DEUXIÈME PARTIE
Pour bien connoître la malice et tout ensemble le malheur de l'homme qui s'obstine contre le remords de sa conscience , il n'y a point de plus juste méthode à suivre que de reprendre toutes les qualités de la grâce dont je viens de développer les avantages, et que de leur opposer les divers degrés de résistance qui se rencontrent dans l'obstination du pécheur. Ceci m^offre une nouvelle et ample matière, mais que j'aurai soin d'abréger. Écoutez comment je raisonne.
Quand je suis dans l'état du péché, le reproche que m'en fait ma conscience est une grâce. Donc je résiste à la grâce si je néglige ce reproche, et que je tâche même à l'étouffer dans mon cœur. Ce n'est point un mouvement naturel que je supprime, c'est une inspiration qui vient d'en haut, et que je rends inutile à mon salut. Le Saint-Esprit est l'auteur de cette grâce, et c'est lui qui me reprend de mon péché. D'où il s'ensuit qu'en résistant à cette grâce, c'est au Saint- Esprit que je résiste, et qu'alors je suis de ces cœurs incirconcis à qui parloit saint Etienne, quand il disoit aux Juifs : Dura cervice et incircumeisis cordibus, vos semper Spiritui sancto resistitis (Act., 7): Esprits*rebelles, cœurs durs et inflexibles, vous ne cessez point de résister à l'Esprit de Dieu. Comment lui résistoient-ils? demande saint Chrysostome. En refusant d'entendre le remords de leur conscience, qui leur reprochoit de n'avoir pas reçu Jésus-Christ comme leur Messie. Vous l'avez livré à la mort; et non contents de cela, au lieu de reconnoître l'horreur de ce déicide, qui se présente tout entière aux yeux de votre ame pour l'engager à un saint repentir , vous persistez dans votre crime. Voilà pourquoi je dis que vous êtes des cœurs indomptables, et que vous vous endurcissez contre l'esprit de votre Dieu : Vos semper Spiritui sancto resistitis. Or n'est-ce pas justement ce que fait un pécheur dans le feu et l'emportement de la passion qui le possède ? La conscience lui dit : Cela t'est défendu ; c'est une injustice, c'est une vengeance , c'est une perfidie, c'est un attentat contre la loi de ton Dieu ; mais, il n'importe, répond-il; je me satisferai, et rien là-dessus ne sera capable de m' arrêter. Concevez-vous une résistance plus formelle, et un mépris plus exprès et plus outrageant ? Vos semper Spiritui sancto resistitis.
Le mal va plus loin, et que les suites en sont terribles ! car, puisque le remords de la conscience est la première grâce du salut, et le premier moyen de conversion pour un pécheur , que fait-il encore en y résistant? il tarit pour lui toutes les sources de la divine miséricorde , et si j'ose m' exprimer ainsi, il met Dieu dans une espèce d'impuissance de le sauver. En effet, que pouvez-vous après cela , mon cher audi- B. 2. 38
teur, attendre de Dieu pour vous retirer de la voie de perdition où vous demeurez malgré lui? Comptez-vous qu'il vous donnera d'autres grâces? mais il ne le peut, selon les règles ordinaires de sa providence : et pourquoi ? pareeque, dans le conseil de celte providence éternelle, il est arrêté que le remords du péché précédera toutes les grâces, ou que ce sera l'entrée à toutes les autres grâces. Vous flattez-vous que, par une conduite toute particulière , Dieu changera en votre faveur l'ordre de votre prédestination ? Mais il ne le veut pas ; et il prétend avec raison que ce changement n'étant point nécessaire, c'est à vous de vous conformer à ses lois, et non point à lui de recevoir les vôtres. Par conséquent, perdre cette grâce du remords, c'est manquer l'occasion favorable du retour, c'est ruiner le fondement de votre justification , c'est couper la racine de tous les fruits de pénitence que vous auriez été en état de produire. Quand Holoferne voulut se rendre maître de Béthulie qu'il assiégeoit, ce ne fut point par la force des armes qu'il la réduisit aux dernières extrémités, mais en détournant le cours des eaux qui y couloient. Or voilà comment vous en usez contre vous-mêmes, et voilà ce qui damne communément les libertins du siècle. S'ils étoient attentifs aux avertissements de leur conscience, s'ils se servoient utilement de ce secours ordinaire et de cette première grâce, Dieu entreroit par-là ; il iroit bientôt plus avant, il feroit naître dans leur cœur un dégoût secret du vice et l'amour de la vertu, il se communiqueroit à eux en mille manières. Mais tandis qu'ils le laissent frapper à la porte sans lui ouvrir, et qu'ils lui ferment toutes les voies en lui fermant celle de ces remords intérieurs par où il pourroit s'insinuer , quel accès lui reste-t-il , et n'est-il pas naturel qu'il les abandonne à eux-mêmes? Voilà, dis-je, ce qui les entretient jusqu'au dernier soupir de leur vie dans un desordre continuel, et ce qui les conduit presque immanquablement à l'impénitence finale.
Et quel désordre, en effet, Chrétiens, de commettre le péché et de se charger devant Dieu de tout ce qu'il y a de plus abominable et de plus odieux dans le péché, sans tirtr nul avantage du seul bien que le péché puisse produire, qui est le remords de la conscience ! Je vous ai dit que ce remords étoit une grâce toute miraculeuse, en ce qu'elle naît du péché même ; mais n'est-il pas vrai que plus elle est miraculeuse dans sa naissance, plus nous sommes condamnables dans la résistance que nous y apportons? Dieu fait pour vous, mon cher auditeur, un miracle de sa miséricorde, en vous faisant trouver dans votre péché la grâce qui doit le détruire , et qui peut réparer tout le dommage qu'il vous a causé. Mais vous, par une espèce de miracle tout contraire, je dis par un miracle de malice, par un miracle d'infidélité et d'opiniâtreté , vous rendez cette grâce infructueuse , et vous en arrêtez toute la vertu ; comme si vous aviez entrepris de combattre contre la toute-puissance de Dieu, et que, par la malignité de votre
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cœur, vous voulussiez surpasser l'excès de son amour et tome sa bonté.
De là, qu'est-ce que je conclus? C'est que rien, ainsi que je vous l'ai fait entendre, n'étant plus cligne de la majesté de Dieu , ni plus conforme à sa grandeur souveraine , que la grâce dont je parle, rien aussi ne lui doit être plus injurieux que les révoltes d'une vile créature qui la rejette, qui s'élève contre elle, et emploie tous ses efforts à la repousser; car plus Dieu agit en Dieu, plus suis-je coupable de ne me pas soumetire, et de ne lui pas obéir. Or par les remords de ma conscience Dieu me traite parfaitement en maître, puisqu'il m'humilie, qu'il me trouble, qu'il m'épouvante, qu'il se venge de moi, qu'il me fait voir ce que je suis, et sentir toute mon indignité. Mais moi , en méprisant ces remords, j'agis parfaitement en sujet rebelle. Je ne veux pas seulement prêter l'oreille aux remontrances de mon Dieu , je trouve mauvais qu'il me reprenne, je ne tiens nul compte de ses menaces: sans me mettre en peine si je suis pécheur ou non, si je lui plais ou si je lui déplais, si je mérite ses châtiments ou ses récompenses, j'écarte de mon esprit toutes ces pensées , et je n'en ai point d'autre que de me contenter. Telle est l'audace du pécheur; et contre qui ? contre l'auteur même de son être et le suprême arbitre de son sort éternel.
Ce n'est pas là néanmoins que se termine toute sa malice, et voici ce qui l'augmente. Le remords du péché est de toutes les grâces la plus constante et la plus durable ; donc une pleine résistance à ce remords suppose la malice la plus invétérée et la plus insurmontable. Un des hérétiques de ces derniers siècles se glorifioit, après bien des assauts qu'il avoit eu à soutenir, d'être enfin venu à bout de sa conscience, et de s'être tellement affermi contre elle, qu'il s'étoit délivré de ces reproches intérieurs qui le fatiguoient. Illedisoit, et c'étoit plutôt une vanité diabolique qu'une vérité. Que dis-je, une vanité diabolique ! n'étoit-ce pas quelque chose de plus? car jusque dans l'enfer les démons sont perpétuellement et impitoyablement bourrelés des remords de leur conscience; et si ce n'est pas pour eux une grâce, n'est-ce pas un de leurs plus cruels supplices? Le Sauveur du monde nous l'a luimême appris, lorsqu'il nous a dit que le ver qui les ronge ne meurt point, comme le feu qui les brûle ne s'éteindra jamais : Veymis eorum non moritur, etignis eorum non extinguitur (Marc, 9) : au lieu que Luther, cet ennemi de l'Église le plus emporté et le moins traitabie , prétendoit avoir secoué le joug, et s'être mis au-dessus de cette censure importune. Que la chose fût ainsi ou ne fût pas, ce n'est point ce que j'examine; mais de là je vous laisse à juger par quels efforts de malice et par combien de résistance il s'étoit établi, ou il croyoit s'être établi dans cette damnable disposition. Vous me demandez si réellement un pécheur peut parvenir là. Je n'en sais rien, et j'ai delà peine à me le persuader. Mais si cela se peut, je dis que c'est le comble de
l'impiété ; mais si cela se fait, je dis que c'est l'abîme du péché dont parloit Salomon au livre de ses Proverbes ; et que le pécheur n'est jamais dans un état plus irrémédiable et plus perdu, que quand il vient à n'avoir plus que du mépris pour tout ce qui concerne la conscience et pour Dieu même : Impius ciim in profundum peccatorum venerit, contemnit (Prov.9 18). Encore une fois, je ne décide point si cela se peut, ni si cela se fait : mais, quoi qu'il en soit, je prétends que cela ne se peut faire qu'en déclarant à Dieu une guerre éternelle; qu'en disant à Dieu : Vous êtes résolu de m'attaquer partout, et moi partout je vous résisterai ; vous êtes déterminé à ne me point accorder de relâche, et moi je ne cesserai point de me défendre; vous me presserez vivement, et moi je ferai si bien qu'à force de tenir contre vous, jç réussirai à vous éloigner absolument de mon cœur, dont vous voulez prendre possession. On le dit, Chrétiens, non pas expressément ni en paroles ; car on frémiroit en le prononçant, et l'on auroit horreur de soi-même : mais on le dit en pratique ; on agit selon ces détestables principes. Ce ne peut être là sans doute que l'état des âmes vendues au péché, et pour qui il ne paroît plus qu'il y ait de ressource.
Ce qui doit npus en convaincre, c'est ce que j'ai marqué pour sixième caractère de la grâce attachée au remords de la conscience. Grâce universelle, et la plus commune dans toutes les conditions et tous les états. Sur quoi je fois cette réflexion ; elle est solide : Eh ! mon cher Frère, vous renoncez volontairement à la grâce la plus commune, à la grâce la plus étendue , à une grâce qui n'est pas même refusée au plus méchant homme et au plus impie ; vous vous privez de cette dernière espérance: que vous restera-t-il donc, et n'êtes-vous pas comme dans un enfer? Car un des plus grands malheurs du réprouvé dans l'enfer, ce n'est pas d'être déchiré des remords de sa conscience, mais de ne pouvoir plus se servir de ces remords, de n'y trouver plus nul secours , de n'en avoir que le sentiment et que la peine. Or je conviens avec vous que vous pouvez encore utilement vous servir du remords qui vous pique , et qu'en cela votre situation est différente. Mais au fond et quanta l'effet, qu'importe que vous puissiez vous en servir, si vous ne vous en servez pas? qu'importe que vous en puissiez tirer quelque secours , si vous ne le tirez pas? qu'importe que ce soit une grâce pour vous , si vous n'en faites nul usage , et si vous n'en profitez pas?
D'autant plus criminel dans votre malice et dans votre aveugle résistance que cette grâce est entre toutes les autres la plus certaine pour un pécheur, et la moins exposée aux prestiges et aux artifices de l'esprit de mensonge. Saint Jean, dans sa première Épître, écrivoit à ses disciples : Mes chers enfants, si votre cœur ne vous reprend d'aucune chose, ayez une confiance entière : Charissimi, si cor nostrum non rcprelienderitnos, fiduciam liabemas (1. Joan., 5) ; mais, sans contredire la pensée de cet apôtre, je vous dis : Tenez-vous assurés du côté de
Dieu quand votre conscience vous fera des reproches, parceque c'est une preuve infaillible que Dieu pense à vous, et qu'il jette encore sur vous un regard de salut : Charissimi, si cor nostrum reprehendcrit nos, fiduciam habemus. Cesdeux propositions, toutes contradictoires qu'elles paroissent, ne se combattent point ; car le saint apôtre parloit de la confiance des Justes, qui suppose la grâce d'innocence ; et je parle de la grâce de pénitence, qui n'est jamais moins douteuse que lorsqu'elle commence dans une ame par le remords du péché. C'est donc pour vous, pécheur, le seul fonds sur lequel vous puissiez compter avec une pleine certitude. Mais pourquoi le dissipez-vous? pourquoi vous l'enlevez-vous à vous-même? et que ne vous souvenez-vous de la parole de saint Bernard, que comme ce remords est la plus sûre de toutes les grâces, aussi la résistance à ce remords est la plus prochaine disposition au désespoir ?
Affreux désespoir, que redoublera au jugement de Dieu cette même conscience dont vous aurez tant de fois éludé les poursuites salutaires ; cette conscience à qui vous aurez si souvent imposé un silence mortel, lorsqu'elle s'expliquoit contre votre gré, contre vos inclinations vicieuses, contre vos passions, mais pour vous ressusciter et vous rendre une vie toute divine ; cette conscience pour qui vous aurez conçu la même haine que témoigna le roi Achab contre le prophète Michée, parceque ce zélé ministre du Seigneur, usant de toute la liberté qui lui convenoit comme à l'homme de Dieu, annonçoit à ce prince des malheurs qui l'effray oient, mais dont la connoissance lui pou voit être si avantageuse pour les éviter, Odl eum; non enim prophetat milii honum, sed malum (1. Reg., 22 ); cette conscience dont le remords est dès à présent contre vous le témoignage le plus irréprochable et le plus convaincant ; mais qui, dans l'assemblée du monde entier, parlant plus haut que jamais, et produisant au jour ce remords qu'elle avoit jusque là tenu secret, en formera, à votre honte et pour votre ruine, la conviction la plus accablante. C'est saint Paul qui vous en avertit dans son Épître aux Romains, où, faisant la description du jugement dernier, il nous représente tous les hommes devant le tribunal de Jésus-Christ, lequel n'aura besoin contre eux ni d'autres témoins que leur conscience, ni d'aulres accusations que leurs propres remords : Testimonium reddente conscientia ipsorum, et cogitationibus invicem accus antibus aut eliam defendentibus (Rom., 2 ). Comme si Dieu devoit dire alors aux réprouvés : Jugez-vous vous-mêmes. Yoilà votre conscience qui vous accuse. C'est elle qui dépose contre vous, et je n'ai point pris d'ailleurs que d'elle-même les titres qui vous condamnent. Dès la vie, elle vous a fait cent fois reconnoître que vous étiez pécheurs, et dignes de mes plus sévères arrêts. Je voulois parlà vous rappeler de vos égarements. Mais c'étoit un aveu stérile et sans fruit qu'elle vous arrachoit. Elle vous l'arrache encore après la mort, non plus pour votre conversion, mais ponr votre éternelle ré-
probation. Le moyen que je vous sauve après que vous avez porté vous-mêmes votre sentence? C'est ainsi que Dieu leur fermera la bouche, et qu'en même temps il se justifiera. Car voilà, Seigneur, disoit le Prophète royal, voilà pourquoi vous faites paroître en témoignage la conscience des hommes ; voilà pourquoi vous leur faites avouer à eux-mêmes qu'ils ont péché, et qu'ils sont inexcusables dans leur péché : Tibi soli peccavi, et malam coram lefeci (Psal. 50 ). C'est, mon Dieu, afin de mettre votre justice à couvert de tout blâme; et que, quelque rigoureux que soient vos jugements contre le pécheur, il n'ait rien à vous opposer : Ut justificeris in sermonibus tuis, et vincas cùm judicaris (Psalm. 50).
La conclusion, mes Frères, c'est donc d'être fidèles à la grâce lorsque vous le pouvez encore, et de lui céder sans une plus longue résistance : j'entends toujours à cette grâce du remords de votre conscience, qui, par une dernière prérogative, n'est pas seulement la plus puissante pour convaincre l'esprit, mais une des plus fortes pour fléchir la volonté. Que dit Jésus-Christ à saint Paul, quand, sur le chemin de Damas, il fit briller à ses yeux cet éclair qui l'éblouit, et retentir à ses oreilles ce coup de tonnerre qui l'altéra? Durum est tibi contra stimulant calcitrare ( Act.,9 ). Saul, Saul, lui dit cet Homme-Dieu, où vas-iu, et de quelle commission as-tu voulu te charger, en te déclarant le persécuteur de mon Église ? C'est trop long-temps faire violence à ma grâce qui te recherche, et il est trop pénible pour toi de résister davantage à ses traits. Je vous adresse, mon cher auditeur, les mêmes paroles. 11 y a peut-être déjà tant d'années que Dieu vous invite à rentrer dans la sainte liberté de ses enfants, et qu'il veut vous faire sortir de l'esclavage où vous êtes malheureusement engagé. Vous avez un penchant au mal qui vous entraîne ; mais vous avez aussi un frein bien capable de vous retenir : c'est votre conscience. Votre cœur s'est laissé prendre à un objet corrupteur et périssable, et vos liens sont difficiles à rompre : mais combien de coups la conscience a-t-elle frappés pour cela ; et n'en seroit-elle pas venue à bout si vous l'aviez secondée ? Les sens et la chair vous dominent ; mais le remords qui vous perce l'ame vous apprend assez que les brutales voluptés des sens et de la chair ne vous satisferont jamais, et que vous y trouverez toujours plus d'amertume que de plaisir. Si vous voulez être de bonne foi, vous en conviendrez. Oui, vous conviendrez que depuis le moment fatal où votre passion vous a séduit, et où elle vous a soumis à son empire tyrannique, vous n'avez pas eu un jour tranquille ; que si à quelques temps elle vous a enivré de ses fausses douceurs, vous les avez ensuite payées bien cher, par les regrets qui les ont suivies, par la douleur que vous en avez conçue, par les reproches que vous vous êtes faits, par la crainte des vengeances divines qui vous a saisi, par tous les sentiments de votre foi qui se sont réveillés : vous conviendrez que ce combat domestique dont vous êtes le triste sujet, et
qui s'élève presque à toutes les heures entre la passion et la conscience; que cette incertitude où vous vivez, sans savoir à quoi vous résoudre, ni à quoi vous voulez renoncer, si c'est à votre conscience, si c'est à votre passion; que ces vicissitudes éternelles, ces tours et retours de votre cœur, se démentant mille fois lui-même et mille fois se contredisant, tantôt voulant l'un, tantôt choisissant l'autre, ne se déterminant ou du moins ne se tenant à rien de fixe, fuyant ce qu'il souhaite, cherchant ce qu'il déteste (car voilà où en sont tant de pécheurs; vous conviendrez, dis-je, que tout cela est l'état le plus désolant, et qu'il vous en coûteroit incomparablement moins de suivre enfin la voix de la conscience qui vous presse, et d'exécuter aux dépens de tout le reste la sainte résolution qu'elle vous inspire. Durum est tibi contra stimulum c a Icitr are. Encore si vous en étiez quitte pour la peine que vous ressentez ! mais ce qu'il y a de plus funeste et de plus à craindre, c'est que par la force de l'habitude, qui jette tous les jours dans votre ame de nouvelles et de plus profondes racines, la conscience ne vienne, non pas, si vous voulez, à ne point agir du tout, mais à n'agir plus que foiblement; de sorte que ces remords ne fassent plus qu'une légère impression, et qu'ils perdent presque toute leur vertu ; car, je l'ai dit et je le répète, c'est ce qui arrive, et ce que Dieu permet. Terrible punition dont il menaçoit autrefois son peuple par le prophète Ezéchiel. Nation infidèle, leur disoit le Seigneur, je te trouve toujours en défense contre moi, et toujours en garde contre ma grâce pour la repousser. Mais sais-tu ce que je ferai, et quel châtiment je te prépare? je ne t'enverrai point des afflictions temporelles, ni pertes de biens, ni maladies; je corrige ainsi mes prédestinés et mes amis, et tu ne mérites pas un traitement si salutaire : mais, dans le trésor de mes vengeances, j'en ai une plus conforme à ton indignité, et d'autant plus mortelle qu'elle sera plus selon tes désirs : c'est que je laisserai ma colère se reposer pour toi et dans toi : Requiescel indignatio meainte (Ezech., 16). Comment se reposera-t-elle? parcequ'eîle ne le reprochera plus rien, ou qu'elle ne le fera plus, ni avec la même assiduité, ni avec les mêmes instances. Quand elle tonnoit, qu'elle t'effrayoit, qu'elle teconsternoit, c'étoit une colère de pardon ; mais quand ellesemblera se calmer et t'épargner,cesera une colère de damnation. Ah ! Seigneur, nous sommes pécheurs, et comme pécheurs nous sommes dignes des plus rudes coups de votre justice; mais si vous avez à vous venger et à nous châtier, que ce ne soit point par ce silence plus à redouter pour nous que tous vos tonnerres, ni par ce repos plus dangereux que tous les troubles. La grande grâce que nous vous demandons, ô mon Dieu, c'est de ne nous faire point maintenant de grâce. Vous ne nous ménagerez jamais davantage en cette vie, que lorsque vous voudrez moins nous ménager. Remuez, Seigneur, remuez nos consciences, et ne souffrez pas qu'elles tombent dans un assoupissement dont elles ne reviendroient plus. Votre prophète vous supplioit
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de ne le point reprendre dans votre fureur, et de ne le punir point dans votre courroux. Cela est bon pour un autre monde que celui-ci, et nous vous faisons la même prière. Mais présentement les touches les plus pénétrantes et les plus sensibles, les plus vives répréhensions, seront pour nous les plus signalées faveurs. La nature en murmurera, elle en sera peinée, mortifiée, attristée; mais celte heureuse tristesse que l'Apôtre préféroit à tous les plaisirs du siècle, nous fera passer du péché à la pénitence, et de la pénitence à la joie du Seigneur et à la souveraine félicité, où nous conduise, etc.