‹ Œuvres complètes de Bourdaloue de la Compagnie de Jésus. -- (volume 3)Chapitre 102 sur 139 · EXHORTATION · texte numérisé non relu

EXHORTATION

Hœc cùm dlxisset, unus assislem minislrorum dédit alapam Jcsu, dicens : Sic tespondes pontifici?

Jésus ayant parlé de la sorie , un des soldats qui était à son côte lui donna un soufflet , en disant : Est-ce ainsi que vous répondez au grand préire? Saint Jean , c!i. 18.

Qu'avait donc répondu le Sauveur du monde , interrogé par le grand prêtre , et qu'avait-il dit qui méritât une si prompte punition , et qui dût lui attirer un tel outrage ? Anne lui demandait compte de sa doctrine ; et pour la justifier devant ce pontife , il Pavait renvoyé à ses disciples , et voulait que sur ce point ils fussent appelés en témoignage. Était-ce là son crime , et fallait-il pour cela l'insulter et lui meurtrir le visage d'un soufflet? Mais, Chrétiens, ne raisonnons point ici selon les lois de la justice : elles y sont toutes violées , et le moyen que le bon droit eût quelque part dans un jugement où la passion domine , et Tune des plus violentes passions , qui est Penvie ? Ce que nous devons uniquement considérer comme le sujet tout ensemble et de notre admiration et de notre imitation , c'est l'invincible constance du Fils de Dieu dans une conjoncture capable de déconcerter et de troubler l'homme le plus ferme et le plus maître de lui-même. Voilà ce qu'il avait prévu , et sur quoi il s'était déjà si clairement expliqué , quand il disait , par la bouche de son prophète : Faciem meam non averti ah increpantibus , et conspuentibus in me ^ : Je n'ai point détourné mon visage pour me mettre à couvert des coups de mes ennemis , et de toutes les extrémités où ils se portaient contre moi. Voilà par où il a prétendu nous former nous-mêmes aux injures, et nous apprendre comment nous devons les recevoir. Leçon , mes chers auditeurs , si nécessaire dans le commerce de la vie ! Recevoir les injures comme Jésus-Christ les a reçues, c'est-à-dire les supporter, et même les agréer : les supporter, en les recevant avec patience ; et même les agréer, en les recevant avec joie : les supporter sans en poursuivre la vengeance et sans éclater; et même les agréer, surtout en certaines rencontres , jusqu'à s'y exposer, et à les aimer. Que je m'estimerais heureux si je pouvais bien aujourd'hui vous imprimer l'un et l'autre dans le cœur! C'est le dessein que je me propose, et tout le partage de cette exhortation.

• Isaï., 50.

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