‹ Œuvres complètes de Bourdaloue de la Compagnie de Jésus. -- (volume 4)Chapitre 89 sur 114 · L OUVERTURE DU JUBILE · texte numérisé non relu

L OUVERTURE DU JUBILE

En troisième lieu , jeûner, si la bulle l'ordonne , et quand elle ne l'ordonnerait pas , jeûner pour être plus en disposition de fléchir Dieu. Qui sait , disait le prophète , exhortant le peuple de Dieu à l'abstinence et au jeûne, qui sait si le Seigneur ne se tournera pas vers vous, et si, touché de vos jeûnes, il ne vous pardonnera pas?

En quatrième lieu , visiter les églises assignées , pour honorer les martyrs dont les reliques y sont en dépôt. Ces glorieux martyrs ont satisfait à Dieu , et le surplus de leurs satisfactions , qui ne leur a pas été nécessaire pour eux-mêmes , fait encore une partie du trésor qui nous est appliqué par le Jubilé.

En cinquième lieu, prier avec toute l'Église , et conformément aux intentions du vicaire de Jésus-Christ. L'union des fidèles avec leur chef est un des plus efficaces et des plus excellents moyens pour obtenir de Dieu miséricorde.

Enfin , conclure par la communion , en vertu de laquelle Jésus-Christ lui-même vient dans nous , demeure en nous , demande grâce pour nous. Quel sujet n'avons-nous pas de l'espérer, aidé d'un si puissant intercesseur ?

Ah ! Chrétiens , admirons la bonté de notre Dieu , qui veut bien , à de telles conditions , se relâcher de tous ses droits ; et reconnaissons qu'il n'appartient qu'au Père des miséricordes d'en user de la sorte envers des criminels qu'il pourrait abandonner à toute la rigueur de sa justice. Non , il n'appartient qu'à lui : les hommes , pour de légères offenses , exigent les plus rigoureuses et les plus longues satisfactions ; et le monde même y est tellement accoutumé, qu'on ne s'en étonne point, qu'on se soumet sans hésiter à toutes les réparations que peut demander un maître dont on a encouru la disgrâce, qu'on s'estime encore heureux de s'insinuer tout de nouveau, de se rapprocher, et de rentrer en faveur auprès de lui. Combien y a-t-il pour cela de temps à attendre? combien y a-t-il d'intrigues à former, et d'intercesseurs à employer? et toutefois , de quoi souvent s'agit-il , et quelle est cette faute qui coûte tant de repentirs et de peines ? peut-être une parole indiscrète et peu respectueuse ; peut-être un service mal rendu , et une négligence. Voilà, pécheurs, par une utile comparaison , ce qui vous doit faire goûter votre bonheur, d'avoir à traiter maintenant avec un Dieu qui vous remet tout , et qui demande si peu pour une abolition si parfaite. Tel m'écoute , qui, depuis des dix et des vingt années, a vécu dans le crime ; c'est un libertin qui , par état et par profession , s'est porté à toutes les impiétés ; c'est un voluptueux qui , dominé par la plus honteuse passion , a vieilli dans la débauche : quel comble de dettes , et que fera-t-il pour les acquitter? À tout autre tribunal que celui de Dieu , il n'y aurait plus d'espérance , plus de retour, plus de rémission ; mais au tribunal de la. divine miséricorde, il peut, s'il le veut , se décharger du fardeau , et de tout le fardeau qui l'accable. Oui , mon cher auditeur, eussiez-vous été jusqu'à présent l'homme le plus abandonné à vos passions , et le nombre de vos péchés , pour me servir de cette figure du prophète , passât-il le nombre des cheveux de votre tête , ou celui des grains de sable

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qu'étale la mer sur ses rivages, il ne s'agit maintenant, pour en être quitte devant Dieu , et vraiment quitte, et pleinement quitte , et irrévocablement quitte , il n'est , dis-je , question , supposé le repentir sincère de votre cœur , que de quelques jours consacrés au jeûne , que de quelques heures employées à la prière , que de quelques œuvres de la charité et de la piété chrétienne. Êtes-vous assez ennemi de vous-même pour perdre volontairement la plus grande de toutes les grâces , lorsqu'elle vous est si libéralement accordée , lorsqu'elle vous est plutôt donnée que vendue , lorsque vous avez tant à craindre qu'elle ne vous soit enlevée pour jamais , et que , n'ayant pas été pour vous , par votre endurcissement , une grâce de rémission , elle ne devienne contre vous un titre de condamnation ? Êtes-vous , ou assez peu instruit , ou assez peu touché du malheur d'un homme livré à la justice divine et à ses redoutables châtiments , pour ne travailler pas à les prévenir et à vous en préserver ? Mais saint Paul, saisi lui-même de frayeur, tout apôtre qu'il était, ne vous dit-il pas que c'est une chose terrible que de tomber dans les mains du Dieu vivant : Horr endura est incidere in manus Dei viventis l. Achevons , et pour dernière instruction voyons ce que doit opérer dans nous l'indulgence du Jubilé , et quels fruits nous en devons retirer : c'est la troisième partie.

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