SERMON POUR LE TROISIÈME DIMANCHE APRÈS PAQUES
Amen, amen dicovobis, quia plorabitis et flebitis vos, mundus autem rjaudebit. Je vous le dis en vérité, vous pleurerez, vous serez dans l'affliction, et le monde se réjouira. Saint Jean, chap. 16.
C'est Jésus-Christ qui parle, et qui dans l'évangile de ce jour prononce en deux paroles deux jugements bien contraires ; l'un en faveur des élus , qui nous sont représentés dans ses apôtres, et l'autre pour la condamnation des pécheurs , qui composent ce monde qu'il a si hautement réprouvé , et contre lequel il a si souvent fui miné ses anathèmes. Vous pleurerez, vous vivrez dans la souffrance et dans la peine ; voilà le sort des prédestinés : Plorabitis et flebitis vos. Mais le monde sera dans la joie , et rien de tous les plaisirs de la vie ne lui manquera ; voilà le partage des pécheurs : Mundus autem gauclebit. Quel partage après tout, Chrétiens; et jamais l'eussiez-vous ainsi pensé? sont-ce là les châtiments dont le Fils de Dieu menace les ennemis de son Évangile? sont-ce là les récompenses qu'il promet à ceux qui s'attacheront fidèlement et constamment à le suivre? et, selon nos vues humaines, ne devoit-il pas, ce semble, renverser la proposition, et dire aux Justes : Vous vous réjouirez; et aux pécheurs, Vous serez accablés de chagrins, et vous passerez vos jours dans la douleur ? Oui, mes chers auditeurs, il le devoit selon nos vues humaines , c'est-àdire selon les vues foibles et bornées de la fausse prudence de la chair : mais les vues de la sagesse divine sont bien supérieures aux nôtres; et pour l'accomplissement des desseins de Dieu à l'avantage de ses élus, il falloit qu'ils renonçassent aux divertissements du monde , pareeque si les apparences en sont belles et les dehors engageants, la fin en est malheureuse, et qu'ils mènent à la perdition. Aussi prenez garde à ce
que le Sauveur des hommes ajoute pour la consolation de ses disciples: c'est, leur dit-il, qu'après avoir vécu dans les pleurs, votre tristesse se changera en joie; mais dans une joie solide, durable, éternelle: leur donnant à entendre, par une règle tout opposée, que les joies trompeuses du siècle n'aboutiront qu'à un souverain malheur : Sed trisliliavestravertelur in gaudium. Grande et terrible vérité que j'entreprends aujourd'hui de développer, et dont la suite de ce discours vous fera connoître l'importance. Implorons le secours du Saint-Esprit, et pour l'obtenir adressons-nous à Marie. Ave.
Je ne prétends rien exagérer, Chrétiens, et ce n'est pas mon dessin de condamner sans exception tous les divertissements de la vie. Je sais quels arrêts le Fils de Dieu a portés contre les heureux du siècle, lorsqu'il a dit en général : Vœ vobis qui m/e*is(Luc, 6): Malheur à vous qui cherchez les plaisirs de ce monde : Vœ vobis, quia habelis consolalionem vcslram (Ibid.). Malheur à vous qui trouvez votre félicité sur la terre, et qui la faites consister dans les vaines joies de la terre. Mais du reste, sans altérer en aucune sorte les paroles de Jésus- Christ et sans vouloir en adoucir la sévérité , je puis et je dois même convenir d'abord qu'il y a des récréations innocentes, des récréations honnêtes, et par conséquent permises selon les règles de discrétion et de modération que l'Évangile nous prescrit. Je ne viens donc point vous dire que tous les divertissements du monde sont criminels et réprouvés de Dieu; mais aussi j'avance, avec saint Grégoire pape, qui l'a remarqué avant moi, que ces divertissements du monde permis et innocents sont bien rares ; que ces divertissements honnêtes sont dans le monde en bien petit nombre; en un mot, que la plupart des divertissements du monde sont condamnables: pourquoi? par trois raisons qui comprennent tout mon sujet, et qui méritent toute votre attention. Je les considère, ces divertissements mondains, dans leur nature, dans leur étendue et dans leurs effets. Or je soutiens, comme vous l'allez voii, qu'ils sont presque tous, ou impurs et détendus dans leur nature, c'est la première partie; ou excessifs dans leur étendue, c'est la seconde partie; ou enfin scandaleux dans leurs effets, c'est la troisième et dernière partie. Appliquez-vous, s'il vous plaît, à ces trois pensées, qui demandent un plus ample éclaircissement, et que je vais mettre dans leur jour.