PREMIÈRE PARTIE
Il faut l'avouer, Chrétiens, c'est une charge pesante pour les maîtres et les pères de famille, d'être responsables du salut de leurs domestiques, et d'avoir un compte exact à rendre de ceux qui, par une vocation particulière du ciel, se trouvent soumis à leur autorité. Ne dissimulons ni la peine ni les conséquences de cette obligation : elle est grande, elle est sujette à des soins pénibles et onéreux. Mais à considérer d'abord le seul intérêt de ces domestiques dont vous êtes chargés, elle est juste; et rien n'étoit plus conforme à la raison, ni par conséquent aux principes de la religion, que d'exiger d'un maître ce zèle tout évangélique, et de lui en faire un devoir étroit et rigoureux. Appliquez-vous, je vous prie, aux preuves que j'en vais donner, et jugez vous-mêmes si j'outre en quelque point la morale que je vous prêche, et si je vous prescris rien qui ne soit solidement établi.
Car je prétends que l'ordre des choses le demande ainsi; qu'il est de la justice due à tous ceux qui vivent dans la dépendance d'un maître, que comme il a droit sur leurs personnes, il veille sur leur conduite, et particulièrement sur leur salut : pourquoi cela? parceque tout gouvernement, même temporel, n'est institué de Dieu sur la terre que pour conduire les hommes à leur fin dernière et à leur souveraine félicité. Or celte félicité souveraine et cette dernière fin n'est autre chose que le salut éternel. D'où il s'ensuit que ces maîtres, à qui Dieu dans le monde a donné le pouvoir de commander, sont réciproquement et indispensablement obligés de s'employer au salut de ceux qui leur doivent obéir.
Loi commune aux rois , aux princes , aux magistrats , à toutes les puissances ordonnées de Dieu pour le bien de leurs sujets; mais entre les autres, loi spéciale pour les chefs de famille. Le paganisme même a reconnu, autant qu'il la pouvoit reconnoître, cette vérité ; et seronsnous après cela surpris que les Pères de l'Église en aient fait un des articles de la morale chrétienne , et qu'ajoutant aux lumières de la sagesse du siècle celle de l'Evangile et de la foi , ils nous aient laissé pour règle inviolable cette conclusion, que tout homme qui, dans le christianisme, a autorité sur un autre, doit répondre de son ame selon la mesure de cette autorité? Or cette autorité, disent-ils, n'est jamais plus efficace ni plus immédiate que dans un maître, que dans un père de famille à l'égard de ceux qui le servent. 11 ne peut donc oublier le soin de leur salut, et les livrer à eux-mêmes, sans s'attirer la haine de Dieu, en renversant ses desseins, et sans s'exposer au péril évident de se perdre. Développons ce raisonnement , et mettons-le dans tout son jour et toute sa force.
Quand saint Ambroise parle des souverains et des monarques, il dit qu'à le bien prendre, ce ne sont pas les peuples qui ont été faits pour les rois, mais plutôt les rois qui ont été faits pour les peuples;
et que, dans le sein de Dieu, les princes sont bien plus aux sujets, que les sujets ne sont aux princes. Maxime, remarque très judicieusement ce Père, qui, bien loin de déroger à la grandeur des souverains de la terre, ne sert au contraire qu'à la relever, et à lui donner plus d eclat : car qu'y a-t-il de plus grand et de plusapprochant de Dieu, que d'être destiné pour la félicité publique et pour le bonheur de tout un empire? Or ce que saint Ambroise disoit des monarques et des rois , nous devons le dire de tous les maîtres revêtus d'une puissance légitime, et préposés pour la conduite de leurs maisons et de leurs familles. Car qu'est-ce, à proprement parler, qu'une famille, sinon une forme de royaume , où l'on commande, et où l'on obéit ; comme un royaume n'est que comme une grande famille, dont les membres sont liés au chef, et en dépendent ? Si donc un homme ayant sous soi des domestiques ne les regardoït que par rapport à soi-même, que par rapport aux divers ministères de sa maison, que par rapport à la commodité de sa personne, que par rapport à la splendeur, à la magnificence de son train, et que du reste il fût peu en peine de la manière dont ils se comportent à l'égard de Dieu et des devoirs de la religion, je soutiens, sans parler de tout autre désordre, que dès-là il seroit dans une disposition criminelle, et qu'il abuseroit de son pouvoir; pourquoi? parceque Dieu ne l'a point mis dans le rang qu'il tient , ni ne lui a point donné l'autorité supérieure pour un tel usage. Il est maître, non pas pour lui-même, mais pour ceux qui lui sont soumis. Il a droit d'exiger leurs services, mais à condition de pourvoir, non seulement à l'entretien de leur vie, mais au règlement de leurs mœurs.
Ah! Chrétiens, la grande vérité ! C'est saint Grégoire qui me l'apprend dans l'excellent traité qu'il a composé des instructions pastorales ; et il ne se peut rien dire déplus fort, ni de plus sensé sur cette matière. En effet, demandez à ce saint docteur ce que c'est que le pouvoir d'un père de famille sur ses domestiques : ce n'est , répond ce grand homme, selon la belle et divine théologie des apôtres, qu'une émanation et une participation du pouvoir de Dieu. D'où il tire cette conséquence, qu'un maître doit donc user de son pouvoir à peu près comme Dieu use du sien ; de sorte qu'il n'en use pas plus absolument, ni plus impérieusement que Dieu : cette règle est bien raisonnable. Or prenez garde, quelque pouvoir que Dieu ait sur nous, il n'en use jamais que pour notre sanctification et pour notre salut. Il en pourroit user pour lui-même, et sans avoir égard à nous, parcequ'il ne nous doit rien : mais il ne le veut pas, et , par une condescendance digne de sa grandeur, il s'est tellement accommodé à nos intérêts, que jamais il ne nous impose une loi, que jamais il ne nous fait une défense, que jamais il ne dispose de nous, que jamais il ne nous emploie à ce qui est de son service, si ce n'est dans la vue de notre avancement spirituel, et des mérites qu'il nous donne lieu d'acquérir pour l'éternité. Jusque là, poursuit saint Grégoire, que, par la raison même qu'il
est le seigneur et le maître de tous les hommes , il daigne bien se tenir en quelque sorte obligé par sa providence d'appeler tous les hommes au salut; et que parcequ'il domine sur chacun des hommes en particulier, il veut bien se rendre responsable à soi-même, ou plutôtse rendre compte à soi-même du salut en particulier de chacun des hommes.
L'entendez-vous , Chrétiens? voilà le fondement de cette obligation si indispensable et si juste dont je vous parle. Voilà ce qui doit tous vous engager à ce zèle de charité pour le salut de ceux que Dieu confie à votre vigilance, en les assujettissant à vos volontés. Et en cela quel tort Dieu vous fait-il, quand il vous communique son pouvoir à «les conditions auxquelles, si j'ose le dire, il a bien voulu s'astreindre lui-même? Vos serviteurs et vos domestiques dépendent de vous, mais ils n'en sont pas plus dépendants que vous ne Têtes de Dieu. Or parceque vous dépendez de Dieu, il s'est chargé du soin de votre salut; et c'est pour cela qu'il s'occupe continuellement et sans relâche à y veiller par sa sagesse, à vous y aider par les secours de sa miséricorde, et qu'il s'en fait même un point de fidélité : Fidelïs Deus per quem vocatiestis(i.Cor.,\). Pourquoi vous seroit-il permis de traiter autrement ceux qui relèvent de vous, et qui vous appartiennent? Car, encore une fois, ce pouvoir que vous avez dans vos familles et dans vos maisons neseroit pas légitime, s'il ne venoit de Dieu ; et il ne viendroit pas de Dieu, s'il n'étoit réglé et ordonné; et pour être ordonné et réglé, il doit avoir de la conformité avec celui de Dieu même. Or celui que Dieu exerce sur les hommes se rapporte tout à leur perfection et à leur salut. N'est-il donc pas convenable et même nécessaire que le vôtre ait la même fin ?
Mais que fais-je, et pourquoi tant raisonner dans une matière où nous avons la parole de Dieu si expresse , et sur laquelle le Saint-Esprit s'est expliqué si clairement? Car c'est pour cela même, dit saint Paul, c'est parceque les maîtres doivent être garants de leurs domestiques, qu'ils ont droit de leur commander, et que ces domestiques doivent leur rendre une obéissance fidèle. Sans cela il n'y auroit ni serviteur, ni maître , ni dépendance , ni autorité, ni commandement, ni sujétion. Tous les hommes seroient égaux. Écoutez l'Apôtre, et voyez en quels termes il le déclare, écrivant aux Hébreux : Obcdiie prœposilis veslris et subjacete eis; ipsi enim pervigilant, quasi rationempro animabus veslris recldituri (Hebr., 43). Mes Frères, si votre condition vous réduit à vivre dans la servitude des hommes, ne refusez point de vous soumettre à eux, et soyez prompts à exécuter leurs ordres. En voici la raison, ajoute ce docteur des nations : c'est que vos maîtres veillent sur vous. Ils veillent comme devant un jour paroître au saint tribunal de Dieu. Ils veillent comme devant être examinés à ce redoutable tribunal, sur le soin qu'ils auront pris du salut de vos âmes. Ils veillent, et s'ils ne le font pas, Dieu saura bien en avoir raison dans le terrible compte qu'il leur en demandera.
11 est donc certain, mes chers auditeurs, que c'est un devoir attaché au caractère de maître ; et pour vous en donner une plus juste idée et une connoissance plus particulière, il est certain qu'un maître, dès-là qu'il est maître, et parcequ'il est maître, doit à ses domestiques surtout trois choses : l'exemple, l'instruction, et dans les rencontres une charitable correction. L'exemple, pour les édifier, et pour les préserver de la plus dangereuse de toutes les tentations, qui est le scandale. L'instruction, pour ne les pas laisser, comme on les voit souvent, dans une ignorance grossière des plus essentielles obligations du christianisme ; mais pour les leur faire connoître, autant qu'il est possible, et pour les porter à les remplir. Une charitable correction, pour maintenir l'innocence parmi eux, et pour y réprimer le vice. Tout cela, disje, est certain : mais voici en même temps sur quoi nous ne pouvons assez gémir dans le siècle où nous vivons. Permettez-moi de vous en faire aujourd'hui ma plainte : peut-être y aura-t-il quelqu'un dans cet auditoire à qui elle profitera. C'est que, bien loin de contribuer au salut de ceux qu'il a plu à Dieu de commettre à votre vigilance, vous contribuez souvent à leur perte et à leur réprobation ; c'est que , bien loin de les ramener de leurs égarements pour les conduire dans le droit chemin, vous lesretirez du droit chemin où ilsmarchoient, pour les égarer ; c'est que , bien loin d'être les tuteurs et les pasteurs de leurs âmes, vous en êtes les séducteurs et les corrupteurs. Je dis les corrupteurs, et en je ne sais combien de manières différentes : par les engagements et les occasions de péché où vous les jetez, en les rendant complices de vos désordres ; par les exemples pernicieux que vous leur donnez, et qui sont pour eux une tentation d'autant plus à craindre, qu'elle est plus présente et plus fréquente; par une ignorance criminelle de leurs déportements où vous demeurez, et dont ils savent se prévaloir pour mener une vie licencieuse et libertine; pur une indulgence molle et une lâche tolérance qui les autorise dans tous leurs vices. Quatre articles sur lesquels il seroit à propos que vous fissiez tous les jours dans vos familles un sérieux examen devant Dieu, et qui demandent au moins présentement toute vetre réflexion.
Oui, je prétends, elles preuves n'en sontque trop sensibles, l'expérience ne nous le fait que trop voir, je prétends que vous contribuez à la damnation de vos domestiques, par les occasions de péché, et les occasions quelquefois continuelles où vous les mettez, puisqu'il ne se peut faire que vous viviez dans le libertinage sans les y engager avec vous. Car cet homme que vous avez à votre service, et qui se soucie peu de déplaire à Dieu pourvu qu'il vous plaise, à quoi l'employezvous? à être l'insirument de vos débauches, le confident de vos desseins, l'exécuteur de vos injustices et de vos vengeances. C'est lui qui prépare les voies, lui qui fournit les moyens, lui qui conduit les intrigues, lui qui porte et qui rapporte les paroles, lui qui ménage les entrevues, lui qui sert de lien pour entretenir le plus honteux et le plus
détestable commerce. Cette fille que vous tenez auprès de vous, femme mondaine, et qui se fait un point capital de s'insinuer dans vos bonnes grâces et de s'y conserver, à quel ministère la destinez-vous? il faut qu'elle seconde la passion de votre cœur ; je ne m'explique pas davantage : il le faut, et que pour cela elle apprenne mille ruses et mille artifices qui la corrompent; et que pour cela elle se fasse un front qui ne rougisse de rien, lorsqu'il s'agit d'avancer le mensonge et de le soutenir; et que pour cela elle oublie tout ce qu'elle doit à Dieu et tout ce qu'elle doit à son propre honneur. Car c'est à ces conditions qu'elle vous devient chère; et dès qu'elle commenceroit à prendre d'autres sentiments, elle cesseroit d'avoir auprès de vous l'accès favorable que vous lui donnez.
Ce n'est pas assez : en perverlissant ces domestiques par les occasions de péché où vos habitudes vicieuses les exposent , vous les pervertissez par vos exemples. On sait quel est le pouvoir de l'exemple, et particulièrement du mauvais exemple, parce qu'il se trouve plus conforme au penchant de notre nature. Mais de tous les exemples, ne peut-on pas dire qu'il n'en est point de plus contagieux que celui d'un maître vivant sous les yeux d'un domestique qui l'accompagne partout, et qui remarque tout? Et de bonne foi, Chrétiens, quand des âmes ser viles et mercenaires, des âmes foibles et sans éducation, tels que sont la plupart de ces gens qui remplissent vos maisons, et qui forment votre train : quand, dis-je, témoins oculaires, témoins assidus et perpétuels de tout ce que vous faites et de tout ce que vous dites, ils vous voient fréquenter des lieux suspects, vous trouver à des rendez-vous dont ils ont le secret et dont ils connoissent l'abominable mystère, vous porter à des libertés qui les étonnent d'abord, mais auxquelles ils se familiarisent; quand ils entendent les discours dissolus que vous tenez, les maximes impies que vous débitez, les médisances dont vous déchirez le prochain, les blasphèmes que l'emportement de la colère vous fait prononcer : je vous le demande, quelles impressions doivent-ils recevoir de tout cela? Avec cette inclination que nous avons au mal, et qu'ils ont encore plus que les autres, n'estil pas naturel qu'ils s'accoutument bientôt à agir, à parler comme vous; qu'ils deviennent impudiques , voluptueux comme vous, libertins et impies comme vous, colères et emportés, médisants et blasphémateurs comme vous? Peut-être étoient-ils entrés dans votre maison exempts de tous ces vices ; mais je puis presque assurer, qu'en se séparant de vous, ils les emporteront tous avec eux.
Je vais encore plus loin ; et supposons qu'on ne voit chez vous, ni de votre part nul de ces scandales, j'ajoute que souvent vous n'êtes pas moins cause de la perte de vos domestiques, par une ignorance volontaire de leurs actions. On ne veut point s'engager là -dessus en de chagrinantes recherches; et des domestiques, qui s'en aperçoivent, et qui se croient à couvert des yeux du maître, ne gardent aucunes
mesures. Ils abandonnent tous les devoirs de la religion ; ils violent impunément tous les préceptes de l'Église : ni prières, ni messes, ni jeûnes, ni sacrements. De là ils se portent à tous les excès, jusqu'à ce qu'ils en viennent à quelque éclat, que le maître enfin ne puisse ignorer. Si je l'avois su, dit-on alors, si j'avois été instruit de ces violences ou de ces débauches, j'y aurois apporté remède. Si vous l'aviez su ! reprend saint Bernard ; mais pourquoi ne le saviez-vous pas ? mais ne deviez-vous pas le savoir? mais n'étiez-vous pas obligé de vous en informer? et quelle diligence avez-vous faite pour l'apprendre? Chose étrange, que tout se soit passé dans l'enceinte de votre maison, autour de vous et presque sous vos yeux, et que vous soyez le dernier qui en entendiez parler et qui en ayez connoissance ? Ut vilia domus tuœ ultimus rescias ( Bern. ).
Ce qui est encore plus criminel et aussi ordinaire, le voici. On sait de quelle manière se comportent des domestiques ; on en reçoit tous les jours des plaintes, et on l'observe bien par soi-même. Toutefois on ne dit rien, et on les tolère. Parcequ'un domestique est habile du reste, et qu'à l'égard du maître il a toute l'assiduité et toute l'adresse nécessaire, on craindroit de le rebuter, et qu'il ne prît parti ailleurs. Parcequ'un domestique est indocile, et qu'en le reprenant il en faudroit essuyer des brusqueries, on le ménage, afin d'éviter le trouble que ses répliques audacieuses pourroient exciter. Parcequ'un domestique est recommandé, on lui permet tout et on l'excuse en tout, pour complaire au patron qui le soutient. Ah! mes Frères, faut-il donc que ces aveugles demeurent sans guide qui les redresse? faut-il que ces pécheurs vivent sans frein qui les arrête, sans inspection qui les éclaire, sans avertissement qui les corrige? La seule charité, sans autre motif que la liaison commune et la ressemblance qu'il y a entre tous les hommes, la charité seule vous obligeroit à ne leur pas refuser ces secours et cette assistance spirituelle. Vous sera-t-il pardonnable, avec le rapport mutuel et plus intime qui vous les attache, de les laisser malheureusement périr , et de ne prendre point de part au plus grand de leurs intérêts , qui est celui de leurs âmes? Qui s'en chargera, si vous le négligez; et si personne n'en a soin , en quel abîme iront-ils se précipiter?
Mais, dites-vous, je leur donne exactement leur salaire ; et que leur dois-je davantage? Apprenez -le de saint Jean Chrysostome. Car dans un domestique, répond ce Père, vous devez bien distinguer deux choses : son travail et sa personne. Son travail qu'il emploie pour vous, et sa personne qui dépend de vous. Que son travail soit abondamment payé par la récompense qu'il reçoit de votre main, je le veux; mais sa personne qu'il vous a assujettie, mais sa liberté qu'il vous a engagée, cette liberté si précieuse dont il a disposé en votre faveur, l'estimez-vous si peu, et la mettez-vous à un si vil prix? Non, non, poursuit saint Chrysostome, ce n'est point là précisément ce qu'elle
vous doit coûter. Ce salaire n'est que la juste rétribution des services que vos domestiques vous rendent ; ii fout donc que pour la sujétion et la dépendance de leurs personnes, vous leur deviez autre chose, et quoi? c'est d'être comme leurs gardiens et leurs anges tutélaires. Telle est la principale dette que vous avez contractée, et, pour ainsi parler, le premier pacte que vous avez fait avec eux. En conséquence de leur engagement, vous prétendez qu'ils sont à vous ; c'est donc à vous d'en répondre, puisque vous êtes responsable de tout ce qui vous appartient ; et si le moindre d'entre eux vient à se perdre, ce sera, selon saint Paul, à votre péril et sur votre compte : Servus rfomino suo stat, aut cadit. (Rom., 14). Mais en prenant cet hommechez moi, je n'ai point eu en vue de faire ce pacte avec lui : il est vrai, vous n'y pensiez pas ; mais Dieu l'a fait pour vous; et comme il est le maître de vos droi's aussi bien que de votre volonté, ce qui vous reste, c'est de ratifier le pacle qu'il a fait en votre nom. Autrement, mon cher auditeur, n'attendez à son jugement éternel qu'une affreuse condamnation, lorsqu'il vous redemandera, non plus sang pour sang, ni vie pour vie, mais ame pour ame. Combien de maîtres, à ce dernier jour, seront réprouvés de Dieu et frappés de ses anathèmes, autant pour les péchés de leurs domestiques que pour leurs propres crimes? En quoi ce formidable et souverain juge vengera, non seulement les intérêts des domestiques, mais encore ses intérêts particuliers, comme je vais vous le montrer dans la seconde partie.