‹ Œuvres complètes de Bourdaloue de la Compagnie de Jésus. -- (volume 4)Chapitre 47 sur 114 · SERMON POUR LE LUNDI DE PAQUES · texte numérisé non relu

SERMON POUR LE LUNDI DE PAQUES

El factaw est, dùm fubularentur et secum quœrerent, etipse Jcsus appi opinquans , ibal cum Mis; oculi autem illorum tenebanlur ne eum agnoscerent.

Tandis qu'ils s'entretenaient et qu'ils raisonnaient ensemble, Jésus se joignit à eux, el marcha avec eux; mais ils avaient un voile sur les yeux pour ne le pas connaître. Saint Luc, eh. '24.

Quand je considère , Chrétiens , la disposition où se trouvaient ces deux disciples dont nous parle notre évangile , il me semble que le Sauveur du

monde eut deux grandes maladies à guérir dans leurs personnes , et qu'il fut nécessaire qu'il employât pour cela les remèdes les plus puissants , et toute la force de sa grâce. Car premièrement, ils n'avaient pas la foi qu'ils devaient avoir en lui, et de plus, quoiqu'ils eussent été jusqu'alors à\\ nombre de ses disciples, ils commençaient à se détacher de lui. Ils étaient incrédules, eUils étaient froids et languissants : ils ne croyaient pas de lui ce qu'ils devaient croire, et ils n'aimaient pas dans lui ce qu'ils devaient aimer. Ils ne croyaient pas de lui ce qu'ils devaient croire ; car il était Dieu, et ils n'en parlaient que comme d'un homme, abaissant leur foi à des idées communes et populaires, traitant Jésus-Christ de prophète, avouant qu'il avait été puissant en œuvres et en paroles, mais ne lui donnant rien de plus , et n'y reconnaissant que ce que les Juifs grossiers et charnels y avaient eux-mêmes reconnu : De Jesu Nazareno qui fuit vir propheta *. Voilà leur incrédulité. Ils étaient froids et languissants dans son amour : car c'est pour cela qu'ils sortaient de Jérusalem, n'osant pas se déclarer ses disciples , abandonnant son parti et ses intérêts , n'espérant plus en lui, et n'attendant plus de lui cette rédemption d'Israël sur laquelle ils avaient compté : Nos autem sperabamus , quia ipse esset redempturus Israël2. Tout cela, Chrétiens, parce qu'ils n'étaient pas persuadés de sa résurrection : car le seul doute qu'ils avaient si Jésus- Christ était ressuscité, et s'il devait même ressusciter, corrompait leur foi et ralentissait leur zèle. Que fait donc Jésus-Christ ? Il les convainc par une expérience sensible qu'il est vraiment ressuscité , et dans cette apparition il éclaire leurs esprits et il embrase leurs cœurs. Il éclaire leurs esprits , en leur expliquant ce que Moïse et les prophètes ont dit de lui , et leur donnant de la vénération pour ce Christ et ce Messie qu'il leur propose comme un Dieu de gloire ; jusqu'à ce qu'enfin il leur ouvre tout à fait les yeux , en leur découvrant que c'est lui-même qui leur parle , et les obligeant de confesser qu'il est leur Dieu et leur Seigneur. Et il échauffe leurs cœurs, leur inspirant peu à peu par ses discours des sentiments d'amour pour sa personne; d'où vient qu'ils se disaient l'un à l'autre : N'est-il pas vrai que notre cœur était tout enflammé et tout ardent lorsqu'il nous parlait dans le chemin , et qu'il nous expliquait les Écritures ? Voilà, mes chers auditeurs, le sujet de l'instruction que j'ai à vous faire. Ce qu'étaient ces deux disciples d'Emmaùs à l'égard du Fils de Dieu , c'est ce que sont encore aujourd'hui je ne sais combien de chrétiens , lâches , infidèles , remplis de l'amour du monde , et que l'on peut dire avoir en quelque sorte renoncé à Jésus-Christ , quoiqu'ils fassent encore extérieurement profession d'être ses disciples. Ils en ont le caractère et le nom ; mais à peine ont-ils la foi , ou à peine sont-ils touchés d'aucun sentiment d'amour pour cet Homme-Dieu. Ils ne croient que faiblement, et ils n'aiment presque point du tout , parce que la vraie charité ne peut avoir d'autre fondement que celui de la foi.

Je veux donc dans ce discours travailler à relever ce fondement , et à corriger ces deux désordres, dont le premier est notre infidélité; et le se-

• Lhc, 2ï. — > Ibicl.

cond , notre insensibilité. Je prétends que Jésus-Christ ressuscité doit parfaitement établir et dans nos esprits la foi de sa divinité, et dans nos cœurs l'amour de sa sainte humanité. Je m'explique. Qu'est-ce que Jésus-Christ? Un composé de deux natures , l'une divine , l'autre humaine. La divinité demande surtout notre foi , et l'humanité notre amour. Car, dit saint Jean, c'est la foi de la divinité de Jésus- Christ qui nous sanctifie , et c'est l'humanité de Jésus-Christ qui nous a sauvés. Or, pour avoir cette foi divine et ce saint amour, nous n'avons qu'à nous attacher au mystère de la résurrection. Dans ce mystère nous apprenons à connaître Jésus- Christ et à l'aimer; à le connaître comme Dieu, et à l'aimer comme Dieu- Homme et Sauveur. Résurrection de Jésus-Christ , motif puissant pour croire sa divinité; c'est la première partie : résurrection de Jésus-Christ , engagement indispensable à aimer sa sainte humanité ; c'est la seconde : et voilà tout le sujet de votre attention.

(La première partie de ce sermon est la même que celle du sermon

précédent.)

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