‹ Œuvres complètes de Bourdaloue de la Compagnie de Jésus. -- (volume 3)Chapitre 34 sur 139 · PREMIER SERMON SUR L'ÉTAT RELIGIEUX · texte numérisé non relu

PREMIER SERMON SUR L'ÉTAT RELIGIEUX

Simile estregnum cœlorum ihesauro ahscondito in ac/ro , quem qui invenit liomo abscondit; et prœ (jaudio illius vjdil, et. vendit universa quœ liabct, et ernil ogntm illiim.

Le royaume des cieux est semblable à un trésor enterré dans un champ : l'Iiomme qui l'a trouvé le cache, et transporté de joie, il va vendre tout ce qu'il possède, el acliète ce champ. Saint Mattli., ch. 13,

C'est une de ces similitudes dont Jésus-Christ se servait pour expliquer le mystère du royaume de Dieu. Vous le comprenez parfaitement , âmes religieuses, qui, élevées dans l'école de ce divin Maître, êtes ses fidèles disciples aussi bien que ses saintes épouses ; et je puis vous appliquer aujourd'hui ce qu'il ajoutait en parlant à ses apôtres : Vobis datum est nosse mysterium regni Dei, cœteris autem in par abolis ^ Pour vous, qui êtes spirituelles et éclairées , il vous a été donné de discerner et de connaître ce royaume mystérieux, que les Justes par la foi possèdent dès maintenant sur la terre. Telle est la grâce de votre état, et tel est le fruit de ces profondes méditations dont vous vous occupez si utilement et si saintement dans la religion : Vobis datum est. Mais pour les autres, qui sont grossières et aveugles dans les choses de Dieu , c'est-à-dire pour les mondains , ce royaume ne leur est proposé qu'en paraboles, et ils n'en ont par là qu'une idée confuse , si le prédicateur de l'Évangile ne leur en découvre le secret. Permettez-moi donc de m'accomraoder à leur disposition; et puisqu'en vertu de mon ministère je suis redevable à tous , souffrez , mes chères sœurs, que, joignant à votre édification particulière l'instruction générale des chrétiens du siècle , qui ne sont ici assemblés que pour profiter de votre exemple, je leur fasse entendre, sous la parabole du trésor caché, ce qu'il y a de plus important dans ce royaume de Dieu, dont le Sauveur du monde nous a fait lui-même de si excellentes leçons. L'illustre vierge qui fait le sujet de cette cérémonie, et qui, par un acte héroïque de sa piété , va se dévouer pour jamais à Dieu , sera la preuve sensible et vivante de tout ce qne j'avancerai. Comme elle est déjà toute pénétrée des lumières du ciel , et qu'après les saints exercices qu'elle a si dignement soutenus, nous n'avons rien pour elle à désirer, sinon qu'elle persévère

' Luc, 8.

dans la ferveur où nous la voyons, sans m'arrêter à Finstruire, c'est vous , hommes du siècle qui m'écoutez , que j'instruirai par elle. Par elle vous connaîtrez la nature de ce trésor , à quoi le royaume des cieux est comparé ; par elle vous apprendrez où on le trouve , comment on le conserve , et à quel prix il mérite d'être acheté. Nous avons besoin des grâces du Saint-Esprit , et , pour les obtenir, nous nous adressons à vous , glorieuse Mère de mon Dieu , et nous vous disons : Ave, Maria.

A prendre dans les vues de Jésus-Christ la parabole que je viens de vous proposer , quel en est le sens? Ce royaume de Dieu , semblable à un trésor , selon la pensée des Pères de l'Église , et en particulier de saint Jérôme, c'est le christianisme , où Dieu , par sa miséricorde, nous a appelés , et où sont renfermées pour nous toutes les richesses de sa grâce : Simile est regnum cœlorum thesauro. L'homme heureux et prédestiné dont parle le Sauveur du monde n'est autre que celui même qui a trouvé ce trésor, Quem qui invenit homo; qui a su le m^ettre à couvert, Abscondit; et qui s'est dépouillé de tout pour l'acquérir, Et vendit universa quœ habet , et émit. Trois choses distinctement marquées dans l'Évangile, et qui vont faire le partage de ce discours ; car voici tout mon dessein. Le christianisme que nous professons , et dont selon Dieu nous nous glorifions , est en effet notre trésor : mais ce trésor , avouons-le , mes chers auditeurs , ne se trouve que rarement et difficilement dans le monde ; mais ce trésor est infiniment exposé , et court de grands risques dans le monde ; mais, à en juger par la conduite de la plupart des hommes, on voudrait qu'il n'en coûtât rien , ou du moins qu'il en coûtât peu pour avoir ce trésor dans le monde. Au contraire, on trouve infailliblement et sans peine ce trésor dans la religion ; on met en assurance et hors de danger ce trésor dans la religion ; et on ne ménage rien , ou plutôt on sacrifie tout , pour posséder ce trésor dans la religion. Trois oppositions entre la religion et le monde , que je vais développer , et d'où nous conclurons que c'est donc évidemment et à la lettre , dans l'âme religieuse , que s'accomplit la parabole du trésor caché : pourquoi? parce qu'elle a les trois avantages que demande le Fils de Dieu, et qui sont pour cela requis : je veux dire, parce qu'en quittant le monde et se consacrant à la religion , elle trouve parfaitement le christianisme , Invenit ; qu'embrassant une vie cachée , elle le met en sûreté , A bscondit ; et que , ne se réservant rien , elle l'achète au prix de toutes choses : Et vendit universa quœ habet, et émit. Avantage, encore une fois, où consiste, par rapport à ce trésor, son bonheur, sa sagesse, son courage. Son bonheur , en ce qu'elle le trouve; sa sagesse, en ce qu'elle le cache ; son courage , en ce qu'elle abandonne tout , jusqu'à se livrer elle-même pour l'acheter. Voilà , généreuse épouse de Jésus- Christ, les trois prérogatives essentielles de votre vocation, et de quoi j'ai à vous féliciter : voilà , homme du siècle , par où j'entreprends , ou de vous convertir, ou de vous confondre, si vous me donnez une favorable attention.

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