PREMIÈRE PARTIE
Je fais l'éloge du prince des apôtres, du chef visible de l'Église , du vicaire de Jésus-Christ en terre, mais qui, par une disposition particulière de la Providence, n'a pas laissé avec tout cela d'être pécheur ; qui, malgré tout
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cela, est tombé, et a eu besoin de se relever par la pénitence; et qui , par la pénitence, est aussi rentré dans tous les privilèges et dans tous les droits attachés à son apostolat. Je parle d'un Saint dont Jésus-Christ a béatifié la foi, et le zèle à confesser la foi ; mais qui, dans T abondance même des lumières de sa foi, avant qu il eût reçu le Saint-Esprit, n'a pas laissé d'avoir ses ténèbres, c'est-à-dire ses erreurs ; et qui, malgré la ferveur de son zèle, a eu ses imperfections et ses faiblesses : or l'un et l'autre, dans le dessein de Dieu , doit aujourd'hui nous instruire , et contribuer à notre édification.
Il est donc du devoir de mon ministère que je ne sépare point ces deux choses, et qu'en prédicateur fidèle de la divine parole , considérant saint Pierre dans l'état où TEvangile nous le représente, je veux dire dans cet état de béatitude commencée, mais non encore consommée par la venue du Saint- Esprit, Beatus es, Simon Barjona ^, je vous parle de ses erreurs aussi bien que de ses lumières, de ses faiblesses aussi bien que de ses ferveurs, de sa chute et de son péché aussi bien que de ses mérites. Il est vrai, c'est sur la foi de saint Pierre que la prééminence de sa dignité fut dès lors fondée ; mais après tout, la foi de saint Pierre n'était pas encore parfaite, quand Jésus-Christ lui dit : Vous êtes bienheureux , parce que ce n'est point la chair ni le sang qui vous a révélé ceci, mais mon Père qui est dans le ciel. Il est vrai, saint Pierre confessa que Jésus-Christ était le Fils du Dieu vivant, et c'est par cette confession qu'il mérita d'entendre ce que Jésus- Christ lui répondit : Vous êtes Pierre, et c'est sur cette pierre que je bâtirai mon Eglise ; mais après tout, en ce moment-là saint Pierre n'était pas encore à l'épreuve des tentations où sa foi devait être exposée ; il n'était pas encore inébranlable dans cette confession de foi qu'il faisait avec tant de zèle. Or c'est à nous , comme je l'ai dit, de profiter , non-seulement de l'exemple de sa foi, mais des imperfections mêmes de sa foi : de l'exemple de sa foi en l'imitant, et des imperfections de sa foi en les évitant. C'est à nous d'apprendre de lui à confesser de bouche la foi que nous avons dans le cœur ; et si quelquefois nous sommes assez malheureux pour manquer de ferveur et de courage dans la confession de notre foi, c'est à nous d'apprendre à réparer comme lui, par une fervente pénitence, cette honteuse et scandaleuse lâcheté : deux points, mes chers auditeurs, où je renferme toute cette première partie. Ecoutez-moi; il n'y aura rien là qui ne soit proportionné à la capacité de vos esprits , ni rien que chacun de vous ne puisse et ne doive s'appliquer. Commençons.
La foi de saint Pierre était grande sans doute et très-grande, quand Jésus-Christ lui dit, Beatus es : Vous êtes bienheureux, Simon, fils de Jean. Car en vertu de cette foi, saint Pierre avait tout quitté pour suivre Jésus- Christ ; en vertu de cette foi, il avait marché sur les eaux pour aller à Jésus-Christ ; en vertu de cette foi, plusieurs d'entre les disciples s'étant retirés du troupeau de Jésus-Christ, parce qu'ils se scandalisaient de sa doctrine sur le sujet de l'Eucharistie, et Jésus-Christ ayant demandé aux apôtres s'ils voulaient aussi se séparer de lui, saint Pierre lui avait dit : Hé !
' Maith., 16.
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Seigneur, à qui irions-nous? car vous avez les paroles de la vie éternelle. Tout cela, marques évidentes de la grandeur de sa foi, qui ne fut pas, dit saint Augustin, une foi de spéculation et en idée, mais une foi réelle et de pratique; qui ne fut pas une foi morte, mais une foi vive et animée; qui ne fut pas une foi stérile et infructueuse, mais une foi, pour ainsi parler, riche et féconde, puisqu'elle produisit en lui de si surprenants et des imerveilleux effets. Tout cela, preuves incontestables, que, dès son premier engagement avec Jésus- Christ, il l'avait reconnu pour Fils du Dieu vivant. Car, comme raisonne saint Augustin, s'il l'avait cru seulement homme, il n'aurait pas renoncé pour lui à tout ce qu'il possédait dans le monde ; s'il l'avait cru seulement homme, il ne lui aurait pas dit : Domine, si tu es, jubé me ad te venire super aquas ^ : Si c'est vous. Seigneur, commandez, et dès rinstant je marcherai sans crainte sur Feau pour aller à vous ; s'il l'avait cru seulement homme, il se serait scandalisé, aussi bien que les autres, du commandement que lui fit Jésus-Christ de manger sa chair et de boire son sang ; s'il l'avait cru seulement homme, il n'aurait pas pris ce que Jésus-Christ leur annonçait de ce mystère, pour des paroles de vie, et d'une vie immortelle : Verba vitœ œternœ habes ^. Il est donc vrai que ce n'était dès lors, ni la chair ni le sang, mais l'esprit même de Dieu qui lui avait donné les hautes et sublimes connaissances dont il se trouvait rempli.
Voilà, mes chers auditeurs, les qualités de la foi de saint Pierre, et voilà en quoi la foi de saint Pierre doit être le modèle de la nôtre. Prenez garde : ce fut une foi pratique, une foi efficace et agissante , que celle de saint Pierre, et telle doit être notre foi ; car une foi oisive, une foi qui s'en tient à des paroles, une foi qui ne consiste qu'en de belles et de spécieuses maximes, une foi qui se borne à des sentiments sans aller jusqu'aux œuvres, c'est une foi qui ne peut servir qu'à notre condamnation ; c'est la foi des démons, qui croient, qui tremblent et qui en demeurent là. Ce fut une foi généreuse, en vertu de laquelle saint Pierre abandonna non-seulement tout ce qu'il possédait, mais tout ce qu'il était capable de posséder, mais tout ce qu'il pouvait espérer, mais tout ce qu'il pouvait désirer ; tellement qu'il eut bien raison de dire : Ecce nos reliquimus omnia ^ : Voici que nous avons tout quitté. E c'est ainsi que notre foi doit nous détacher de tout, en sorte que nous quittions tout, non pas toujours réellement et en effet, mais au moins de cœur : c'est-à-dire que nous soyons disposés à quitter tout ; que nous soyons dégagés de toute affection aux biens que nous possédons ; que nous soutenions avec patience la perte de ces biens, quand il plaît à Dieu de nous les enlever ; que nous soyons tranquilles et soumis, quand la Providence permet que ces biens diminuent ; que nous nous dépouillions avec joie d'une partie de ces biens pour en assister les membres de Jésus-Christ et nos frères, qui sont les pauvres ; car une loi en conséquence de laquelle on ne renonce à rien, on ne quitte rien, on ne se refuse rien et l'on ne veut rien se refuser, c'est une foi chimérique, qui ne peut être de nul mérite devant Dieu, et que Dieu même réprouve. Ce fut une foi pleine de confiance qui fit marcher saint Pierre sur
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les eaux, sans craindre le péril ou il s'exposait, ni la tempête dont la mer était agitée ; et si notre foi est telle que Dieu la demande, il faut qu elle se soutienne au milieu des dangers du monde, au milieu des persécutions et des disgrâces du monde , au milieu des changements et des révolutions inévitables dans le cours du monde ; car une foi qui doute, une foi qui hésite, n'a plus ce caractère de fermeté qui est essentiel à la vraie foi. Ce fut une foi à l'épreuve du scandale où tombèrent ces disciples incrédules, qui, ne pouvant comprendre l'adorable mystère de nos autels que Jésus-Christ leur annonçait, en prirent occasion d'abandonner ce Dieu Sauveur; et notre foi, comme celle de saint Pierre, doit nous fortifier contre tant de discours que nous entendons, contre tant d'exemples que nous avons sans cesse devant les yeux, afm que nous puissions faire à Dieu la même protestation que fit ce prince des apôtres : Et si omnes scandalizati fuerint in te, sed non ego * : Non, Seigneur, je ne m'éloignerai jamais de vous ; quand tous les hommes vous auraient renoncé, et que de tous les hommes je resterais seul sous Tobéissance de votre loi, je ne m'en départirai jamais : fallût-il résister à toutes les puissances de la terre, falliit-il donner ma vie, vous me trouverez toujours fidèle : Et si oportuerit me commori tibi, non te negabo ^.
Telle était, dis-je, la foi de saint Pierre ; mais quelque grande que fût sa foi, j'ai ajouté qu'elle n'était pas encore parfaite , parce qu'il n'avait pas encore reçu le Saint-Esprit : il ne faut que lire l'Évangile pour en être persuadé ; car immédiatement après que saint Pierre eut rendu témoignage à la divinité de Jésus-Christ , le Fils de Dieu ayant déclaré à ses disciples qu'il allait à Jérusalem, et que là il devait être livré aux Gentils, moqué, outragé, déchiré de fouets, crucifié : Ah ! Seigneur, reprit le saint apôtre, à Dieu ne plaise que tout cela vous arrive ! parole dont Jésus-Christ parut indigné, et qui lui fît dire à ce chef même de son Église : Retirez-vous de moi, Satan ; vous êtes un scandale pour moi, et vous n'avez point dégoût pour les choses de Dieu, mais seulement pour les choses de la terre : Vade post me, Satana, scandalum es mihi ^. Il s'en fallait donc bien, remarque saint Chrysostome, que la foi de saint Pierre ne fût dans le degré de perfection où elle devait être, puisqu'il se trouvait prévenu d'une erreur aussi pernicieuse et aussi grossière que celle de croire qu'il ne convenait pas à Jésus-Christ de mourir pour le salut des hommes. Elle n'était pas non plus parfaite, cette même foi, lorsque saint Pierre ayant d'abord marché avec confiance sur les eaux, mais voyant ensuite les fiots de la mer agités, craignit, et s'écria : Seigneur, sauvez-nous, autrement nous sommes perdus ; sur quoi le Fils de Dieu lui fit ce reproche : Homme de peu de foi, pourquoi avez-vous eu peur? Modicœ fidei, quare duhitasti * ? Enfin, sa foi était bien imparfaite, quand, après avoir été trois ans entiers à l'école do Jésus-Christ, après avoir entendu si souvent ce divin Maître expliquer les vérités évangéliques, il ne les comprenait pas ; car, comme Ta formellement observé saint Luc, ce que cet adorable Sauveur disait à ses disciples de la nécessité des souffrances, de l'avantage des croix, du renoncement à soi-
» Marc, 14% — » liiid. — ^ Malilt., 16.. — < Ibid., 14.
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même, ils le regardaient comme des mystères cachés, et comme autant de paradoxes : Et erat verbum istud absconditum ab eis ^
Voilà, Chrétiens, les ténèbres de la foi de saint Pierre ; mais en même temps voilà les écueils de notre foi, et ce que nous devons éviter. Saint Pierre crut Jéisus-Christ Fils du Dieu vivant, mais il se scandahsa du mystère de sa passion et de sa mort; c'est ce qui nous arrive tous les jours, car nous adorons la personne de Jésus-Christ, mais nous nous scandalisons de sa croix, nous nous scandalisons de son Évangile : l'orgueil et Tamourpropre qui nous dominent, forment en nous une opposition secrète à ses maximes et à sa loi. Ce scandale paraît dans nos actions : nous nous disons chrétiens, et nous vivons en païens. Que fit Jésus-Christ, justement offensé du scandale de saint Pierre? Il le reprit avec aigreur, il le traita de Satan, il le rejeta. Prenez garde, mes Frères, dit saint Hilaire : le Fils de Dieu brûlait d'un désir si ardent de souffrir pour nous, qu'il ne put voir sans indignation que Pierre entreprit de combattre ce dessein. Or ce môme Sauveur n'aurait-il pas encore plus droit de nous dire, comme à son apôtre : Vade posû me, Satana : Allez, hommes lâches et sensuels , amateurs de vous-mêmes et idolâtres de votre corps, vous n'avez jamais connu le prix de ma croix ; car ce mystère de la croix est trop relevé pour vous ; et tant que vous serez esclaves de vos plaisirs, vous ne comprendrez jamais que ce qui peut flatter la chair et satisfaire la cupidité. Dès que saint Pierre fut assailli de l'orage, il trembla, malgré la confiance qu'il avait d'abord marquée ; et tandis que nous sommes dans la prospérité , que les choses du monde vont selon nos souhaits , et que rien ne nous trouble , nous nous confions en Dieu , nous nous soumettons à Dieu, nous bénissons Dieu ; mais sommes-nous dans la peine et dans l'affliction, une disgrâce imprévue nous arrive-t-elle, les affaires du siècle prennent-elles pour nous un mauvais tour, c'est là que notre courage nous abandonne, nous commençons à douter de la providence du Seigneur, nous nous élevons contre elle, nous manquons de foi, ou nous n'avons qu'une foi timide et chancelante : Modicœ fidei, quare dubitasti? Mais avançons.
Saint Pierre ne se contenta pas de croire la divinité de Jésus-Christ, il la confessa hautement, il la confessa avec zèle , il la confessa au nom de tous les apôtres ; et c'est particulièrement en vue de cette confession de foi, que Jésus-Christ le choisit pour être la pierre fondamentale de son Église : Ft ego dico tibi. Quia tu es Petrus, et super hanc petram œdificabo Ecclesiam meam -. Autre exemple que Dieu nous propose en ce saint jour; autre règle qu'il nous ordonne de suivre, et à laquelle nous devons nous conformer, si nous voulons solidement établir notre salut ; car pour être sauvés, Chrétiens, il ne suffit pas, selon saint Paul, que nous croyions de cœur, mais il faut encore que nous confessions de bouche ; il ne suffit pas qu'intérieurement et dans l'âme nous adorions Jésus-Christ comme notre Dieu, mais il faut qu'au dehors, et devant les hommes, nous lui rendions le témoignage qui lui est dû ; et comme toute l'Église est fondée sur la confession que lit saint Pierre de la divinité du Fils de Dieu, j'ajoute que le
* Luc, 18. — ' Matth., IG.
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salut de chaque Adèle doit être fondé sur la confession quMl fera de sa foi. Confession, prenez garde, s'il vous plaît, confession de foi dont Fobligation rigoureuse est également et de droit naturel, et de droit divin ; confession qui renferme deux préceptes, Fun négatif, permettez-moi de m'exprimer de la sorte , après les théologiens , l'autre positif : l'un qui nous défend de rien faire, de rien dire qui soit seulement, même en apparence, contraire à la foi que nous professons ; Tautre qui nous oblige à donner des marques publiques de cette foi, selon que les sujets et les occasions le demandent pour hionneur de Dieu et pour l'édification de l'Église : deux devoirs absolument indispensables, s'agît-il de tous les biens du monde et de sacrifier jusqu'à notre vie ; confession selon laquelle, au jugement de Dieu, nous serons ou reconnus, ou réprouvés de Jésus-Christ. Car quiconque me reconnaîtra devant les hommes , disait cet adorable Sauveur, je le recon^ naîtrai devant mon Père : Qui confitebitur me coram hominibus, confitebor et ego eum coram Pâtre meo K Et, par une règle toute contraire, quiconque devant les hommes m'aura renoncé , je le renoncerai en présence de mon Père : Qui negaverit me coram hominibus, negabo et ego eum coram Pâtre meo ^ C'est donc à nous d'imiter saint Pierre dans cette confession si nécessaire : c'est ce qu'ont fait les martyrs, quand ils ont paru devant les juges de la terre, et qu'ils ont versé leur sang pour la cause de Jésus-Christ; c'est ce qu'ont fait tant d'hommes apostoliques, quand ils ont passé les mers et qu'ils ont pénétré jusqu'aux extrémités du monde pour y annoncer le nom de Jésus-Christ; et c'est ce que nous devons faire nous-mêmes, chacun dans notre condition, et autant que le demande l'honneur de Jésus-Christ.
Cependant (ô profondeur ! ô abîme des conseils de Dieu !) Pierre , tout éclairé qu'il était d'en haut , n'était pas encore inébranlable : c'était la pierre sur laquelle l'Église devait être bâtie ; mais cette pierre n'avait pas encore toute la stabilité nécessaire pour l'affermissement de l'Église. En un mot saint Pierre, après avoir confessé Jésus-Christ , le renonça ; après avoir dit à cet Homme-Dieu , Vous êtes le Christ , Fils du Dieu vivant, il fut assez faible et assez lâche pour dire , parlant de ce même Sauveur : Je ne le connais point. Dieu le permit ainsi , Chrétiens, et la Providence eut en cela ses desseins particuliers , que nous devons adorer. Mais dans cet exemple reconnaissons-nous nous-mêmes, car voilà ce que nous faisons en mille rencontres : nous confessons Jésus-Christ de bouche ; mais combien de fois dans la pratique l'avons-nous renoncé plus indignement et plus honteusement que saint Pierre? combien de fois et en combien d'occasions n'avonsnous pas rougi d'être chrétiens? combien de fois avons-nous paru devant les autels du Seigneur, comme si jamais nous ne l'avions connu? et cela, tantôt par un respect humain , tantôt par une fausse politique , tantôt par un libertinage aflccté, tantôt par un scandale qui nous a entraînés, et à quoi nous n'avons pas eu la force de résister; d'autant plus coupables, en trahissant notre foi , qu'il ne s'agissait pas pour nous , comme pour saint Pierre , de perdre la vie. Chute de saint Pierre , qui doit toujours nous
« Matlli., 10. — ' Iliid.
faire trembler, qui que nous soyons, et quelque fermes, jusqu'à présent, que nous ayons pu être ; car si cet apôtre , et ce prince même des apôtres a eu un sort si déplorable , que ne devons-nous pas craindre pour nous ? si ce fondement de l'Église de Jésus-Christ a été ébranlé , et s'il est tombé en ruine , nous qui sommes la faiblesse même , la fragilité même , la pusillanimité même , avec quelle défiance de nous-mêmes et quelle frayeur des jugements de Dieu ne devons-nous pas nous conduire? Chute de saint Pierre , qui procéda de trois causes : de sa présomption , de son orgueil , de son imprudence. De sa présomption , qui lui fit dire à Jésus- Christ , avant que de s'être bien éprouvé lui-même : Je suis prêt à vous suivre jusqu à la mort ; quoique Jésus-Christ lui eût dit : Avant que le coq chante, vous me renoncerez trois fois. De son orgueil, car il se préféra à tous les autres apôtres , en sorte que le Fils de Dieu leur ayant dit , Vous m'abandonnerez tous aujourd'hui , Pierre , rempli d'une vaine opinion de lui-même , lui répondit hautement : Quand tous les autres vous abandonneraient , pour moi , je ne vous abandonnerai pas. De son imprudence : tout faible qu'il était , il ne laissa pas de s'exposer à l'occasion , en entrant dans la maison du pontife , et en demeurant au milieu des ennemis de Jésus-Christ. Trois causes , mes chers auditeurs , qui nous font tous les jours tomber dans le même désordre que saint Pierre : nous sommes présomptueux comme lui , vains comme lui , imprudents et téméraires comme lui. Chute de saint Pierre , qui doit, après tout, nous consoler, puisque le dessein de Dieu , en la permettant , a été de nous faire voir, dans la personne de cet apôtre , un pécheur prédestiné pour être un vase de miséricorde.
Et par quelle pénitence en effet se releva- t-il d'une telle chute , et la répara-t-il ? Pénitence la plus prompte ; il ne fallut , pour le toucher et le convertir, qu'un regard du Fils de Dieu : pénitence la plus fervente ; il pleura, et il pleura amèrement : pénitence la plus constance ; durant tout le reste de sa vie oublia-t-il jamais son péché , et ne l'eut-il pas toujours devant les yeux , pour le pleurer toujours avec la même amertume ? pénitence qui non-seulement rétabht sa foi , mais qui le mit en état de rétablir la foi de tous les autres ; car c'est à lui que le Sauveur du monde avait dit : Et tu aliquando conversiis, confirma fratres tuos * : Quand vous serez converti et que vous serez revenu de votre égarement , travaillez à rappeler vos frères dispersés , à les rassembler et à les confirmer : or n'est-ce pas ce qu'il a fait , et n'eut-il pas une grâce particulière pour gagner les cœurs les plus endurcis , pour convaincre les esprits les plus opiniâtres , et pour leur inspirer le don de la foi ? Dès les premières prédications qu'il fit auï Juifs , ne soumit-il pas à l'Évangile, tantôt jusqu'à trois mille âmes, tantôt jusqu'à cinq mille? et dans le cours de son apostolat, combien de provinces a-t-il éclairées, combien d'ÉgUses a-t-il fondées? Ah! mes chers auditeurs , il parlait à des Juifs déclarés contre la loi qu'il leur annonçait ; il parlait à des païens élevés dans les superstitions et les ténèbres de la plus grossière idolâtrie; et cependant il les persuadait, il les sanctifiait, il en
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faisait de parfaits chrétiens : nous vous prêchons la même loi que lui , nous vous annonçons les mêmes vérités; par quel monstrueux renversement ne seraient-elles pas aussi efficaces dans le centre du christianisme , qu'elles l'ont été au milieu du judaïsme et du paganisme ? Quoi qu'il en soit , attachons-nous à la foi de saint Pierre ; et si nous sommes tombés comme lui faisons pénitence comme lui : disons à Jésus-Christ : Tu es Christus, Filius Dei vivi *. Oui , Seigneur, je veux vivre et mourir dans cette sainte foi , qui vous reconnaît pour l'envoyé de Dieu , pour le Christ et le Fils de Dieu : si le libertinage de mon cœur m'a séduit en certaines rencontres et en certains temps de ma vie , maintenant que votre grâce répand dans mon esprit une lumière toute nouvelle , je renonce à mes erreurs , et je vous rends l'hommage d'une foi soumise et docile. Jamais saint Pierre ne se dévoua plus ardemment à votre service qu'après son péché , et mes égarements passés ne serviront qu'à redoubler mon zèle pour vous. Ainsi , Chrétiens , devons-nous imiter la foi de ce saint apôtre , pour imiter encore son amour, dont j'ai à vous parler dans la seconde partie.