‹ Œuvres complètes de Bourdaloue de la Compagnie de Jésus. -- (volume 2)Chapitre 28 sur 164 · SERMON POUR LE QUATRIÈME DIMANCHE DE L'AVENT · texte numérisé non relu

SERMON POUR LE QUATRIÈME DIMANCHE DE L'AVENT

Faction est verbum Domini super Jounnem, Zachar'ue filium, in'desertoj et venit in omnem vc.» gionem Jordanis, prcedicans baptismum pœnitenticç in remissionem peccalorum.

Le Seigneur fil entendre sa parole à Jean, fils de Zacharie, dans le désert; et il alla dans tout le pays qui est le long du Jourdain, prêchant le baptême de pénitence pour la rémission des péchés. Saint Luc, ch. 3.

Sire ,

Ce n'était pas en vertu du baptême de saint Jean que les péchés étaient remis ; mais le baptême de saint Jean était une préparation nécessaire pour parvenir à la rémission des péchés, et, sans la rémission des péchés , on ne pouvait participer à la rédemption de Jésus-Christ, ni profiter de ce bienfait inestimable. C'était par la pénitence qu'il fallait se disposer à le recevoir ; et cette pénitence , depuis l'établissement de la loi chrétienne , est communément appelée un second baptême ; comme le baptême, suivant la doctrine des Pères, était autrefois appelé la première pénitence.

Voilà pourquoi le divin précurseur prêche aujourd'hui le baptême de la pénitence avec tant de zèle ; et puisque nous sommes à la veille de cette grande solennité où nous devons célébrer nous-mêmes la naissance du Sauveur des hommes et la venue de ce Messie que Jean-Baptiste annonçait aux Juifs, je me trouve engagé, mes chers auditeurs, à vous faire la même prédication. Le caractère de ce baptême, je veux dire de cette pénitence chrétienne dont j'ai à vous parler, est, selon tous les docteurs de l'Eglise , l'esprit de sévérité. Car c'est en cela particulièrement, dit Pacien, évêque de Barcelone, que la pénitence est différente du premier baptême. Matière importante, et instruction nécessaire que je vous prie de ne pas négliger. Il n'est rien de plus ordinaire, ni rien de plus étrange, que de voir le relâchement se glisser jusque dans notre pénitence même ; et c'est ce désordre que j'attaque dans ce discours, et que j'entreprends de corriger, après que nous aurons demandé le secours du ciel par l'intercession de Marie. Ave, Maria.

■ Il y a longtemps , et ce n'est pas seulement de nos jours , qu'il s'est élevé dans le monde, je dis dans le monde chrétien, des contestations touchant la sévérité de la pénitence considérée de la part des prêtres, qui sont les vicaires de Jésus-Christ, et qui ont été établis de Dieu pour en être les ministres et les dispensateurs. Il n'est rien de plus fameux, dans l'histoire de l'Église, que le différend qui s'émut sur ce point entre les novatiens et la secte qui leur était opposée. Les uns voulaient qu'on admît indifféremment à la pénitence toutes sortes de pécheurs, et les autres prétendaient, au. contraire, qu'on n'y en devait recevoir aucun. Ceux-là

corrompaient la pénitence par un excès de relâchement, et ceux-ci en détruisaient tout à fait l'usage par un excès de sévérité. L'Église, inspirée du Saint-Esprit, suivant sa conduite ordinaire, prit le milieu entre ces deux extrémités; et, par le tempérament qu'elle y apporta en modérant la rigueur des uns et en corrigeant la trop grande facilité des autres, elle réduisit la pénitence, disons mieux, l'administration du sacrement de la pénitence, aux justes bornes où le souverain prêtre Jésus-Christ avait prétendu la renfermer.

Or cette importante question, tant agitée alors, s'est ensuite renouvelée presque dans tous les siècles, et nous l'avons vue se réveiller dans le nôtre, non pas avec le même éclat, ni avec des suites si funestes, à Dieu ne plaise ! mais toujours avec le même partage de sentiments et la même diversité de conduite. Ceux-là ont pris le parti de la sévérité, mais d'une sévérité sans mesure ; et ceux-ci le parti de la douceur, mais d'une douceur quelquefois dangereuse, soit pour le ministre de la pénitence, soit pour le pécheur pénitent.

Je n'ai garde, Chrétiens, de m'engager aujourd'hui dans cette controverse, ni d'entreprendre de décider un point qui ne vous regarde pas directement, et qui ne peut servir à votre édification. Car il vous serait bien inutile de savoir comment et par quelles règles les prêtres doivent administrer la pénitence , pendant que vous ignorez de quelle manière vous devez vous-mêmes la pratiquer: et d'ailleurs, l'expérience nous apprend assez que ces sortes de matières, traitées dans la chaire, et par là soumises au jugement du public, n'ont point d'autre effet que de diviser les esprits, et de faire que les peuples , qui doivent être jugés par les prêtres dans le saint tribunal, deviennent eux-mêmes les juges des prêtres; car voilà souvent où tout aboutit.

Tel s'inquiète de ce que les prêtres ne font pas leur devoir dans le sacrement de pénitence, qui se met très-peu en peine d'y faire le sien ; tel accuse les prêtres de faiblesse et de corruption dans leur morale, qui n'accomplit pas même ce que lui impose la morale la moins étroite. On voudrait en général des prêtres sévères et zélés, tandis qu'en particulier on n'a pas le moindre zèle, ni la moindre sévérité pour soi-même.

Cependant, Chrétiens, c'est surtout dans le pécheur que doit être la sévérité de la pénitence, puisque c'est dans le pécheur qu'est le désordre du péché. Si les prêtres doivent avoir de la sévérité , ce n'est que pour suppléer à celle qui nous manque. Car que peut servir toute la sévérité des prêtres , quelque pure et quelque sainte qu'elle soit, si elle n'est pas précédée ou du moins accompagnée de la nôtre?

Ne parlons donc point de la sévérité de la pénitence par rapport aux ministres que Dieu a choisis, et qu'il a revêtus de son pouvoir, pour être dans le sacré tribunal comme ses lieutenants et les défenseurs de ses intérêts. S'il y a dans l'exercice de leur ministère quelque abus à réformer , laissons-en le soin aux prélats et à ceux qui ont autorité dans l'Église. Mais nous, ne pensons qu'à nous-mêmes , puisque nous ne devons répondre que de nous-mêmes. Or je dis que le grand principe qui doit animer

et régler notre pénitence, c'est la sévérité ; sévérité nécessaire, et sévérité douce. Appliquez-vous, et concevez mon dessein. Je prétends que la pénitence, prise par rapport à nous, doit être sévère : c'est de quoi il faut convaincre vos esprits , et ce que je ferai dans le premier point. Mais parce que cette sévérité pourrait rebuter vos cœurs, j'ajoute que plus notre pénitence est sévère, plus dans sa sévérité môme elle devient douce: je vous le montrerai dans le second point. Nécessité d'une pénitence sévère, douceur d'une pénitence sévère: c'est tout le sujet de votre attention.

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