‹ Œuvres complètes de Bourdaloue de la Compagnie de Jésus. -- (volume 5)Chapitre 85 sur 164 · SACREMENT · texte numérisé non relu

SACREMENT

Homo quidam fecit cœnam magnant, et vocavit multos, et misit servum suum horâ cœnœ , dicere invitatis ut venirent, et cœperunt omnes simul excusare.

Un homme fit un grand repas , et invita beaucoup de gens. Quand l'heure du repas fut venue , il envoya son serviteur dire aux conviés de venir ; mais ils commencèrent tous à s'excuser. Saint Luc, chap. xiv.

Ce repas dont il est parlé dans notre évangile > selon la plus commune interprétation des Pères , qu'est-ce autre chose que la divine Eucharistie? et n'est-ce pas ainsi que l'Église paroît l'entendre , puisqu'elle a choisi cette parabole pour l'appliquer à l'adorable sacrement de nos autels? C'est un grand repas : Cœnam magnam. Grand par l'excellence et la qualité de la sacrée viande et du saint breuvage qui y sont servis ; car c'est le corps même et le sang de Jésus-Christ : grand par le nombre de ceux qui s'y trouvent conviés; ce sont tous les hommes, du moins tous les fidèles: grand par la dignité de leurs personnes et la sainteté de leurs dispositions , puisqu'ils n'y doivent venir qu'en état de grâce : grand par le lieu où il est préparé ; c'est toute l'Église : grand par sa durée; il ne finira qu'avec le monde : enfin , grand par sa signification , parcequ'il contient une vérité dont les mystères de l'ancienne loi n'ont été que la figure et que l'ombre. Vous êtes tous appelés , mes Frères , à cette table du Seigneur; et c'est pour vous l'annoncer de sa part qu'il envoie ses prédicateurs , et que je parois ici moi-même, selon le devoir de mon ministère : Et misil servum suum. Mais que faites-vous? Saint Grégoire pape le déploroit autrefois, instruisant ie peuple chrétien dont il avoit la conduite; et rien en effet n'est plus déplorable : Homo clives invitât, et pauper occurrere festinal : ad Dei vocamur convivium, et excusamus (Greg.) : Qu'un riche, disoit ce saint docteur, daigne inviter un pauvre à manger chez lui , le pauvre y court: la table du Fils de Dieu est dressée pour nous, et nous nous excusons! Quels prétextes ne prend-on pas? tantôt les affaires temporelles dont on est chargé, tantôt les engagements de sa condition et de son état. On dit, comme ces conviés de l'Évangile : Je suis dans l'embarras, j'ai une famille qui m'occupe , et des enfants à pourvoir : Uxorem ciuxi. On dit, J'ai du bien qui demande mes soins, un négoce à entretenir, une charge à remplir : Villam emi (Idem). Et ainsi l'on a toujours, ou l'on croit toujours avoir des raisons pour abandonner le plus salutaire de tous les sacrements, et pour n'en approcher presque jamais : Et cœperunt

4 Les Sermons pour le dimanche de la Pentecôte et pour celui de la Trinité sont ci-après , dans les Sermons sur les Mystères.

SUR LA FKÉQUENTtf COMMUNION. 46$

omnes simul excusarc. Mais entre les excuses les plus ordinaires dont on se sort, savez-vous, mes chers auditeurs, quelle est la plus dangereuse, parcequ'elle est la plus spécieuse? c'est ce que nous entendons dire à tant de faux chrétiens , qu'ils ne sont pas assez purs pour se présenter à une table si sainte; et que leurs communions sont rares, paicequ'its ne se croient pas dignes de les rendre plus fréquentes. Or je soutiens, moi, que cette excuse, tout apparente qu'elle peut être, n'est point communément recevable; je soutiens que cette prétendue humilité, dont on voudroit se faire un mérite, n'est souvent qu'un piège de l'ennemi de notre salut, ou delà nature corrompue qui nous trompe. Comme ce point est d'une extrême conséquence, j'ai besoin, pour le bien développer, des lumières du Saint-Esprit. Demandons-les par l'intercession de la Mère de Dieu, en lui disant: Ave.

îl est vrai, Chrétiens, et je suis d'abord obligé de le reconnoître . que la pureté de l'ame et l'innocence de la vie est une disposition essentielle et absolument nécessaire pour participer au divin sacrement que nous recevons dans la communion ; et il est encore vrai que plus nos communions sont fréquentes, plus rous devons être exempts de tache et saints devant Dieu. Bien loin de combattre cette vérité, je la coniesse hautement, comme un principe incontestable et. un point de ma créance; et je voudrois la graver si profondément dans vos cœurs, que rien jamais ne l'eu pût effacer. Mais, cela posé, je puis néanmoins avancer deux propositions dont il faut, s'il vous plaît, que vous preniez bien le sens, et qui vont faire îe partage de ce discours : car pour détruire la vaine excuse de ceux qui se refirent de la communion parcequ'iis ne se croient pas assez purs, et qui , par la même maxime et la même règle de conduite, portée au-delà des bornes et mal conçue, en retirent les autres > je ::is que fa pureté requise pour approcher du sacrement de Jésus-Christ ne doit point être communément ni en soi un obstacle à la fréquente communion : ce sera la première partie. Je vais même plus loin, et, par l'effet Je plus désirable et le plus heureux, je prétends qu'un des moyens les plus puissants , les plus infaillibles et les plus courts pour arriver à une sainte pureté de vie, c'est la fréquente communion : ce sera la seconde partie. Je vous ferai donc voir comment une vie pure et innocente nous doit préparer à ia communion , sans que ce devoir soit une juste raison de nous en éloigner; et d'ailleurs je vous apprendrai comment même la communion doit servir à rendre voire vie toujours plus innocente et plus pure. C*s deux pensées sont solides; mais, encore une fois , il est important que vous y donniez toute votre attention, pour les entendre précisément telles que je les entends et que je les propose. Appliquez-vous, et commençons.

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