SERMON POUR LE NEUVIÈME DIMANCHE APRÈS LA PENTECOTE
Cùm appropinquaret Jésus Jérusalem , videns civitatem flevit super illam , dicensi Quia si cognovisses et lu , et quidem in hâc die tua, quœ ad paccm tibi!
Lorsque Jésus fut proche de Jérusalem , voyant cette ville, il versa des larmes de compassion pour elle , et il dit : O si du moins en ce jour, qui est pour toi , tu avois connu ce qui pouvoit te donner la paix! Saint Luc, chap. xix.
Ce jour où le Fils de Dieu, accompagné de ses disciples, entra dans Jérusalem avec tant de solennité et au milieu des acclamations publiques; ce jour de la visite du Seigneur, c'étoit, mes Frères, selon l'expression de Jésus-Christ même, le jour de cette ville incrédule, parceque c'étoit en ce jour de grâce que le Sauveur des hommes venoit répandre sur elle un nouveau rayon de sa lumière, et faire un dernier effort pour l'éclairer et la convertir. Il prévoyoit de quels malheurs l'infidélité de ce peuple seroit suivie, le profond aveuglement où il tomberoit, les désolantes extrémités où l'ennemi le réduiroit, le ravage affreux qui le ruineroit de fond en comble et le détruiroit, la haine de toutes les nations qu'il encourroit. Tristes, mais immanquables effets de son opiniâtre résistance à la voix du ciel et aux pressantes recherches delà divine miséricorde. Voilà, dis-je, ce qu'il avoit en vue, ce rédempteur d'Israël , et ce qu'il eût voulu prévenir en amollissant la dureté de ces cœurs jusque là toujours rebelles, et les touchant par sa présence. Belle figure, Chrétiens, de la conduite de Dieu à l'égard de tant de pécheurs : car le pécheur, tout pécheur qu'il est, a néanmoins encore, aussi bien que Jérusalem, dans l'état même de son péché, des jours de salut, où Dieu le prévient, où Dieu lui parle, où il le rappelle. Il voudroit, ce pasteur si vigilant et si compatissant, sauver cette brebis égarée qui va se précipiter dans l'abîme ; il voudroit fléchir cette ame endurcie, et la ramener dans ses voies pour la préserver de ses vengeances. C'est pour cela qu'il s'adresse à elle, qu'il la poursuit et qu'il la sollicite : comment? non pas toujours d'une manière sensible, ni par la voie de ses ministres, mais secrètement et par lui-même; je veux dire par certaines réflexions qu'il lui inspire et qui la frappent, par certains reproches intérieurs qui la piquent et qui la troublent. Ah ! mon cher auditeur, que ne connoissez-vous alors le don de Dieu, et que ne profitez-vous de ce trouble salutaire qui n'a point d'autre fin que de vous conduire à la paix ! Si cognovisses et tu , et quidem in kâc die tua, quœ ad pacem tibi ! Il est donc d'une conséquence infinie de vous faire voir tout le fruit que vous en pouvez tirer, et de vous exhorter fortement à ne le pas perdre. C'est aussi ce que je me propose dans ce discours, où je viens vous entretenir des remords de la conscience , après que nom aurons invoqué le Saint-Esprit , qui en est le principe , et que
SUR LES REMORDS DE LA CONSCIENCE. o85
nous aurons fait à Marie la prière ordinaire, en la saluant avec les paroles de l'ange : Ave.
Intimider le pécheur par d'effrayantes menaces, et lui donner après son péché de continuelles alarmes; lui retracer sans cesse {'image de son désordre, et lui en représenter toute la difformité; ne lui accorder aucun repos, et sans relâche l'inquiéter, l'agiter, le tourmenter, n'est-ce pas là , Chrétiens, selon les apparences, le traiter en ennemi et le vouloir perdre? Mais, par une règle toute contraire, je prétends, moi, et je vais vous en convaincre, que Dieu, quoique offensé et irrité, ne peut donner à l'homme criminel un plus solide témoignage de son amour qu'en excitant au fond de son cœur ces remords secrets ;d*où je veux en même temps conclure que l'homme aussi de sa part ne se rend jamais plus coupable ni plus malheureux que lorsqu'il résiste à Dieu dans cette sainte guerre que Dieu lui fait, et qu'il ne se laisse pas vaincre par l'infinie bonté du maître qui ne le blesse que pour le guérir, et qui ne l'abat que pour le relever. En deux mots, mes chers auditeurs, voici tout mon dessein : je dis que le remords du péché est une des grâces de Dieu les plus efficaces et les plus précieuses; et j'infère de là que de ne pas écouter ce remords et de ne le pas suivre, c'est dans l'homme pécheur un des plus grands désordres, et un des plus justes sujets de sa réprobation. Jamais Dieu n'agît plus favorablement à l'égard du pécheur que lorsqu'il le presse par les reproches de sa conscience; et jamais le pécheur n'outrage plus sensiblement Dieu que lorsqu'il ferme l'oreille à ces reproches, et qu'il refuse de les entendre. La miséricorde de Dieu , en nous accordant cette grâce qui fait le remords du péché, ce sera la première partie; la malice et le malheur de l'homme qui s'obstine contre cette grâce pour persévérer dans le péché, ce sera la seconde partie: deux points qui demandent toute votre attention. Si dans cet auditoire, comme je n'ai que trop lieu de le penser, il y a de ces pécheurs actuellement combattus par leur propre conscience, et combattant eux-mêmes contre elle , c'est à eux aujourd'hui que je parle ; et , par tout l'imérêt que je prends et qu'ils doivent prendre encore plus que moi au salut de leur ame, je les conjure de s'appliquer à une matière qui les regarde spécialement, et à laquelle il a plu peut-être à Dieu d'attacher leur conversion et leur bonheur éternel.