SERMON POUR LE LUNDI DE LA CINQUIÈME SEMAINE
Hoc autem dixit de spiritu quem accepturi erant credentes in euml
Or il dit cela de l'esprit qu'ils dévoient recevoir par la foi. Saint Jean, chap. vu.
Ce n'étoit pas seulement sur les apôtres que devoit descendre ce divin esprit, mais sur les fidèles ; et comme la même foi devoit nous unir tous dans le sein de la même Église , le même esprit devoit tous nous animer et nous combler des dons de sa grâce. Esprit de vérité envoyé de Dieu , selon le témoignage du Sauveur du monde , pour nous enseigner toutes choses ; mais de toutes les choses qu'il nous a enseignées , il nous suffira d'en bien apprendre une seule à quoi les autres se rapportent, et que saint Paul a voulu nous marquer dans ces belles paroles : Chantas Dei diffusa est in cordibus noslris per Spirituel sanclum (Rom.,ïï) : La charité de Dieu a été répandue dans nos cœurs par le Saint-Esprit. Car cet esprit de lumière est surtout encore un esprit d'amour; et quand une fois nous saurons aimer Dieu , nous posséderons dans l'amour de Dieu toute la science du salut, et dès cette vie même nous commencerons ce qui doit faire toute notre occupation et tout notre bonheur dans l'éternité. Mais n'est-il pas étrange , Chrétiens, qu'uniquement créés pour aimer Dieu , nous ayor)s peut-être jusques à présent ignoré en quoi consiste l'amour de Dieu, et que, soumis à la loi, nous ne connoissions pas le premier et le grand précepte de la loi ? Il est donc important de vous en donner une connoissance exacte , et c'est ce que j'entreprends dans ce discours. 11 s'agit, mes chers auditeurs, du plus essentiel de nos devoirs ; et ce que le Sage a dit delà crainte de Dieu, quec'étoit proprement l'homme et tout l'homme, je puis bien encore le dire à plus forte raison de l'amour de Dieu : Hoc est enim omnis homo {Ecoles. , 12). Vous, ô esprit de charité, secondez mon zèle, et me mettez aujourd'hui dans la bouche des paroles de feu, de ce feu céleste dont vpus êtes la source
intarissable, de ce feu sacré qui fait les bienheureux dans le séjour de la gloire, et les Saints sur la terre! C'est la grâce que je vous demande par l'intercession de Marie, en lui disant : Ave Maria.
Adoucir les préceptes de la loi de Dieu en leur donnant des interprétations favorables à la nature corrompue, c'est une maxime, Chrétiens, très pernicieuse dans ses conséquences; mais outrer ces mêmes préceptes, et les entendre dans un sens trop rigide, et au-delà des termes de la vérité, c'est un excès que nous devons également éviter. Dire , Ceci n'est pas péché , quand il l'est en effet , c'est une erreur dangereuse pour le salut; mais dire, Ceci est péché quand il ne l'est pas, c'est une autre erreur peut-être encore plus préjudiciable. Ce n'est pas d'aujourd'hui qu'on s'est élevé contre ceux qui par des principes trop larges ont voulu sauver tout le monde ; mais aussi n'estce pas d'aujourd'hui qu'on a condamné ceux qui , par l'indiscrète sévérité de leurs maximes, ont exposé tout le monde à tomber dans le désespoir. Il y a plus de quatorze siècles que Tertullien reprochoit aux catholiques le relâchement de leur morale ; mais il y a aussi plus de quatorze siècles qu'on a reproché à Tertullien sa rigueur extrême et sans mesure, qui le conduisit enfin à l'hérésie. Il faut tenir le milieu ; et lorsqu'il s'agit de la réprobation d'une ame ou de sa justification , on ne doit être ni trop commode ni trop sévère ; mais il faut être sage, et sage selon les règles de la foi.
Or je vous dis ceci, Chrétiens, parcequ' ayant à traiter dans ce discours une des vérités fondamentales de la religion, il seroit à craindre que vous ne fussiez prévenus ou que j'exagère vos obligations, ou que je les diminue. Double extrémité dont j'ai à me défendre ; et pour cela je n'avancerai rien qui ne soit universellement reçu, rien qui ne soit évident et incontestable , rien même qui ne soit de la foi. Je ne m'attacherai point à l'opinion de celui-ci plutôt qu'à la pensée de celui-là; mais je suivrai celle de tous les docteurs. Je ne prendrai point le pins probable, en laissant le moins probable. Je ne me contenterai point de vous dire ce qui est vrai ; mais je vous dirai ce que l'Évangile vous oblige à croire. Cela supposé, j'entre dans mon dessein, et je le propose en trois mots. Je prétends que l'amour de Dieu qui nous est commandé doit avoir trois caractères : l'un par rapport à Dieu, l'autre par rapport à la loi de Dieu; et le troisième par rapport au christianisme où nous sommes engagés par la vocation de Dieu. Par rapport à Dieu, l'amour de Dieu doit être un amour de préférence; par rapport à la loi de Dieu, l'amour de Dieu doit être un amour de plénitude; et par rapport au christianisme, l'amour de Dieu doit être un amour de perfection. Amour de préférence : en voilà, pour ainsi dire, le fond, et ce sera la première partie. Amour de plénitude : en voilà l'étendue, et ce sera la seconde partie. Enfin , amour de perfection : en voilà le degré, et ce sera la dernière partie. Je vais m'expliquer, et je vous prie de me suivre avec attention.