tant de chrétiens , je veux dire sans avoir pensé à la mort , sans s'être disposés à la mort? et qu'y a-t-il de plus déplorable que l'état d'un homme qui se trouve à ce dernier moment lorsqu'il s'y attendait le moins , et n'a pris nulles mesures pour un passage dont les suites sont éternelles ? Il est donc d'une extrême conséquence , mes chers auditeurs , de vous apprendre à prévenir un danger si affreux ; et c'est pour cela que je viens vous entretenir aujourd'hui de la préparation à la mort. Vierge sainte , puissante protectrice des mourants , c'est vous que nous invoquons à cette heure si critique ; c'est votre secours alors que nous implorons : commencez dès maintenant à nous en faire sentir les effets , et rendez-vous favorable à la prière que nous vous adressons. Ave, Maria.

Saint Ghrysostome , donnant les règles de vie , et par ces règles de vie

voulant disposer une âme chrétienne à la mort, fait particulièrement consister cette préparation en trois choses , savoir : la persuasion de la mort, la vigilance contre la mort , et la science pratique de la mort. Trois dispositions qui ont entre elles un enchaînement nécessaire , et qui vont d'abord partager ce discours : comprenez-en, s'il vous plaît , le dessein. Pour se préparer à mourir, dit ce saint docteur, il faut se bien persuader delà mort : première règle. Il faut sans cesse veiller contre les surprises de la mort : seconde règle. Enfin il faut se faire de la vie même , soit par la réflexion soit par la pratique , un exercice continuel et comme un apprentissage de la mort : troisième règle. Or quel est, par rapport à nous , le sujet de la compassion du Fils de Dieu? le voici, mes chers auditeurs : c'est que craignant la mort au point que nous la craignons , nous vivons néanmoins dans une négligence entière et dans le plus profond oubli de la mort. Car nous craignons de mourir; et cependant, quelque certaine et quelque prochaine même que soit la mort, nous ne sommes presque jamais persuadés qu'il faut mourir. Nous craignons de mourir ; et cependant , quelque incertaine d'ailleurs et quelque trompeuse que soit la mort , nous prenons aussi peu de précaution que si nous étions pleinement instruits et du temps et de l'état où nous devons mourir. Enfin nous craignons de mourir; et cependant, malgré l'expérience journalière et si sensible que nous avons de la mort, nous n'apprenons jamais dans l'usage de la vie à mourir. Ces trois points demandent à être éclaircis , et c'est pour cela que j'ai besoin de votre attention.

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