‹ Œuvres complètes de Bourdaloue de la Compagnie de Jésus. -- (volume 5)Chapitre 119 sur 164 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

N'est-ce point un paradoxe dans notre religion, de dire que nous soyons obligés à respecter l'intérêt d' autrui, en môme temps que Dieu nous ordonne de sacrifier notre intérêt propre ; et que la charité nous fasse une loi d'avoir des égards pour tout ce qui touche le prochain , après nous avoir fait une autre loi de renoncer d'esprit et de cœur à ce qui nous touche nous-mêmes? Non, Chrétiens, ce n'est point une vérité douteuse , ni qui puisse être contestée : c'est un principe de morale généralement reconnu, et il ne faut pas même avoir recours au christianisme pour en être persuadé. Le monde lui-même en convient; et quoique cette obligation soit une de celles qu'il viole plus impunément et plus hautement dans la pratique , il ne laisse pas, en spéculation et en idée, de s'en faire un devoir et une vertu. En effet, remarque saint Chrysostome , tout homme à qui l'intérêt d'autrui est confié, par le seul motif de l'honneur se croit engagé à le ménager plus fidèlement que le sien ; et le reproche qu'on lui feroit d'avoir trahi cet intérêt lui seroit plus injurieux que s'il étoit accusé d'avoir négligé ses intérêts personnels. Or si le monde, dans le dérèglement et la corruption où l'amour-propre Fa réduit, a encore des sentiments si droits , quels doivent être les nôtres dans la profession que nous faisons d'être chrétiens? et à quoi ne devons-nous pas être préparés pour remplir en cette matière, comme en toute autre, la mesure de perfection que l'Évangile exige de nous ?

Il étoit juste, dit saint Ambroise (et cette réflexion est solide) , il étoit juste que Dieu établît cet ordre parmi les hommes , c'est-à-dire qu'il nous ordonnât d'avoir du zèle pour les intérêts de notre prochain , pendant qu'il nous oblige à un détachement sincère de tout intérêt propre : pourquoi? parcequ'il savoit, ajoute ce saint docteur, que, quelque détachés que nous fussions de nos propres intérêts, il ne nous resteroit toujours que trop d'attention et trop d'ardeur à les maintenir ; et qu'au contraire , quelque zèle que rous eussions pour les intérêts d'autrui, à peine en aurions-nous jamais autant que la loi exacte d'une entière justice le demanderoit. De là vient , poursuit le même Père , que parmi les préceptes de la charité exprimés dans le Décalogue, Dieu ne fit aucune mention de l'amour de nous-mêmes, quoique absolument un amour de nous-mêmes honnête et réglé soit un précepte non seulement indispensable , mais de droit naturel et de droit divin. Dieu dit à son peuple , par le législateur Moïse, Tu aimeras le Seigneur ton Dieu, voilà le premier commandement; auquel il joignit le second : Et ton prochain , que tu regarderas comme ton frère. Mais il en demeura là , et il n'ajouta point : Tu t'aimeras aussi toi-même de cet amour juste et légitime que la nature t'inspire. Car il

auroitété inutile, reprend saint Ambroise, que Dieu par une loi particulière eût pourvu à l'observation de ce devoir. Il étoit sûr que l'homme ne s'oublieroit pas ; et dans cette vue , bien loin de nous exciter à avoir de l'amour pour nous-mêmes, il pensoit dès-lors à nous faire dans la loi de grâce ce grand commandement , de nous haïr et de nous renoncer nous-mêmes.

Quoi qu'il en soit , Chrétiens , rien de plus constant que la proposition que j'ai avancée , qu'il n'y a point d'intérêt d'autrui , quelque léger qu'on le suppose , qui ne doive être respecté; et en voici les raisons. Premièrement , pareeque tout intérêt d'autrui est essentiellement l'objet de la charité qui est en moi ; or en cette qualité il me doit être non seulement cher, mais , si j'ose ainsi dire, vénérable. Secondement, pareeque cet intérêt d'autrui, qui me paroît petit en luimême, par rapport à la charité, est presque toujours important dans ses conséquences; or c'est par ces conséquences que je dois l'envisager, pour bien juger des obligations qu'il m'impose selon Dieu. Troisièmement, pareequ'il n'y a point d'intérêt d'autrui dont le mépris ou le peu de soin , par la seule foiblesse des hommes, ne puisse être pernicieux à la charité ; or dès-là je suis inexcusable si je viens à le mépriser , et si dans le commerce de la vie je n'y apporte pas toute la circonspection que demande la prudence chrétienne. Trois raisons qui , pour être dignement traitées, demanderoient autant de discours, mais que je ne fais que vous proposer en peu de paroles , pour ne pas abuser de votre patience.

Oui, mes chers auditeurs, ce que nous appelons intérêt d'autrui est l'objet essentiel de la charité qui doit être en nous , et par conséquent la chose du monde pour laquelle , selon la loi de Dieu , nous devons avoir plus de ménagement et plus de zèle. Si c'étoit dans les vues de l'amitié qu'on regardât cet intérêt, avec quelle exactitude, disons mieux , avec quelle religiosité ne s'y comporteroit-on pas? de quelle fidélité ne se piqueroit on pas pour témoigner combien l'intérêt d'un ami nous est précieux? jusqu'à quel point de raffinement ne porteroit-on pas ce respect et ce zèle? Or voilà , dit saint Augustin, le désordre que nous avons à nous reprocher. Nous nous faisons de l'amitié une espèce de religion ; et de la charité , qui est la plus sainte des vertus , un sujet de profanation. L'amitié nous rend circonspects, modérés, prévenants , généreux, fidèles ; et la charité n'opère en nous rien de semblable. Cependant la foi nous apprend que si la charité n'est en nous plus forte et plus efficace que l'amitié, nous sommes non seulement des hommes vains, mais réprouvés de Dieu. Que fautil conclure de là? Mais revenons. Ce n'est donc point, à proprement parler, l'intérêt seul de l'homme que je respecte quand je crains, par exemple, de blesser l'honneur, d'attenter sur les droits, de contredire et de choquer les sentiments d'autrui; mais j'ai un objet plusno- 4)le devant les yeux. Ces sentiments, ce droit, cet honneur d'autrui ,

se représentent à moi revêtus du caractère de la charité chrétienne, et cela me suffit pour n'y donner jamais la moindre atteinte. Ce caractère de charité, répandu sur toutes les choses où le prochain a quelque intérêt, me paroît comme une sauvegarde que Dieu y a mise; et cette sauvegarde , si j'agis par l'esprit de la foi , est bien plus sûre et plus propre à me contenir que tout autre motif humain. Or c'est en cela que consiste l'exercice de la charité : car la charité , encore une fois , n'est point une vertu oisive ni abstraite ; elle a un sujet qui l'occupe et auquel elle s'atiache, et ce sujet est l'intérêt d'autrui dont nous parlons. Notre amour-propre forme des desseins contraires à cet intérêt : la charité s'y oppose. Cet intérêt est combattu par notre ambition ou par notre jalousie : la charité le défend. Nous blessons cet intérêt par notre imprudence : la charité y remédie. Nous détruisons cet intérêt par notre injustice : la charité le répare et le rétablit. Voilà quelle doit être en nous son action : car aimer le prochain et n'avoir pour lui ni déférence, ni condescendance, ni retenue, ni précaution, ni soin de l'épargner, ni crainte de lui nuire et de lui déplaire , c'est une charité que saint Paul n'a point connue , et qui passera toujours pour chimérique quand on voudra la comparer avec celle dont ce grand apôtre nous a fait l'excellente peinture. Il n'importe : c'est encore celte charité chimérique et fausse que l'erreur et l'aveuglement du siècle voudroit soutenir. Comme on se figure une charité qui n'exclut point l'intérêt propre, et avec laquelle on prétend pouvoir accorder toute la corruption de l'intérêt propre , aussi en suppose-t-on une avec laquelle le mépris de l'intérêt d'autrui n'a rien qui ne soit compatible. J'entends une charité qui sait parfaitement se mettre au-dessus de l'intérêt du prochain , et qui , bien loin de s'en rendre esclave, croit être en droit de s'en faire, comme il lui plaît, un divertissement et un jeu. On a même trouvé le secret d'aimer ses frères dans le christianisme , et de leur donner tous les chagrins qu'on leur donneroit s'ils étoient nos ennemis les plus déclarés : et cela se fait d'autant plus dangereusement que l'on proteste alors plus hautement ne les point haïr. Car on les raille, on les choque, on les mortifie , on censure leurs actions, on traverse leurs desseins, on rabaisse leurs succès ; et cependant on assure et on se flatte qu'on les aime, comme si tout cela étoit indifférent à la charité, et qu'elle n'y dût prendre aucune part. Or je vous demande s'il y a une plus grossière et plus déplorable illusion.

Mais ces intérêts d'autrui , me direz-vous, sont souvent trop peu de chose pour imposer à la charité une obligation si sévère. Et moi (seconde raison) je soutiens qu'en matière de charité , mais encore plus de charité chrétienne, i! n'y a rien de léger, et que par rapport à cette vertu , si nous raisonnons bien , tout doit être censé important. Pourquoi cela? non seulement pour obvier au désordre de la prévention de notre esprit, qui fait que lorsqu'il s'agit de l'intérêt des au-

très, en étant aussi peu touchés que nous le sommes, nous n'en portons presque jamais un jugement équitable, et qu'autant que l'amourpropre est ingénieux à grossir clans notre idée les moindres offenses qui nous regardent , autant a-t-il de subtilité et d'artifice pour diminuer dans notre estime les offenses les plus grièves qui s'adressent au prochain ( vérité que l'expérience nous rend sensible, et qui se rapporte à ce que le Sage appeloit abomination devant Dieu, quand il disoit que nous avons deux poids et deux mesures : l'une, pour nos propres injures, qui consiste à exagérer, à amplifier, à relever tout ; et l'autre, pour celles d'autrui , qui consiste à traiter de bagatelle et à compter tout pour rien, Pondus et pondus abominalio est apud Deum (Prov., 20J : non seulement, dis-je , par cette raison qui est générale, mais par une autre plus essentielle , et dont on ne peut disconvenir ; pareequ'en effet dit saint Chrysostome , ce qui est petit en soi est presque toujours , par rapport à la charité , important dans ses conséquences, et qu'il ne doit plus être mesuré selon les bornes étroites de l'injustice particulière qu'il renferme, mais selon l'étendue des maux presque infinis qu'il peut produire.

Ainsi , par exemple , mon cher auditeur , cette raillerie que vous avez faite, qui a paru fine et spirituelle, mais aux dépens de votre prochain, et qui peut-être a été applaudie de ceux qui n'y prenoient nul intérêt , du moment qu'elle reviendra à la personne dont vous avez parlé , quels mouvements de dépit et d'indignation n'excitera-telle pas dans son cœur? Cette obstination , souvent bizarre et capricieuse, que vous avez à contredire l'humeur de votre frère ; cette parole brusque et hautaine qui vous est échappée traitant avec lui ; ce défaut de complaisance dans une occasion où vous en deviez avoir ; ce refus peu honnête et désobligeant d'un service qu'il attendoit de vous, ne sont-ce pas là les principes de l'aversion qu'il vous témoigné en toutes rencontres? Si vous aviez respecté la charité, si vous aviez été , à l'égard de cet homme , aussi réservé et aussi prudent que vous voulez qu'on soit pour vous , la paix, qui est le fruit de la charité, seroit encore parfaite entre vous et lui. On n'auroit pas vu ces dissensions, ces emportements, ces vengeances qui ont éclaté. Cet incendie n'est venu que d'une étincelle, je l'avoue; mais c'est pour cela même que vous deviez l'éteindre dès sa naissance, et que vous êtes coupable de l'embrasement que cette étincelle a causé dans son progrès. En effet, nous voyons tous les jours que les plus grands troubles, que les inimitiés les plus violentes, que les plus scandaleux divorces , n'ont pont eu d'autre origine que quelques petits intérêts du prochain , blessés d'abord par indiscrétion ; mais qui, dans la suite , ont porté à tous les excès de la passion et de l'animosité. Or qui peut douter que la charité ne soit responsable de ces suites? Et pourquoi ne le seroit-elle pas, Chrétiens, où plutôt pourquoi n'en serions-nous pas responsables pour elle? Puisque ces suites sont aussi funestes que

nous l'éprouvons, pourquoi ne serions-nous pas obligés à les prévoir, et, en les prévoyant, à les éviter? Ne connoissons-nous pas assez le monde pour être instruits de tout cela, et montrons- nous, dans le reste de notre conduite, que nous l'ignorions? Quand il est question de cultiver les bonnes grâces et !a faveur d'un grand , négligeons-nous les plus petites choses? Persuadés que notre fortune dépend de lui, ne craignons-nous point de l'attrister, de le rebuter, de le contrarier? ne nous faisons-nous pas une loi de lui plaire en toul, et de nous conformer à toutes ses inclinations? Or est-ce trop exiger de nous quand on veut que nous fassions, pour l'intérêt de la charité, ce que nous croyons nous-mêmes devoir faire pour un intérêt temporel?

Ôa se tient bien justifié lorsqu'on dit, Je n'ai point attaqué l'honneur et la réputation de ceux qui se plaignent de moi, je n'ai point louché des articles essentiels : mais on ne prend pas garde que c'est Jà une des plus vaines excuses dont la malignité du monde se couvre. Car ce qui détruit la charité parmi les hommes , ce n'est pas seulement ni même toujours ce que les hommes appellent choses essentielles , en fait de réputation et d'honneur ; et tel ne s'offensera pas moins d'être raillé sur son ignorance et la grossièreté de son esprit, que d'être accusé de manquer de cœur et de probité. Dites d'une femme mondaine qu'elle est ridicule dans ses manières et pitoyable dans sa figure, vous la piquerez plus vivement que si vous lui reprochiez un commerce de galanterie. Ce qui détruit parmi les hommes la charité, c'est, par rapport à chacun d'eux, ce qui les aigrit, ce qui les envenime, ce qui les remplit d'amertume; et quand je me donne la licence de les entreprendre sur l'un de ces points, quel qu'il soit, je me charge devant Dieu de tout ce qui en peut arriver.

Enfin, mes Frères, conclut saint Bernard, et c'est la dernière raison , nous devons bien nous convaincre que la charité étant la chose du monde la plus délicate , elle veut , pour ainsi parler, être choyée , et qu'une partie du respect qui lui est dû consiste dans les égards que sa foiblesse même demande de nous. Car il ne faut pas , dit ce Père, que nous considérions cette vertu dans la pure abstraction de son être, ni telle qu'elle seroit dans des créatures d'une autre espèce que celles qu'il a p!u à Dieu de produire, ni même telle qu'il seroit à désirer qu'elle fût absolument dans le prochain ; mais telle en effet qu'elle y est, et qu'elle y sera toujours. Or il est certain que la charité, quoique forte et robuste en elle-même, n'est point communément de cette trempe dans ceux avec qui nous vivons. Au contraire, nous devons faire état qu'elle est foible dans leurs personnes , qu'elle est susceptible de toutes les impressions, aisée à choquer, et que les moindres injures sont pour elle autant de plaies dangereuses et difficiles à guérir ; d'où s'ensuit pour nous un devoir de conscience de nous étudier nous-mêmes , et d'agir toujours avec beaucoup de retenue et de douceur. Mais cette délicatesse de la chanté ne vient que

de l'imperfection des hommes. Eh bien! mon Frère, répond saint Bernard , quelle conséquence pensez-vous pouvoir tirer de là ? Les hommes sont nés imparfaits; donc il vous sera permis d'en user avec eux comme s'ils ne l'étoient pas? Ils ont pour eux-mêmes et pour ce qui les concerne une extrême sensibilité; donc vous pourrez impunément les irriter et les aigrir? La charité, dans leur cœur, est bien fragile; donc vous n'aurez nul égard à sa fragilité? Eh quoi! poursuit ce saint docteur, est-ce ainsi que raisonnoit saint Paul? sont-ce là les règles de christianisme qu'il donnoit aux fidèles, lorsqu'il leur recommandoit de respecter jusqu'à la foiblesse de leurs frères, de se garder avec soin de les scandaliser dans les choses même innocentes et d'ailleurs permises, de craindre surtout que, par leur conduite peu discrète, une amefoible, pour laquelle Jésus-Christ est mort, ne vînt à périr? Et peribit injïrmus in tua scienllâ (rater, pro quo Chrislus mortuus est(i. Cor., H). INon , non, direz-vous , mon cher auditeur, si vous en jugez selon les maximes de notre religion , ce n'est point à moi de guérir la foiblesse des hommes , ni de corriger la délicatesse de leurs esprits et de leurs humeurs. C'est à moi de m'y accommoder, et comme chrétien, de les supporter; et puisque les hommes sont sensibles à une parole et à une raillerie jusqu'à rompre la charité, cette raillerie, cette parole doit être pour moi quelque chose de grand. De tout temps les hommes ont été foibles et délicats. Voilà ce que je dois présupposer comme le fondement de tous mes devoirs en matière de charité. Car si , pour avoir de la charité, j'attendois que les hommes n'eussent plus d'imperfections ni de foiblesses ; comme il est certain qu'ils en auront toujours, je renoncerois pour toujours à cette vertu. Dieu me commande de les aimer foibles comme ils sont, et impartes comme ils sont; or cela ne se peut si je ne respecte en eux jusqu'aux moindres de leurs intérêts, et si je ne suis circonspect jusque dans les sujets les plus légers, dont ils ont coutume, quoique sans raison , de s'offenser. J'aurai bien plus tôt fait de condescendre là-dessus à leur foiblesse, que de prétendre qu'ils réforment leurs idées ; et il me sera bien plus avantageux d'être à leur égard humble et patient , que de m'opiniâtrer à vouloir les rendre raisonnables.

Voilà, Chrétiens, les sentiments avec lesquels je vous laisse; et je finis par la btlie et salutaire leçon que faisoit saint Pierre aux premiers fidèles -.Déponentes igitar omnem maliiiam et omnem dolum, et simulaliones, et invidias et omnes cletracliones , sicut modo g eniti infantes, ralionabile, sine dolo lac conciipiscke (1. Petr., 2). Défaites-vous donc, mes Frères, défaites-vous de cette malignité, de cette animosité, et de ces haines qui infectent votre cœur. IN' usez plus de ces ruses et de ces artifices dont vous vous êtes servis pour vous surprendre les uns les autres. Quittez ces fausses apparences et n'ayez plus ces dissimulations qui , sous un visage froid et serein , cachent les plus vils rcs-

sentiments et les passions les plus animées. Etouffez ces envies secrètes et ces jalousies qui , du succès de vos frères , vous font un supplice. Ne vous laissez plus aller à ces médisances qui éteignent dans vos âmes la grâce et la charité, et qui souvent changent la société la plus sainte dans un enfer. Si quelque affaire vous a divisés, rapprochez-vous au plus tôt, et unissez-vous plus que jamais. Otez touies ces formalités qui arrêtent tant de réconciliations : mais , selon l'avis de saint Paul, prévenez-vous de part etd'auire : Honore invicem prœvenientes (Rom., 12). Soyez en cela comme des enfants, et souvenezvous que la simplicité d'un entant vaut mieux en mille conjonctures pour un chrétien, que toute la sagesse du monde. Souvenez-vous qu'il est impossible d'être à Jésus-Christ, si l'on n'a l'esprit de Jésus- Christ ; et que l'esprit de Jésus-Christ est un esprit de charité. Venez, divin Esprit, venez dans nos cœurs, pour y rétablir cette précieuse vertu. Si vous la faites revivre parmi nous, et si vous faites cesser tout ce qui l'altère , c'est bien alors que , par une espèce de créaiion, vous aurez renouvelé la face de la terre : Et creabuniur , cl renovabis faciem lerrœ (Offic. Ecoles.). Opérez ce miracle, Seigneur, opérez-le pour toute l'Église votre épouse, mais en particulier pour cet auditoire qui m'écoute, afin que tous ceux qui le composent, unis dès maintenant par une sincère charité , le soient éternellement par une même félicité, que je leur souhaite, etc.

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