‹ Œuvres complètes de Bourdaloue de la Compagnie de Jésus. -- (volume 2)Chapitre 5 sur 164 · PREFACE. VII · texte numérisé non relu

PREFACE. VII

En de si saintes dispositions, il reçut les sacrements ; et s'étant tout de nouveau entretenu quelque temps avec Dieu , il mit ordre à divers papiers dont il était dépositaire. Il le fil avec un sens aussi rassis que s'il eût été dans une parfaite santé. Il se sentit même un peu soulagé tout le reste de la journée , et il donna quelque espérance de guérison. Mais ce ne fut qu'une lueur; et sans se flatter de cette espérance, il s'occupa toujours de la mort , voyant bien, disait-il, qu'il ne pouvait guérir sans un miracle , et se croyant très-indigne que Dieu fit un miracle pour lui.

En effet , sur le soir, il lui prit un redoublement auquel il n'eut pas la force de résister. L'accès fut si violent, qu'il lui causa un délire dont il ne revint point; et le mardi 15 de mai de l'année 1704, il expira vers cinq beures du matin. Ainsi mourut, dans la soixante-douzième année de son âge, un des plus grands hommes qu'ait eus notre Compagnie, et, si j'ose le dire, qu'ait eus la France. Il avait reçu du ciel beaucoup de talents : il ne les a point assurément enfouis , mais il les a constamment employés pour la gloire de Dieu et pour l'utilité du prochain. Il eut l'avantage de mourir presque dans l'exercice actuel de son ministère , et sans autre intervalle que celui de deux jours de maladie. Tout le public ressentit cette perle; le regret fut universel; et ce regret est encore aussi vif que jamais dans le cœur de bien des personnes, qui trouvaient en lui ce qu'on ne trouve pas aisément ailleurs. 11 ne les oublia point en mourant ; et l'on peut pareillement compter que la mémoire du P. Bourdaloue leur sera toujours précieuse. Ses ouvrages suppléeront au défaut de sa personne. On l'y retrouvera lui-même; du moins on y trouvera tous ses sentiments et tout son esprit.

Car ce sont ici ses vrais sermons, et non point des copies imparfaites , telles qu'il en parut il y a plusieurs années. Il les désavoua hautement et avec raison. Il y est si défiguré qu'il ne devait plus s'y reconnaître.

Les deux Avents et le Carême qu'on donne dans cette première édition seront suivis des sermons sur les Mystères , sur les Saints , sur la Vocation religieuse , et sur divers sujets de morale. Quoique dans plusieurs sermons du Carême il n'adresse pas la parole au roi , il les a néanmoins presque tous prêches à la cour, mais à d'autres jours et sous d'autres évangiles.

On trouvera ici doux lettres qui parurent après sa mort, l'une manuscrile et l'autre imprimée. La première est d'un illustre magistrat , dont le P. Bourdaloue honorait infiniment la maison et singulièrement la personne. On voit dans cette lettre des traits de maître , et l'esprit n'y a pas moins de part que le cœur. La seconde est une de ces lettres circulaires qu'on envoie dans les maisons de la Compagnie , pour donner avis de la mort de chaque jésuite. Le P. Marlineau , confesseur de monseigneur le duc de Bourgogne, et supérieur de la maison professe lorsque le P. Bourdaloue y mourut, écrivit celle-ci , qu'on ne put refuser au public, et qu'on réimprima plusieurs fois, tant elle lut goûtée et recherchée.

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