LE VINGT- UNIÈME DIMANCHE APRÈS LA PENTECOTE
Sujet. Alors son maître le fit appeler, et lui dit : Méchant serviteur, je vous ai remis tout ce que vous me deviez, parce que vous m'en avez prié : ne fallait-il donc pas avoir pitié de votre compagnon, comme j'ai eu pitié de vous? Sur cela le maître indigné le livra aux exécuteurs de la justice.
N'attendons pas un traitement moins rigoureux de la part de Dieu , si nous ne pardonnons pas les injures que nous prétendons avoir reçues.
Division. Dieu a droit de nous ordonner en faveur du prochain le pardon des injures que nous en avons reçues, première partie. Si nous refusons au prochain ce pardon, nous donnons à Dieu un droit particulier de ne nous pardonner jamais à nous-mêmes , deuxième partie.
Première partie. Dieu a droit de nous ordonner en faveur du prochain le pardon des injures que nous en avons reçues , et il l'exige en effet de nous comme maître, comme père, comme modèle, comme juge.
1. Comme maître. Il y a un précepte du pardon des injures, précepte fondé
sur les plus solides raisons : mais sans aulres raisons, l'autorité seule de Dieu nous doit suffire , et voilà d'abord la réponse la plus courte et la plus décisive pour renverser tous nos prétextes. Dieu le veut, c'est assez,
2. Comme père et bienfaiteur. Cet homme ne mérite pas que vous lui pardonniez ; mais Dieu, qui vous le demande, le mérite pour lui, après vous avoir comblé de ses grâces. Ce n'est pas à celui-ci ou à celui-là que vous accorderez ce pardon , mais à Dieu , qui veut bien se mettre en leur place. Quel avantage pour vous de pouvoir donner à votre Dieu ce témoignage de votre reconnaissance et de votre amour !
5. Comme modèle. Que ne pardonne-t-il point dans tout le monde à tant de pécheurs , et que ne vous a-t-il point pardonné à vous en particulier? ne peut-il donc pas bien vous dire : Omne debitum dimisi tibi, nonne oportuit et te miser eri. J'ai pardonné, et je vous ai pardonné ; pourquoi ne pardonnez-vous pas comme moi?
4. Comme juge. Peut-être doutez-vous que Dieu vous ait pardonné jusques à présent. Eh bien! voici le moyen d'obtenir dans la suite le pardon de toutes vos fautes, et celte rémission dont vous ne pouvez être encore certain, Dieu, en qualité de juge, vous dit : Pardonnez, et je vous pardonnerai moi-même: Ùimitte et dimittemini. Celte parole est précise et formelle.
Deuxième partie. Si nous refusons au prochain le pardon que Dieu nous ordonne et qu'il exige indispensablement de nous , nous donnons à Dieu un droit particulier de ne nous pardonner jamais à nous-mêmes. Car alors nous nous rendons singulièrement coupables , et coupables en quatre manières : envers Dieu , envers Jésus-Christ Fils de Dieu , envers le prochain substitué en la place de Dieu , et envers nous-mêmes.
1. Coupables envers Dieu. Nous violons un de ses préceptes les plus essentiels. Or comment pouvons-nous espérer alors qu'il se laisse fléchir en notre faveur? Point de miséricorde à celui qui n'a pas fait miséricorde.
2. Coupables envers Jésus-Christ Fils de Dieu. Nous le renonçons en quelque manière dès que nous renonçons au caractère le plus distinctif du christianisme, qui est le pardon des injures et l'amour des ennemis. Or par là n'obligeons-nous pas ce Dieu sauveur à se tourner contre nous et à nous renoncer ; et si Jésus- Christ, notre médiateur, nous renonce, à qui aurons-nous recours?
3. Coupables envers le prochain substitué en la place de Dieu. Nous lui refusons ce qui lui est dû , en conséquence du transport que Dieu lui a fait de ses justes prétentions contre nous. Car Dieu lui a en effet transmis ; tous ses droits.
4-. Coupables envers nous-mêmes. Nous nous démenions nous-mêmes et la prière que nous faisons tous les jours à Dieu , en lui disant : Pardonnez-nous nos offenses, comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensé. Ainsi nous prononçons contre nous-mêmes, par cette prière, notre propre condamnation. Dieu nous répond alors : C'est par vous-mêmes que je vous juge. Parce que vous n'avez pas pardonné , ne comptez point que je vous pardonne. Méditons bien ce funeste arrêt , et prenons sur cela noire parti.