‹ Œuvres complètes de Bourdaloue de la Compagnie de Jésus. -- (volume 3)Chapitre 90 sur 139 · EXHORTATION POUR UNE COMMUNAUTÉ DE CARMÉLITES · texte numérisé non relu

EXHORTATION POUR UNE COMMUNAUTÉ DE CARMÉLITES

Et ipse pracedet in spiritu et viriute Eliœ, parare Domino plebem perfectam.

U viendra avec l'esprit «t la vertu d'Élie, pour former au Seigneur un peuple parfait. Saint Luc, ch. 1.

C'est une question parmi les interprètes, quel est ce double esprit qu'Elisée demanda avec tant d'instance à Élie lorsqu'il le vit sur le point de son ravissement, et qu'il lui dit ces dernières paroles : Obsecro, ut fiât in me duplex spiritus tuus *. Dans la pensée du docteur angélique saint Thomas , ce double esprit ne fut autre chose que le don de prophétie et celui des miracles ; mais outre qu'Elisée possédait déjà l'un et l'autre , 11 y a quelque peine à se persuader qu'un homme aussi éclairé que ce prophète , pouvant obtenir toute autre grâce en conséquence de la promesse que lui avait faite Élie, Postula quod vis, ut faciam tibi^, se fût borné à demander des grâces stériles , et qui , par elle-mémes , ne contribuent en rien à la sainteté. C'est donc à l'explication de saint Paulin que je m'en tiens , et c'est de ses Épitres que je la tire. Il parle de la forme de vie qu'observaient les anciens prophètes ; et insistant sur Élie , leur patriarche et leur maître : C'était, dit-il, un ange sur la terre, et il n'avait de commerce avec les hommes que pour leur porter les ordres de Dieu. Il demeurait sur le Carmel , dégagé de tous les soins du monde, et là se repaissait de la rosée du ciel , qui lui faisait sans cesse goûter une douce et fréquente méditation des choses divines. Afin que son corps ne pût arrêter le vol de son esprit , il l'exerçait par une continuelle pénitence , le traitant comme un esclave , le domptant comme un ennemi , le châtiant comme un criminel. Qu'était-ce que sa nourriture? le jeûne; qu'était-ce que son repos? les veilles et le travail; qu'était-ce que son vêtement? un rude cilice. D'où ce Père conclut que le double esprit d'Élie fut donc , par rapport au corps , l'esprit de mortification , et par rapport à l'âme , l'esprit d'oraison et de contemplation. C'est de l'un et de l'autre que le divin précurseur Jean-Baptiste fut rempli dès qu'il parut sur la terre , et c'est pour cela que l'Évangile nous Fa représenté comme un second ÉHe : Et ipse prœcedet in spiritu etvirtute Elïœ. Éloge magnifique dans le peu de paroles qu'il contient : mais pour l'appHquer, tout grand qu'il est, à l'illustre Thérèse, je n'ai, mes très-chères Sœurs, qu'à vous mettre devant les yeux, en quelques traits, son histoire, et qu'à vous faire suivre l'ordre de sa vie. Qu'y trouverons-nous autre chose qu'une mort perpétuelle des sens par l'austérité la plus rigoureuse , et que de sublimes élévations de l'âme par toutes les ferveurs et toutes les extases de la prière? Ce fat avec ces ailes mystérieuses qu'elle s'éleva au-dessus d'elle-même , et qu'elle alla se reposer dans le sein de son bien-aimé. En deux mots,

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double caractère de sa sainteté : un corps sacrifié comme une hostie vivante par la mortification , et une âme transformée en Dieu par Toraison. Voilà tout le partage et tout le fond de cette exhortation ; voilà ce qui vérifie les paroles de mon texte et l'application que j'en fais, savoir, que Thérèse fut dans ces derniers siècles Théritière, et, pour ainsi dire, la dépositaire de tout l'esprit d'Élie : In spiritu et virtute Eliœ. Mais à cela j'ajoute que c'est par ce même esprit qu'elle a fait dans l'ordre du Carmel cette fameuse réforme dont l'Église a reçu et reçoit encore de nos jours tant d'édification : Parare Domino plebem perfectam. Car, commençant par sa propre personne qui devait servir de modèle , elle a réformé le corps par l'austérité de vie qu'elle a pratiquée avec une constance héroïque ; et elle a perfectionné l'esprit par l'usage de l'oraison , où elle s'est exercée avec de si merveilleux progrès. Dans ces deux points je vous proposerai de grands exemples à imiter ; et c'est de quoi j'ai cru devoir vous entretenir aux approches de cette fête que vous allez célébrer en l'honneur de votre glorieuse mère. Le sujet vous intéressera , et mérite toute votre attention.

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