‹ Œuvres complètes de Bourdaloue de la Compagnie de Jésus. -- (volume 3)Chapitre 62 sur 139 · ÉLOGE DE M. LE PREMIER PRÉSIDENT DE LAMOIGNON · texte numérisé non relu

ÉLOGE DE M. LE PREMIER PRÉSIDENT DE LAMOIGNON

Quelques jours après la mort de M. le premier président de Lamoignon, le Père BoiirJaloue prêcha le sermon de l'Aumône dans une assemblée de charité; et après avoir expliqué ces paroles qu'il avait prises pour texte : Qui pensez-vous quest le serviteur pntdent el fidèle que son maître a établi sur toute sa maison, afin qu'il pourvoie à leurs besoins, et qu'il leur distribue dans le temps la nourriture nécessaire? il ajoute i la fin de l'exorde :

Je pourrais, Chrétiens , si la douleur toute récente me le permettait, rappeler ici à vos esprits une idée sensible de ce serviteur prudent et fidèle dont l'Évangile nous parle aujourd'hui. Dieu nous en avait mis devant les yeux un rare exemple, bien plus capable que mes paroles de vous édifier, si nous avions mérité de le posséder plus longtemps. Ce grand et illustre magistrat, qu une mort aussi prompte que douloureuse vient de nous ravir; cet homme, Fhonneur de son siècle, l'ornement de sa condition, Tappui et le soutien de la justice, le modèle vivant de la probité, l'amour de tous les gens de bien; cet homme parfaitement chrétien, et encore plus recommandable par sa religion que par toutes les éminentes qualités dont la nature l'avait enrichi ; cet homme qui sut si bien accorder la grâce de sa modestie avec l'élévation de sa dignité, la douceur de son esprit avec la fermeté de son ministère, les vertus qui le faisaient aimer avec celles qui, malgré lui-même, le faisaient révérer et admirer; cet homme enfin, dont le nom ne mourra jamais, et qui vient de s'ensevelir dans la bénédiction des peuples , c'est celui que je pourrais vous proposer comme la parfaite image du serviteur fidèle de FÉvangile , puisqu'il n'y a personne de vous qui ne lui rende ce témoignage, qu'il a été par profession, par inclination, par choix de Dieu et par élection, le père des pauvres ; puisque l'un des caractères par où il s'est distingué est d'avoir chéri les pauvres comme ses enfants et comme sa propre famille ; puisque ni l'éclat , ni la foule de ses importantes occupations, ne lui ont jamais ôté un moment de cette application infatigable qu'il a eue pour le bien des pauvres; puisqu'il n'y a point de maison ni d'établissement de pauvres qui n'ait été l'objet de son zèle, et qui n'en ait ressenti les effets; puisque les pauvres eux-mêmes, par leurs gémissements et par leurs larmes, protestent avoir perdu en lui un protecteur, qu'à peine espèrent-ils recouvrer jamais. Je pourrais, dis-je, pour l'exécution même de mon dessein, vous retracer l'idée de cet homme incomparable, et l'éloge que je ferais de sa personne ne serait qu'une reconnaissance publique que vous confesseriez lui être due. Mais mon regret particulier (car combien en particulier me doit être, non-seulement vénérable, mais précieuse et chère sa mémoire?), ma douleur très-vive et trèssincère m'empêche de vous en dire davantage, et de m'expliquer autrement que par mon silence. Suspendons pour quelques moments les réflexions que nous aurions à faire sur une perte que nous ne pouvons assez pleurer, et pour bien comprendre ce que c'est dans la maison de Dieu qu'un ser-

viteur fidèle, adressons-nous à la Vierge qui prit la qualité de servante du Seigneur, au temps même qu'elle en fut déclarée la mère. Ave, Maria,

Non est simUis illi in leyislatoribus.

Entre les législateurs il n'y en a point de semblable à lui. Livre de Job , ch. 26.

C'est de Dieu même que ces paroles doivent s'entendre dans le sens de l'Écriture ; et le saint homme Job en parlait ainsi , parce que Dieu est en effet le premier et l'incomparable entre les législateurs. Je sais que Dieu a ce degré d'excellence , en quelque qualité que nous le considérions ; mais il faut avouer qu'en qualité de législateur, il a un caractère de perfection qui le rend encore plus inimitable , et qui le distingue plus particulièrement des autres. Car, selon la remarque de saint Grégoire de Nazianze , il est tellement législateur, qu'il est en même temps la loi : c'est-à-dire que la loi de Dieu n'est rien autre chose que Dieu même ; et que Dieu , qui donne la loi à tous les êtres créés , est lui-même la première et essentielle loi de toutes les créatures. Caractère propre de la divinité. Caractère fondé sur la nature et la prééminence de l'être de Dieu. Caractère incommunicable à tout autre que lui : et voilà par où lui convient dans toute son étendue ce bel et magnique éloge, qu'entre les législateurs il n'y en a pas un qui l'égale.

Permettez -moi néanmoins, Mesdames, d'appliquer en quelque manière ce même éloge au grand saint Benoit , dont vous célébrez aujourd'hui la fête. Ce fut un législateur envoyé de Dieu, et suscité dans l'Église pour y établir des lois de sainteté et de perfection. Tel est le portrait que l'Église nous en a fait elle-même , et c'est sous cette image qu'elle nous l'a représenté en le mettant au rang des Saints. Un homme, dit-elle, qui fut le restaurateur de la discipline monastique, presque entièrement ruinée dans l'Occident. Et par où la rétablit-il? Par l'institution de sa règle; de cette règle qui a sanctifié des millions d'âmes, et opéré des effets de grâce que nous ne pouvons assez admirer.

Or, pour expliquer mon dessein , entre les qualités nécessaires à un législateur, il y en a trois principales , la sagesse , l'autorité et le succès : la sagesse pour disposer la loi , l'autorité pour la faire observer , et le succès pour la répandre et lui soumettre un grand nombre de sectateurs. Le législateur doit avoir des lumières et de la prudence , parce qu'il doit ordonner ; il doit avoir de l'autorité et de la force , parce qu'il doit obliger, et il doit avoir du bonheur dans ses entreprises , parce qu'il doit engager les hommes à recevoir sa loi et à l'agréer. C'est sur ce plan,

■ Oa a cru ne devoir pas omctlre ici l'essai d'un panégyrique de saint Benoît, que le Pèr» Bourduloue avait tracé pour une célèbre comnuiDaulé de religi«us«« béuédictinet , et qui Ml trouviiit pl^cë à U fin du secoad volume dei Pmié*^,

Mesdames , que j'ai formé le panégyrique de votre glorieux patriarche. De tous les instituteurs que la Providence a choisis pour l'établissement des ordres religieux , nul ne fit paraître plus de sagesse dans les mesures qu'il prit pour bien disposer sa règle , et pour attirer sur lui Fesprit de Dieu ; premier point. Nul ne témoigna plus de zèle , et n'eut plus d'autorité pour maintenir sa règle et pour la faire pratiquer; second point. Enfin , Dieu ne donne à nul autre plus de succès pour la propagation de sa règle et pour la perpétuer; troisième point. Dans ces trois points, qui partageront ce discours, vous trouverez de quoi vous instruire et de quoi vous édifier, si vous voulez m'honorer de votre attention.

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