DEUXIÈME PARTIE
C'est une réflexion de saint Paulin qui me parait aussi solide qu'édifiante, savoir, que le mystère de la résurrection du Fils de Dieu ne nous confirme pas seulement dans la foi et dans l'espérance de notre résurrection future , ■ mais qu elle nous enseigne même la forme de vie que nous devons tenir, comme chrétiens , dans le siècle présent ; et que cette vie nouvelle consiste surtout dans la séparation du monde , qui de tout temps a été regardée par les vrais serviteurs de Dieu comme une des parties les plus essentielles de la sainteté : Mysterio dominicœ 7^esu7^?^ectionis , non ad solam resurrectionis nostrœ fidem, sed ad voluntariam hujus sœculi abdicationem instruimur ^ En effet, s'il y eut jamais un parfait modèle d'une vie retirée, et en particulier de la retraite, il est évident que c'est le mystère ou plutôt l'état de Jésus-Christ ressuscité , avant qu'il montât au ciel , et pendant les quarante jours qu'il demeura sur la terre. Appliquez- vous à la comparaison que je vais faire de l'un et de l'autre , et voyez s'il est rien de plus naturel et de plus juste. Voici dans Jésus-Christ ressuscité l'exemplaire, et vous en reconnaîtrez aisément dans l'âme religieuse la ressemblance. Le Sauveur du monde, après sa résurrection, demeure encore sur la terre ; mais il y demeure séparé du commerce des hommes , séparé de ses disciples , séparé de ceux que l'Évangile appelle ses frères , séparé même de Marie sa mère : première circonstance, qui doit avoir pour vous , mes chères Sœurs , quelque chose de bien touchant et de bien consolant. Tout séparé qu'il est des siens, il ne laisse pas de leur apparaître quelquefois et de se faire voir à eux ; mais il ne leur apparaît que pour des besoins importants, et qu'autant qu'il le juge nécessaire pour leur donner des marques de son zèle et de sa charité : seconde circonstance encore très-propre à vous servir de règle. Dans ces apparitions, quoique passagères, il les voit et il leur parle, mais en leur témoignant toujours une sainte impatience de les quitter, et une espèce d'empressement de retourner à son Père : troisième circonstance , qui vous fait une leçon non moins utile que les autres, ni moins convenable à votre état. Du reste , il n'a d'entretien qu'avec Dieu ; toute sa conversation est dans le ciel, dont il se regarde déjà comme possesseur, et la terre n'est plus pour
' Paulin. i
lui qu'une demeure étrangère : quatrième et dernière circonstance , qui achèvera de vous instruire, et de vous faire goûter votre bonheur. Or n'est-ce pas là en figure et en abrégé toute la perfection et toute la sainteté de la vie religieuse? Mettons ces quatre traits de ressemblance dans tout leur jour, et suivez-moi.
Tout ressuscité qu'était le Sauveur des hommes , il demeurait encore sur la terre , mais sans y avoir avec les hommes ce commerce ordinaire qu'il avait eu pendant sa vie mortelle ; et de la manière dont il se comportait à leur égard, on peut dire qu'il était absolument séparé d'eux. C'est ainsi qu'il s'en expUquait lui-même dans une de ses apparitions, lorsqu'il leur disait : Hœc sunt vei^ba quœ locutus sum ad vos, cum adhùc essem vobiscum ^ : Vous voyez l'accomplissement des choses que je vous ai prédites lorsque j'étais avec vous. Hé quoi ! reprend saint Augustin, netait-il pas encore avec eux quand il leur parlait de la sorte? Il y était dit ce saint docteur, puisqu'il leur parlait : mais il n'y était plus comme il y avait été lorsqu'il entretenait avec eux une société réglée ; parce qu'en sortant du tombeau, et ne voulant plus mener sur la terre qu'une vie solitaire, il s'était séparé de ceux qui lui étaient le plus étroitement unis, sans en excepter même sa sainte et bienheureuse mère. Beau modèle de l'état d'une âme consacrée à la vie religieuse. Car voilà , mes chères Sœurs, ce que par la miséricorde du Seigneur vous pratiquez. Vivre dans le monde séparé du monde, loin des intrigues du monde, hors du tumulte et de l'embarras du monde , sans engagement et sans liaison d'intérêt avec le monde ; avoir des familles , et se regarder comme n'en étant plus ; avoir des proches , et s'en détacher comme ne leur appartenant plus ; avoir des amis, et ne les fréquentant plus ; être au miheu du monde, et jusque dans le centre des villes, aussi retiré que les anachorètes dans les déserts: voilà votre vocation. De là vient que le Fils de Dieu, pour faire entendre qu'il était venu appeler les hommes à la perfection évangéhque, disait qu'il était venu séparer le père d'avec son fils , et la fille d'avec sa mère : Veni separare hominem adv er sus pair em suum, et filium adversùs matrem snam-. Or où voyons-nous la pui-eté, la sainteté, la sublimité de cet esprit de séparation ailleurs que dans la rehgion? où voit-on des filles, sans préjudice des droits sacrés de la nature , saintement et pour jamais séparées de leurs mères, si ce n'est dans la personne de ces vierges dont la vie, selon saint Paul, est cachée avec Jésus-Christ en Dieu? Vitavestra abscondita est cum Christo in Deo^. C'est donc à vous, mes chères Sœurs , de soutenir dignement ce caractère ; et , grâce au Seigneur, vous le soutenez avec une persévérance et une régularité qui édifie toute l'Église. Une vie cachée dans le monde aurait par elle-même quelque chose de triste ; mais les deux circonstances que l'Apôtre y ajoute, quand il dit que c'est une vie cachée en Dieu , et cachée avec Jésus-Christ , sont plus que suffisantes, non-seulement pour vous rendre supportable, mais pour vous rendre aimable la retraite que vous avez embrassée , et pour vous dédommager de tous les vains commerces à quoi vous avez renoncé. Car avec
' Luc, 24. — ' Matih., 10. ~ ^ Coloss., 3.
Jésus-Christ et avec Dieu , de quoi ne se passe-t-on point ; et que peut-on désirer lorsqu'on a le bonheur de posséder Dieu et Jésus-Christ? " Cependant toute communication avec le monde est-elle interdite à Tâme religieuse? Non, Chrétiens ; et l'âme religieuse, toute séparée du monde qu'elle est, peut et doit même quelquefois converser avec le monde, pourvu qu'elle se conforme à l'exemple que Dieu lui propose , et qu elle doit elle-même se proposer : car il en faut toujours revenir au mystère de Jésus-Christ ressuscité , comme à la règle de notre perfection. Et voici, mes chères Sœurs, le second rapport de votre état avec le sien. Quoique séparé de ses disciples, il ne laisse pas de leur apparaître à certains temps, et de converser avec eux. Mais quand et pourquoi leur apparaît-il ? vous le savez : quand sa présence leur est nécessaire pour les affermir dans la foi ; quand il s'agit de les consoler, de les instruire , de les édifier; quand il est question de leur parler du royaume de Dieu , de les détromper de leurs erreurs , de les ramener de leurs égarements ; en un mot , quand Tordre de Dieu , et que la charité l'y engage. Ainsi , auprès du sépulcre , il apparaît à une troupe de femmes dévotes , pour les combler d'une sainte joie ; il apparaît à Madeleine dans le jardin, pour essuyer ses larmes; il apparaît à saint Pierre , pour l'encourager dans sa pénitence ; il apparaît à saint Thomas , pour le guérir de son incrédulité ; il apparaît aux deux voyageurs d'Emmaûs , pour leur reprocher leur peu de foi , et pour rallumer dans leurs cœurs le feu de son amour ; il apparaît à tous les disciples assemblés , pour leur donner le Saint-Esprit , et leur recommander la paix. Jamais d'apparitions que pour des lins dignes de sa sagesse, et convenables à sa mission de Sauveur. Or ce que nous apprenons de là , mes chères Sœurs , ou ce que nous devons apprendre , c'est qu'en vertu de la profession que nous faisons de vivre dans le monde séparés du monde, nos conversations avec les hommes du monde doivent être à leur égard ce qu'étaient à l'égard des disciples les apparitions de Jésus-Christ , et produire par proportion les mêmes effets que produisaient les apparitions de Jésus-Christ. Je veux dire qu'en qualité de religieux,, nous ne devons avoir de commerce avec les chrétiens du siècle qu'autant que nous sommes capables de contribuer à leur édification , qu'autant que le zèle de leur salut nous y peut obliger, qu'autant que la Providence nous fait naître des occasions de leur être saintement ou utiles, ou même nécessaires. Quand il y aura dans nos familles quelque intérêt de Dieu à appuyer, quelque œuvre de Dieu à procurer, quelque parole pour Dieu à porter; quand nos proches vivront dans le désordre , et qu'il s'agira de leur conversion; quand il se formera parmi eux des inimitiés , et qu'il faudra s'employer à leur réconciliation ; quand il leur arrivera des disgrâces, et qu'ils auront besoin, pour les supporter et pour en profiter, de notre consolation, paraissons alors comme Jésus-Christ, et faisons-nous voir à eux. Sanctilions-les par nos discours, fortifions-les par nos conseils, soutenons-les dans leurs peines, et, pour les engager à se les rendre salutaires, faisons-leur connaître le don de Dieu dans les afflictions ; imprimons-leur le désir et l'estime des choses du ciel , détachons-les de celles du monde , désabusons-les
des fausses maximes qui les séduisent , donnons-leur du goût pour la solide piété , inspirons-leur l'horreur du libertinage ; qu'ils se retirent d'auprès de nous convaincus et touchés de leurs devoirs ; enfin , sans rien prendre de leur esprit , tâchons à leur communiquer le nôtre. Car voilà ce que Dieu attend de notre fidélité , et pourquoi il nous a donné sa grâce. Combien de fois une âme religieuse a-t-elle par là servi à l'exécution des desseins de Dieu les plus importants pour Favancement de sa gloire et pour le salut du prochain? Combien de fois , par la sainteté de ses conversations avec le monde , a-t-elle eu le bonheur de gagner à Dieu des pécheurs endurcis; et combien de fois Dieu a-t-il donné plus de bénédiction à ses paroles, qu à celles des plus zélés et des plus éloquents prédicateurs? Combien de fois, quoique solitaire et séparée du monde, a-t-elle été dans sa famille un ange de paix, pour y réunir les cœurs aigris et divisés; et combien de fois, par sa prudence , a-t-eile apaisé les différends et les querelles que Tesprit de discorde y avait suscités? Voilà ce que j'appelle des conversations semblables aux apparitions du Sauveur ; et voilà comment une vierge consacrée à Dieu doit se produire au monde , et s'intéresser à ce qui s'y passe. Elle n'en doit pas demeurer là ; mais j'ajoute que ses entretiens avec le monde doivent être accompagnés d'une sainte impatience de retourner à sa solitude , comme ceux de Jésus-Christ ressuscité l'étaient d'un désir ardent de remonter à son Père. Il apparaissait à ses disciples , et il leur parlait ; mais en leur témoignant toujours qu'il ne serait pas longtemps avec eux , et que , dans l'état de la vie nouvelle qu'il avait commencée, il n'avait plus que des moments à leur donner. Il faut, leur disait-il , que je vous quitte ; et il le faut non-seulement pour moi, mais pour vous-mêmes, puisque je ne vous quitte que pour aller faire l'office de votre intercesseur auprès de Dieu : Expedit vobis ut ego vadam ^ Je suis sorti , reprenait le même Sauveur, je suis sorti du sein de mon Père pour venir dans le monde : maintenant je me sens pressé de sortir du monde pour rentrer dans le sein de mon Père : Exivi à Pâtre, et vent in mundum; itei^um reiinquo mundum,et vado ad Patrem *. Encore un peu de temps , concluait-il , et vous me verrez ; et puis encore un peu de temps , et vous ne me verrez plus , parce que je m'en vais à celui qui m'a envoyé : Modicum et videbitis me, et iterum modicum et nonvidebitis me, quia vado ad Patrem ^. Ainsi, dis-je, leur parlait-il, non pas qu'il n'eût toujours pour eux la même tendresse, mais parce que l'état de sa gloire ne souffrait pas qu'il entretînt avec eux un plus long commerce, ni qu'il apportât le moindre retardement à l'ordre de son Père , qui le rappelait. Ici , mes chères Sœurs , ne croyez-vous pas entendre parler une de ces religieuses ferventes dont le nombre parmi vous est si grand? ne croyez-vous pas la voir agir? Si pour la gloire du Seigneur elle converse quelquefois avec le siècle , de quel autre soin est-elle plus occupée que de retourner à ses devoirs , que de reprendre ses observances et ses exercices? Que dit-elle à ses proches dans les visites qu'elle en reçoit? ce que Jésus-Christ disait à ses disciples : Expedit vobis ut ego
• Joan., 16. — Mhid. — Mbid.
vadam : Il est nécessaire que je vous laisse, parce que c'est Dieu qui me Tordonne, et qui me l'ordonne pour vous : car en me séparant devons, et priant pour vous, je vous serai plus utile qu'en demeurant avec vous. Elle leur dit dans le même esprit : Modicum et videbitis me : Pour un moment vous me verrez, mais ne me demandez rien davantage : j'ai des fonctions à remplir; et, comme religieuse, il faut que je m'acquitte de ce que je dois à Dieu et à mon état. Elle pourrait ajouter : Je suis sortie de ma solitude , parce que vous m'en avez tirée; et j'y retourne parce que Dieu m'y attend. La charité que je vous dois m'obligeait à l'un, et la charité que je me dois à moimême m'oblige à l'autre. Conduite dont le monde même le plus profane s'édifie , bien loin d'en être blessé. Mais que le monde l'approuve ou ne l'approuve pas , une épouse de Jésus-Christ ne pense qu'à plaire à l'époux céleste, pour qui elle a fait un divorce éternel au monde.
Achevons, et disons que, par un dernier trait de ressemblance avec son Sauveur ressuscité , quoiqu'elle soit encore sur la terre , toutes ses vues ne sont plus que pour le ciel ; que toute sa conversation est dans le ciel , et qu'elle a un droit particulier de s'appliquer ces paroles de l'Apôtre : Nashua aufem conversatio iii cœlis est. ^ Il est vrai, depuis sa résurrection et avant le triomphe de son ascension glorieuse , le Fils de Dieu était encore présent parmi les hommes : mais où élevait-il ses pensées ? mais où portaitil ses désirs? mais où habitait son esprit? Dans ce royaume qui lui était acquis comme son héritage , qui lui était dû comme sa récompense , et où il aspirait sans cesse , comme au séjour éternel de son repos. Or qui l'imite en cela plus parfaitement que l'âme religieuse? qui de tout le monde chrétien observe plus exactement et plus à la lettre cette grande leçon que faisait saint Paul aux premiers fidèles , et qu'il nous fait à nousmêmes : Si consmTexistis cum Christo, quœ surshm sunt quœrite, tihi Christus est in dexterà Dei sedens ^ : Si vous êtes ressuscité avec Jésus- Christ, cherchez les solides et les vrais biens; mais n'espérez pas les trouver ailleurs qu'avec Jésus-Christ, et que dans cette sainte demeure où Jésus-Christ est assis à la droite Dieu. Quœ sursiim sunt sapite, non quœ super terrant : Goûtez , non plus les choses de la terre, qui sont au-dessous de vous , et qui par conséquent ne vous rendront jamais heureux ; mais goûtez les choses du ciel , et ne goûtez que les choses du ciel , qui , vous élevant au-dessus de vous-mêmes, vous élèveront à la source du parfait bonheur. Telle sera , ma chère Sœur, l'unique occupation de votre vie , et de là vous comprenez encore mieux que moi ce que vous devez aux miséricordes infinies de votre Dieu , qui vous appelle à une si éminente perfection.
Car voilà, digne épouse de Jésus-Christ, ce qui doit être aujourd'hui le sujet de votre reconnaissance ; et je m'assure que dans cette cérémonie religieuse la reconnaissance est , de tous les devoirs , celui dont votre ame est plus vivement touchée. Voilà ce qui doit vous faire dire avec le Prophète royal : Quid retrihuam Domino pro omnibus quœ retribuit mihi '? Que rendrai-je au Seigneur pour tout ce qu'il m'a donné , et pour toutes
• Pl»ilip., 3. — » Colûss., 3. — î Psalni. 115.
les grâces dont il m'a comblée ? mais que lui rendrai-je en particulier pour la protection visible dont il m'a favorisée et qu'il a fait éclater sur moi , pour les soins paternels qu'il a pris de moi , pour les miracles de providence qu'il a opérés en moi? Que lui rendrai-je pour les ressources qu'il m'a fait trouver au milieu de mes malheurs , pour l'asile qu'il m'a préparé dans son sanctuaire et dans sa sainte maison, pour le bonheur inestimable que je vais avoir de vivre avec ses épouses , et d'être du nombre de ses épouses? que lui rendrai-je pour tout cela? Quid retrihuam ^ ? Je lui offrirai mes vœux en présence de tout son peuple : Vota mea Domino reddam in conspectu omnis populi ejus; et c'est par là que je m'acquitterai de ce que je lui dois ; par là que je lui rendrai amour pour amour, sacrifice pour sacrifice ; par là , tout indigne que je suis , et tout Dieu qu'il est, que j'aurai l'avantage d'avoir fait pour lui , autant qu'il m'est possible , ce qu'il a fait pour moi ; de n'avoir rien épargné pour lui , comme il n'a rien épargné pour moi ; d'être la victime de sa gloire , comme il a été la victime de mon salut. Car c'est ainsi que vous m'avez prévenue. Seigneur, de vos plus abondantes bénédictions. Vous avez rompu les liens qui m'attachaient au monde, et qui m'attachaient à moi-même, Dirupisti vincula mea ^ ; et voilà pourquoi je vous présenterai un sacrifice de louange et d'actions de grâces , Tibi sacrificabo hostiam laudis ^ ; voilà pourquoi , à la face du ciel et de la terre , témoins de la disposition intérieure et des sentiments de mon cœur, je vais , au pied de cet autel et au milieu de cette bienheureuse Jérusalem qui est votre Église , me dévouer à vous pour jamais : Vota mea Domino reddam in atriis do^ mus Domini, in medio tui, Jérusalem *.
Ainsi , dis-je, ma chère Sœur, devez-vous parler; mais l'esprit de Dieu, dont vous êtes remplie , vous en inspirera plus dans un moment que je n'en puis exprimer par toutes mes paroles. Vous le savez , et vous voulez que je le publie ici hautement : vous êtes la fille de la providence ; et qui jamais dut être plus convaincu que vous qu'il y a un Dieu dans le ciel y protecteur des âmes affligées ? Ce Dieu qui donne la mort et qui rend la vie , qui perd et qui sauve , qui précipite dans l'abime et qui en retire, a fait paraître en vous l'un et l'autre, et a voulu que vous en fussiez un exemple éclatant, tandis qu'il vous faisait servir de spectacle au monde , aux anges et aux hommes. Dans le dessein qu'il avait formé de faire de vous une prédestinée, il vous a conduite par les voies dures des adversités les plus désolantes ; il vous a fait voir et sentir les horreurs de la mort ,. pour vous rendre aimables et douces les austérités de la vie où il vous destinait. Par les événements les plus funestes et tout ensemble les plus singuliers, il a ménagé votre élection, votre vocation, votre conversion , votre sanctification. Des crimes mêmes des hommes ( par un secret de cette sagesse éternelle , qui sait tirer des plus grands maux le bien de ses élus ) , de l'iniquité des hommes il a fait l'occasion précieuse de votre salut. Au comble de l'infortune , il vous a suscité dans le siècle une seconde mère ; une mère selon la grâce ; une mère dont la piété , dont la
• Psalm. lis. — » Ibid. — ? Ibid, — 4 Ibid.
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charité libérale et bienfaisante vous donne aujourd'hui une naissance toute nouvelle , par l'entrée qu'elle vous procure dans la religion ; une mère à qui vous ne pensiez pas , mais à qui le Seigneur pensait pour vous , et qui , vous adoptant pour sa fille , s'est fait un mérite de vous pourvoir et de vous établir ; une de ces femmes de miséricorde , comme parle l'Écriture , dont le cœur s'attendrit sur toutes les misères , et dont les bonnes œuvres n'ont point de bornes ; une dame chrétienne , encore plus distinguée par sa vertu que par son rang , et qui , peu touchée de sa naissance et de son rang, conserve, avec toute la grandeur et tout l'éclat du monde, toute la modération et toute la perfection de l'humilité évangélique. Que n'en dirais-je point, si cette humilité même ne m'imposait silence, et ne m'empêchait de m' expliquer? Ainsi, ma chère Sœur, Dieu vous a traitée comme il a traité de tout temps ses plus fidèles épouses ; il vous a traitée comme il a traité son Fils unique, le chef des prédestinés. Il a voulu que vous entrassiez dans la religion par la même porte que Jésus-Christ est entré dans sa gloire ; il vous a menée au port à travers les orages et les tempêtes; il vous a conduite par les souffrances et par les croix au séjour de la paix et de la sainteté , jusqu'à ce qu'il vous fasse arriver un jour à ce royaume céleste qu'il vous prépare , et que je vous souhaite, etc.