‹ Œuvres complètes de Bourdaloue de la Compagnie de Jésus. -- (volume 3)Chapitre 125 sur 139 · INSTRUCTION POUR LE TEMPS DE LAVENT · texte numérisé non relu

INSTRUCTION POUR LE TEMPS DE LAVENT

Marie , où le Verbe s'est incarné. La preuve en est incontestable. C'est que dans l'enfer ce ne sont que des hommes réprouvés qui se trouvent soumis à cette justice; au lieu que dans le sein de Marie , c'est un Homme- Dieu qui commence à en devenir la victime et à lui être immolé. Or qu'est-ce qu une justice à laquelle il faut une telle hostie et un tel hommage? d'où vient que le Prophète royal , parfaitement éclairé dans la science et le discernement des attributs divins , après avoir dit que Dieu a montré aux hommes V auteur de leur salut , ajoute ensuite quil a ré' celé sa justice à toutes les nations *.

VI. De tout ceci, concluons que le Sauveur du monde, en prenant un corps humain et visible , et nous découvrant ainsi les plus hautes perfections de Dieu, nous donne par là même la plus grande idée de la gloire de Dieu. De sorte que sans attendre sa passion et la fin de sa vie mortelle, il peut dire à son Père , dès le moment de sa sainte incarnation : Mon Père, j'ai déjà commencé l'office pour lequel vous m'avez envoyé, qui est de vous faire connaître dans le monde. Je n'y entre que pour cela, et je n'en sortirai qu'après avoir consommé cette importante affaire. Car il est d'une nécessité absolue que vous soyez connu des hommes, puisque l'ignorance où ils vivent à l'égard de leur créateur , et du premier de tous les êtres , est un désordre essentiel dans la nature , et la source de tous les autres désordres. C'est pourquoi je viens en ce jour, afin que les hommes , en me contemplant , contemplent dans moi votre gloire , et que la lumière que j'apporte se répande dans toute la terre, et dissipe les ténèbres où elle est ensevelie.

VII. Cependant, après une telle manifestation de la gloire de Dieu, n'est-il pas étrange qu'il soit si peu connu dans le monde ? Car ce qu'on appelle le monde , les sectateurs du monde , les esclaves du monde , ces hommes et ces femmes remplis de l'esprit du monde connaissent-ils Dieu? ne font-ils pas profession de l'ignorer, ou du moins de l'oublier? ne vivent-ils pas comme s'il n'y en avait point? leur grand principe n'est-il pas de l'effacer autant qu'ils peuvent de leur souvenir , et de n'y penser presque jamais? C'est la plainte que faisait le disciple saint Jean , expUquant la génération éternelle et temporelle du Fils de Dieu : Dieu était au milieu du monde , comme le maître et l'arbitre du monde, et le monde nen avait nulle connaissance^. C'est la plainte que Jésus-Christ luimême faisait à son Père : Père saint, le monde ne vous connaît point '. Quoi que j'aie fait pour lui annoncer vos grandeurs , son aveuglement a prévalu , et il y demeure toujours plongé. Déplorable aveuglement, s'écrie Salvien ; aveuglement qui va jusqu'à mettre Dieu dans notre estime audessous de tout ! On le perd sans regret , on se tient éloigné de lui sans inquiétude , on lui préfère le moindre avantage , le moindre plaisir , et on ne lui donne la préférence sur rien. Sa grâce et sa haine nous sont également indifférentes : tout cela pourquoi? toujours par la même raison : c'est que le monde ne l'a jamais bien connu. Car si le monde le connaissait, ce Dieu si miséricordieux, ce Dieu si sage, ce Dieu si puissant, ce

» Pualra, 97. - ' Joan-, l. - ' IbiJ., 17.

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Dieu si juste et si saint , on ne vivrait pas dans le dérèglement où Ton vit, on ne s'abandonnerait pas à une telle corruption de mœurs, on ne viendrait pas l'outrager au pied de ses autels, on honorerait son culte, on respecterait ses temples , on pratiquerait sa loi , on redouterait^ ses vengeances. Mais parce que le monde afîecte de le méconnaître , il n y a point d'excès où l'on ne se porte.

VIII. Quoi donc! le dessein de Jésus-Christ est-il absolument ruiné? Il est descendu parmi nous , et il a voulu vivre au milieu de nous , pour publier dans le monde la gloire de son Père : mais dans la suite des siècles, a-t-il été frustré de son attente? Non, sans doute; mais, outre ce monde perverti qui ferme les yeux à la lumière que le Sauveur des hommes est venu nous présenter, il y a un autre monde, un monde fidèle, un monde prédestiné , le petit monde des Justes et des élus. Ce sont ceux-là que Jésus-Christ s'est réservés, et qu il se réserve encore; c'est à ceux-là qu'il est donné de connaître les mystères de Dieu, et en particulier le mystère d'un Dieu fait homme. Oui , c'est à vous , dit saint Bernard , à vous qui êtes humbles , à vous qui êtes soumis et obéissants , à vous qui êtes modestes dans votre condition , et qui ne cherchez point à vous élever audessus de vous-mêmes par un orgueil présomptueux ; à vous qui veillez sur tmite votre conduite et sur toutes vos démarches pour les régler ; à vous enfin qui vous appliquez à méditer les perfections de votre Dieu et à pratiquer sa loi.

IX. Plaise au ciel que nous soyons de ce monde chrétien ! Ouvrons les yeux de la foi , et dans le cours de cet Avent, admirons les merveilles du Seigneur. Rendons-nous attentifs à la voix de cet enfant , qui , du sein de sa mère où il est encore caché , nous invite à louer Dieu , à le bénir , et à lui dire avec toute l'Église : J'ai considéré vos œuvres, Seigneur, et fen ai été saisi d'étonnement K Car voilà votre ouvrage, ô mon Dieu! voilà l'ouvrage de votre bras tout-puissant. A en juger par les dehors , je n'y vois rien que de commun , rien même que de bas et de rebutant ; mais c'est en cela même qu'est le prodige. Où votre gloire devrait être ensevelie et anéantie, c'est là que vous la faites paraître dans toute sa splendeur ; et plus vous semblez fobscurcir dans de profondes ténèbres, plus vous lui donnez du lustre et en rehaussez Téclat. Heureux que vous en fassiez rejaillir sur moi les rayons , et que vous m'ayez dessillé les yeux pour me la faire apercevoir à travers les ombres qui la couvrent ! Que le monde envisage vos abaissements avec mépris , et qu'il s'en scandalise : pour moi, malgré le scandale du monde et ses fausses idées, je redirai mille fois, et je ne cesserai point de chanter avec toute la cour céleste : Gloire à Dieu dans toute rétendue de la terre et jusqu'au plus haut des cieux^l

S II. Comment Jesus-Christ vient combattre parmi les hommes, et y détruire tous les

ennemis de la gloire de Dieu.

I. Jésus-Christ fait plus encore. Pour mieux établir parmi les hommes la gloire de Dieu , il vient détruire tous les ennemis qui la combattaient.

* Ofac.^EccUs. — « Luc, 2.

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Dieu avait trois grands ennemis de sa gloire : le démon , le péché et les biens de la terre , ou plutôt l'amour déréglé des biens de la terre. Le démon avait usurpé un empire si absolu sur les âmes, que, de l'aveu même de Jésus-Christ , il passait pour le prince du monde , et l'était en effet , non par une puissance légitime , mais par une possession tyrannique. Le péché, dit saint Paul , régnait depuis Adam jusqu'à Moïse, et depuis Moïse jusqu'à Jésus-Christ, causant partout de tristes ravages, désolant le royaume de Dieu , et suscitant contre lui ses propres créatures. Enfin , Tamour déréglé des biens de la terre dominait presque dans tous les cœurs , où les hommes l'avaient placé comme leur idole , et auquel ils sacrifiaient leur conscience et leur salut. Voilà , dis-je , les trois ennemis que le Fils de Dieu est venu attaquer , et sur lesquels il a remporté de signalés avantages pour la gloire de son Père.

IL Cela est si vrai , que le démon n'attend pas même le jour où ce Messie devait naître , pour lui céder la place. Si nous en croyons les auteurs païens , qui ne peuvent être suspects lorsqu'ils rendent témoignage à notre religion , peu de temps avant la naissance de Jésus-Christ, on vit tomber les idoles des faux dieux , où l'esprit de mensonge se faisait adorer. Tous les oracles se turent , hors ceux qui annonçaient la venue de ce Dieu-Homme ; et plus d'une fois les puissances infernales furent forcées d'avouer que leur règne était fini , et qu'un maître au-dessus de tous les maîtres approchait pour gouverner le monde et le soumettre à la loi du vrai Dieu. En quoi s'accomplit par avance cette parole de l'Évangile : Cest maintenant que le monde va être jugé, et que le iwince de ce monde en sera banni ' .

IIL Ce n'était là néanmoins que des présages de ce que Jésus-Christ devait faire pour détruire le péché : autre ennemi non moins difficile à vaincre , ni moins opposé à la gloire de Dieu. Afin de bien entendre ce point, il faut supposer d'abord une vérité que la foi nous enseigne, et qui est indubitable , savoir, que tout ce qui s'est passé, et dans l'incarnation, et dans la naissance du Sauveur qui Ta suivie, n'a rien eu de fortuit à son égard; mais que tout a été de son choix , et qu'il n'y a pas une circonstance qu'il n'ait prévue en particulier, et qu'il n'ait lui-même déterminée. Les autres enfants, dit saint Bernard, ne choisissent ni le temps où ils naissent , ni le lieu de leur patrie , ni les personnes dont ils reçoivent le jour, parce qu'ils n'ont pas la raison pour en délibérer, ni le pouvoir pour en ordonner ; mais le Fils de Dieu avait l'un et l'autre ; et comme dans la suite des années il devait mourir , parce qu'il le voudrait et de la manière qu'il le voudrait, aussi il s'est incarné, et il est né dans le monde, parce qu'il l'a voulu , et de la manière qu'il l'a voulu. Si bien que tout ce que les évangélistes nous ont appris , soit de son incarnation, soit de sa nativité; la pauvreté de Marie sa mère, l'obscurité de Joseph réputé son père; la rigueur de la saison où il a pris naissance, le plein dénuement et Tabandonnement général où il s'est trouvé, sont autant de moyens dont il a prétendu se servir pour la fin qu'il s'était proposée.

» Joan., 12.

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IV. De là il nous est aisé de voir comment tout cela en effet tend à la ruine du péché. Car le Sauveur du monde vient travailler à détruire le péché , parce que , ainsi que nous l'avons déjà remarqué, il vient satisfaire pour les péchés des hommes , et présenter à Dieu le sacrifice de notre salut. Que lui manque-t-il dès maintenant pour être la victime de ce sacrifice, et une victime parfaite? La victime, disent les théologiens, doit être changée et comme transformée : or quel changement qu'un Dieu sous la forme d'un homme ^ ! La victime doit être humiliée ; et quelle humiliation qu'un Dieu réduit à l'état d'un enfant , et à l'état même d'un esclave ! La victime doit être dépouillée ; et est-il un dépouillement semblahle à celui d'un Dieu, qui ne doit avoir en naissant, pour retraite, qu'une étable, et pour berceau qu'une crèche? La victime doit niourir, et il est vrai que Jésus-Christ n'a pas même encore paru au monde ; mais naître comme bientôt il naîtra , et comme il s'y prépare , dans la souffrance et la douleur, exposé à toutes les injures de l'air, n'est-ce pas une espèce de mort? Voilà donc le sacrifice commencé, quoiqu'il ne soit pas achevé; et par conséquent saint Bernard a raison de dire que le péché reçoit ici une rude et violente atteinte. Si ce Dieu Sauveur ne l'efface pas déjà par son sang, au lieu de sang , il va verser des larmes ; et ces larmes , dit saint Ambroise , ce sont des eaux salutaires qui laveront les crimes de ma vie. Larmes d'autant plus précieuses, qu'elles seront plus glorieuses à Dieu, et qu'elles le vengeront de l'ennemi le plus mortel et le plus irréconciliable.

V. Il faut après tout convenir que la destruction du péché ne serait pas encore complète , si le même Sauveur n'en coupait la racine la plus féconde et la plus contagieuse , qui est la cupidité , ou l'amour déréglé des biens de la terre. Or, il vient attaquer ce puissant ennemi en deux manières, l'une à l'égard des élus, et l'autre à l'égard des réprouvés; l'une à l'égard des Justes et des vrais fidèles , et l'autre à l'égard des impies et des mondains. Dans les Justes et les âmes fidèles , il triomphera de cette affection désordonnée aux richesses du monde , aux honneurs du monde , aux plaisirs du monde , en la leur arrachant du cœur ; et dans les mondains et les impies, il la combattra au moins en la condamnant, en la frappant d'anathème , en la rendant moins excusable et plus criminelle devant Dieu.

VI. Sommes-nous chrétiens , c'est-à-dire sommes-nous de ces âmes dociles , de ces âmes heureusement disposées à recevoir les impressions de la grâce de Jésus-Christ et à profiter de ses exemples ; la vue de ce Dieu- Homme doit faire immanquablement mourir dans nos cœurs toute convoitise, et nous détacher de tout ce qui s'appelle biens temporels. Car le moyen alors de le voir pauvre , et de vouloir vivre dans l'opulence ; de le voir abaissé, et de vouloir vivre dans l'élévation; de le voir souffrant et mortifié, et de vouloir jouir de toutes les commodités et vivre dans les délices ? Voilà ce qui a formé dans le christianisme tant de pauvres volontaires et tant de pénitents. Voilà ce qui a rempli , dans les premiers siè-

' Philip., 2.

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des de l'Église, les déserts de solitaires. Voilà ce qui remplit encore do nos jours les monastères de religieux , et ce qui leur fait quitter tout avec joie , mépriser tout , renoncer pour jamais à tout. Mais sommes-nous de ce monde réprouvé , de ce monde avare et intéressé, de ce monde ambitieux et vain , de ce monde sensuel et voluptueux , de ce monde insensible à tous les enseignements que vient nous donner cet Enfant-Dieu : quels arrêts de condamnation ne va-t-il pas porter contre nous? quels foudres ne fera-t-il pas gronder sur nos têtes? de quels malheurs ne nous menacera-t-il pas , et quel témoignage ne rendra-t-il pas devant son Père pour notre conviction et pour notre perte éternelle?

VII. Il n'y a point de cœur si endurci qui ne doive être ému de tout cela , et c'est ce qui a touché un grand nombre de mondains. Mais quoi qu'il en soit des autres, faisons-y toute la réflexion que demande Fimportance de la chose. N'attirons pas sur nous un jugement aussi formidable que celui des humiliations et des souffrances d'un Dieu incarné. Que le fruit de cet Avent soit de nous mettre en état de le faire naître en nous d'une naissance toute spirituelle et toute sainte. Or nous nous mettrons dans cette heureuse disposition en nous conformant à lui d'esprit , de cœur et de conduite. Voilà quel doit être le principal sujet de nos entretiens intérieurs, de nos méditations, de nos oraisons, de nos résolutions. Ajoutons au triomphe de Jésus-Christ, vainqueur de tous les ennemis de ia gloire de Dieu , la victoire qu il remportera sur nous-mêmes , et que nous lui céderons. Par là nous pourrons entrer au rang des justes et des prédestinés; par là nous mériterons de célébrer avec eux les grandeurs de Dieu , et de le glorifier éternellement dans le ciel , après l'avoir glorifié sur la terre.

5 m. Gomment Jesus-Clirist vient allumer dans le cmir des hommes un zèle ardent

pour la gloire de Dieu.

I. Enfin Jésus-Christ vient allumer dans le cœur des hommes un saint zèle pour la gloire de Dieu : comment cela? Premièrement, par la haute estime qu'il nous donne de cette gloire de Dieu ; et secondement , par l'intérêt propre et essentiel qu'il nous fait trouver dans cette gloire de Dieu.

II. Car quand nous nous appliquons à considérer le mystère de l'incarnation divine , et que voyant Jésus- Christ dans l'état où la foi nous le propose, nous venons à faire ces réflexions, que c'est pour réparer la gloire de Dieu , qu'un Dieu est descendu du trône de sa majesté, et qu'il n'a pas cru que ce fut une condition trop onéreuse , de s'avilir de la sorte et de s'anéantir ; qu'il n'a point connu de moyen plus propre que celui-là, ni d'autre prix qui pût égaler le bien qu'il avait à rétablir ; que malgré tout ce qu'il lui en devait coûter, il a mieux aimé s'assujettir aux dernières extrémités de la misère humaine , que de ne pas rendre à son Père toute la gloire qui lui avait été ravie , et de lui en laisser perdre le moindre degré : pour peu que nous raisonnions et que nous comprenions ces principes , voici les conséquences qui se présentent d'elles-mêmes et

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que nous sommes obligés d'en tirer. Que la gloire de Dieu est donc un bien au-dessus de tous les biens, puisqu'il n'y a point, hors Dieu, d'autre bien à quoi le Fils de Dieu n'ait renoncé pour le rétablissement de cette gloire. Qu'il n'y a donc rien que nous ne devions sacrifier à la gloire de Dieu, puisque le Fils de Dieu s'y est sacrifié lui-même. Que de procurer de la gloire à Dieu, c'est donc ce qu'il y a de plus grand et de plus digne d'une homme raisonnable, à plus forte raison d'un homme chrétien, puisijue c'a été une œuvre digne même d'un Homme-Dieu. Au contraire , que de blesser la gloire de Dieu , c'est donc le souverain mal, parce que c'est l'offense de Dieu , et une telle offense qu'elle n'a pu être expiée que par les mérites d'un Dieu, c'est-à-dire . en particulier, que par toutes les douleurs et tous les mépris qu'il a eu à souffrir, et à quoi il s'est exposé. Par conséquent , que rien ne nous doit donc être plus pré'^Jeux , plus sacré, plus cher que la gloire de Dieu , et que nous ne pouvons mieux employer notre zèle qu'à la répandre . autant qu'il dépend de nous, et à l'amplifier.

Iir. Une autre considération nous y doit encore exciter très-fortement : c'est notre intérêt, et de tous nos intérêts le plus important, qui s'y trouve lié, et qui est notre salut. Car la gloire de Dieu et notre salut sont ici comme inséparables. Et en effet, cette gloire de Dieu dans l'incarnation du Verbe divin , consiste à sauver les hommes et à opérer l'ouvrage de notre rédemption : tellement que dans ce mystère , Dieu glorifié et l'homme sauvé, c'est proprement une même chose. Combien donc devons-nous prendre part à une gloire où nous sommes si intéressés ! A parler en général, plus nous contribuons volontairement et par zèle à la gloire de Dieu, plus nous nous avançons auprès de Dieu, et plus nous méritons ses récompenses.

IV. Mais par où pouvons-nous glorifier Dieu ? Par les moyens que le Sauveur des hommes est venu le glorifier. Jésus-Christ fait connaître la gloire de Dieu , en faisant connaître ses infinies perfections : adorons ces perfections divines, reconnaissons-les dans la sainte humanité du Fils de Dieu, et rendons-lui chaque jour de cet Avent, et môme, s'il se peut, à toutes les heures , de fréquents et de pieux hommages. Jésus-Christ vient rétablir la gloire de Dieu en renversant l'empire du démon : chassons nous-mêmes de notre cœur ce damnable ennemi, dont nous n'avons que trop écouté en tant de'rencontres les suggestions; et pour nous dégager entièrement de sa tyrannie, chassons avec lui bien d'autres démons domestiques qui lui ont ouvert Feutrée , et qui ont secondé ses pernicieux desseins : ce sont nos passions et nos inclinations vicieuses. Jésus-Christ vient réparer la gloire de Dieu par la destruction et l'expiation du péché : pleurons nos péchés, effaçons-les par nos larmes et par notre pénitence; prenons toutes les précautions nécessaires pour nous garantir des rechutes où le monde pourrait nous entraîner, et conservons pour jamais à Dieu nos âmes pures et sans tache. Jésus-Ctirist vient assurer la gloire de Dieu contre les nouvelles insuites du péché, par le renoncement aux biens de la t^rre , dont l'amour déréglé corrompait le monde : renonçons à ces faux

T, lY, 42

658 INSTRUCTION POUJl LE TEMPS DU GARÊME.

biens , au moins de cœur, si nous ne nous sentons pas appelés à y renoncer en etfct. Quand Dieu permet que nous tombions dans le besoin, dans l'huiuiliarion, dans la souffrance, souvenons -nous que ce sont là les moyens les plu> eftlcaces dont a usé le Fils de Dieu, et quil nous a enseignés pour honorer son Père, et pour le dédommager en quelque ma^ nière de tous les outrages qu'il a reçus de nous; consolons-nous dans cette pensée; acceptuns ce que Dieu nous envoie, et faisons-nous-en un mérite auprès de lui. S'il ne nous traite pas en apparence avec tant de rigueur, et qu'il nous laisse dans une condition aisée, commode, honorable, gardons-nous de toute attache aux commodités que notre condition nous fournit, aux honneurs qu'elle nous procure, aux richesses dont elle nous accorde la possession et T usage. Dans Fopulence, ayons l'esprit de pauvreté ; dans la grandeur, l'esprit d'humilité ; et parmi tout ce qui peut contribuer à la douceur de la vie, l'esprit de mortification. Ne nous en tenons pas précisément à l'esprit ; mais selon que notre état le comporte , passons 4 la pratique. La pratique sans l'esprit ne serait qu'un vain extérieur; mais aussi l'esprit sans la pratique ne serait qu'une illusion.

V. Voilà, Sauveur adorable, les excellentes règles que vous venez nous tracer, et que nous devons suivre ; mais pour les pratiquer et pour les suivre, il nous faut une grâce, et une grâce puissante. Or en est-il une plus puissante que celle même que vous apportez avec vous? Car en nous apportant une nouvelle loi , vous nous apportez une grâce toute nouvelle, qui est la grâce du Rédempteur. Avec le secours de cette grâce , de quoi ne viendrons-nous point à bout pour la gloire de votre Père et pour la vôtre? nous ne cesserons point de vous la demander avec confiance, et vous ne cesserez point de la répandre sur nous avec abondance. Elle nous édairavà , elle nous conduira , elle nous soutiemira. Mais que sera-ce quand à cette grâie intérieure vous ajouterez la force de votre exemple, et que, sortant du bienheureux sein où vous êtes enfermé comme dans un sanc^ tuaire, vous vous montrerez au monde, et nous servirez de modèle? Hàtez^ vous de paraître : nous vous attendons et nous vous désirons. Que la terxe s'ouvre, et quelle germe le Sauveur ^ ; qu'il vienne nous remplir de son esprit, nous animer de ses sentiments, nous marquer ses voies, et nous conduire enfin à cette béatitude céleste, où, après avoir glorifié Dieu sur la terre , nous devons être nous-mêmes éternellement comblés de gloire.

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