RESSUSCITÉ
5» complantati facti sumus similitudinl morlis ejus , stiniil et resiiirectionis erinms.
Si nous sommes entes en Jésus-Christ par la ressemblance de sa mort , nous le serons en même temps par la ressemblance de sa résurrection. Epitre aux Romains , ch. 6.
Ne VOUS étonnez pas, Chrétiens, si je vous parle de Jésus-Christ ressuscité , dans une cérémonie qui , selon toutes les maximes de la foi , est un véritable sacrifice , et doit être par conséquent regardée comme une véritable mort ^ Il est vrai , la mort et la résurrection sont deux termes essentiellement opposés , et il est aussi impossible dans l'ordre de la nature de mourir et de ressusciter tout à la. fois, que d'être et de n'être pas. Mais cette opposition ne se rencontre point dans l'ordre de la grâce : car l'âme chrétienne, par la conformité qu'elle a avec Jésus-Christ, peut sans contradiction réunir en elle ces deux choses ; je veux dire qu'elle peut , tout ensemble , et être morte spirituellement, et être spirituellement ressuscitée. Si complantati facti sumus similitudini mortis ej'us, slmul et reswrectionis eriinus : Si , comme de nouvelles plantes , nous sommes entés sur la croix de cet Homme-Dieu ; si notre conversion , par laquelle nous mourons au péché, est en nous , comme elle le doit l'être, l'image de sa mort, elle le sera en même temps de sa résurrection. L'Apôtre ne dit pas qu'après avoir été semblables à Jésus-Christ dans l'état de sa mort, nous lui serons un jour semblables dans l'état de sa résurrection et de sa gloire ; mais il prétend que , par un effet miraculeux et tout divin , nous lui serons tout à la fois semblables dans l'un et dans l'autre ; et qu'en qualité de parfaits chrétiens , nous aurons l'avantage d'être conformes à sa vie glorieuse, dès le moment même que nous nous trouverons conformes à sa sainte mort : Simul et resurrectionis erimus. Je conviens donc, digne et fidèle épouse du Sauveur, qu'en mourant au monde vous allez mourir et vous ensevelir avec Jésus-Christ, suivant la pensée et l'expression de saint Paul, Consepulti sumus cum illo^\ mais mourir et s'ensevelir de la sorte , c'est ressusciter et entrer dans une nouvelle vie. Si commortui sumus et convivemus ^; et afin de ne me point écarter des sentiments de l'Église, qui , dans ces saints jours , est occupée à célébrer la résurrection du Fils de Dieu, après avoir pleuré sa mort, je veux vous montrer que l'état de Jésus-Christ ressuscité est le vrai modèle de la perfection de la vie religieuse, et que la vie rehgieuse , dans sa perfection , est la plus fidèle image de l'état de Jésus-Christ ressuscité. Pouvais-je choisir un sujet plus propre à vous donner une haute idée de votre vocation? Mais pour en tirer tout le fruit que je me
* Le P. Bourdaloue fil ce sermon pour le temps de Pâques. » Rom., 6.— '2Tira,, 2.
T. IT. i%
promets , j'ai besoin , pour vous et pour moi , des lumières du Saint-Esprk, et je les demande par Tintercession de la mère de Dieu , en lui disant : Ave, Maina.
Quand saint Paul parlait aux chrétiens de l'obligation que nous avons tous de porter , même dès cette vie , l'image de l'homme céleste , il s'expliquait trop clairement pour ne pas convenir d'abord que par cet homme céleste , il entendait Jésus-Christ ressuscité. Car voici comment il raisonne dans cet admirable chapitre de la première Épître aux Corinthiens, où, après avoir établi la résurrection du Fils de Dieu , comme le fondement de toute la morale du christianisme , il en tire cette conséquence, que je vous prie de bien comprendre, parce qu elle va faire tout le sujet de ce discours. Nous reconnaissons, dit-il , deux hommes bien différents et bien opposés, mais qui sont néanmoins les deux principes de notre origine : le premier est Adam , qui fut formé de la terre , et qui , par cette raison , mais plus encore par le désordre de son péché, mérite d'être appelé l'homme terrestre, Primus homo de terra terrenus^; et le second est Jésus- Christ , cet homme descendu du ciel , qui dans tous les mystères de sa vie , mais surtout dans sa sainte résurrection, a paru parfaitement ce qu'il était, c'està-dire un homme céleste et divin : Secundus homo de cœlo cœlestïs *. Tel qu'a été l'homme terrestre , qui est Adam , tels sont parmi nous ceux qui , menant une vie sensuelle et animale , bornent leurs désirs à la terre, et n'ont de vue que pour la terre, Qualis terrenus, taies et terrent^; et tel qu'a été l'homme céleste, qui est Jésus-Christ, tels sont ces chrétiens qui, par la pureté de leurs mœurs, se conformant à son exemple et imitant sa sainteté , semblent déjà participer à sa gloire : Et qualis cœlestïs, taies et cœlestes *. C'est pourquoi , mes Frères, conclut l'Apôtre, comme nous avons été assez malheureux pour porter l'image de l'homme terrestre et pécheur, efforçons-nous maintenant de porter l'image de l'homme céleste et glorieux : Igitur sicut portavimus imagînem terrent, portemus et imaginem cœlestïs^. Or voilà, mes chers auditeurs, ce que fait excellemment une vierge chrétienne qui quitte le monde , et qui se consacre à Dieu par les vœux de la religion. Car pour vous en convaincre sensiblement , et pour vous donner une idée juste de la profession religieuse , en la comparant avec la résurrection du Fils de Dieu , voici mon dessein. Je trouve deux choses singulièrement remarquables dans l'état de Jésus-Christ ressuscité (j'entends de Jésus-Christ ressuscité avant qu'il montât au ciel, et pendant les quarante jours qu'il demeura sur la terre ) : l'une par rapport à son corps , Tune par rapport à son âme bienheureuse. L'une , qui consiste en ce que le corps de Jésus-Christ , par une vertu merveilleuse de sa résurrection , quoique toujours matériel dans sa substance et en luimême , devint tout spirituel dans les divines qualités qu'il acquit en ressuscitant : l'autre , qui consiste en ce que Jésus-Christ, après sa résurrection , demeura tellement sur la terre , qu'il y fut désormais séparé du commerce des hommes , n'ayant même avec ses disciples que quelques
• l Cor., 15. — ' Ibid. — » Ibld. — 4 Ibid. — ' Ibitl.
entretiens courts et pa"5sagers , selon qu'il le jugeait nécessaire pour les affermir dans la foi ; et du reste n'étant occupé que du ciel , et ne voulant plus avoir de conversation que dans le ciel. Deux choses qui font de Jésus- Christ ressuscité un parfait modèle de l'état religieux. Car c'est ainsi , ma très-chère Sœur, que , par le vœu de chasteté , vous allez présenter votre corps à Dieu comme une hostie vivante , sainte , et agréable à ses yeux. Or, dans la doctrine de saint Paul , votre corps consacré de la sorte et immolé à Dieu va devenir un corps tout spirituel par la grâce de votre vocation , comme l'était celui du Sauveur par la gloire de sa résurrection. Par le vœu de clôture , vous allez , à l'exemple du même Sauveur, sans sans sortir du monde , vous séparer du commerce du monde , pour n'avoir plus de société ni de communication avec le monde , qu'autant qu'une sainte nécessité vous y engagera ; en sorte que vos entretiens avec les personnes du monde ne seront, si je l'ose dire, que de simples apparitions pour leur inspirer le zèle de leur conversion et de leur salut , pour les confirmer dans le bien, pour les édifier. Je vous ferai donc voir d'abord les caractères du corps glorieux de Jésus- Christ vivement marqués dans ime vierge chrétienne qui, renonçant à la chair et au sang, choisit Jésus- Christ pour son unique époux ; et ensuite vous verrez la forme de vie que tint sur la terre Jésus-Christ ressuscité, fidèlement et heureusement imitée par une vierge qui , se renfermant dans la maison de Dieu , se fait au milieu du monde une solitude où elle ne pense plus qu'à l'éternité. En deux mots , votre profession , âmes religieuses , par une pleine conformité avec la résurrection du Fils de Dieu , opère en vous tout à la fois deux miracles de la grâce ; savoir, une chair toute spirituelle , et un esprit tout céleste. Une chair toute spirituelle , par l'angélique pureté que vous professez : ce sera la première partie. Un esprit tout céleste, par l'entier éloignement du monde et l'intime commerce avec Dieu, où vous vivez : ce sera la seconde partie. Voilà , dis-je, les deux avantages que je découvre dans la vocation religieuse ; voilà à quoi je réduis les obligations de votre état ; et voilà , mes chers auditeurs , ce que chacun de vous doit par proportion s'appliquer jusque dans la vie séculière , et cependant chrétienne , où la Providence l'engage.